CHAPITRE IV. 10S
rait le domaine aliénable; et enfin constituait une commission municipale à Phnôm-Penh. Ce sont h peu près les conditions du protectorat actuel. Mais leur application, en i884, était rude et hâtive, et donna lieu à des résistances. Ce fut souvent une des faiblesses de notre protectorat de ne pouvoir disposer que de la force auprès d'un prince du moyen âge que notre civilisation n'intéressait pas, et qui s'appliquait seulement à en surprendre les petits côtés et les derniers procédés d'intrigue pour s'en servir, et éluder le reste. Lui , au contraire , a toujours excellé à tirer un remarquable parti de la débilité même de sa personne et de sa monarchie, et surtout du temps, — le premier des diplomates asiatiques. Des Résidents supérieurs énergiques, mais éphémères, usèrent leur force inutile contre ce vieux Roi, toujours mourant, et qui leur a survécu. La détente dans les relations entre protecteur et protégé ne date guère que de 1897, où le Roi reconnut les égards dont le nouveau Gouverneur général l'entourait en signant des ordonnances qui règlent, dans des conditions plus complètes et aussi plus favorables qu'en 1 884, le régime actuellement en vigueur du protectorat.
Tout ce qui touche au prestige personnel et rituel du Roi est strictement maintenu. Le Roi est maître dans son palais dont il ne sort d'ailleurs guère , dispose de sa liste civile , signe les ordonnances , confère les emplois, et conserve les attributions et prérogatives de souveraineté qu'il tient des traditions religieuses et nationales auxquelles son peuple est fort attaché : crLa race, dit M. Aymonnier, dans son grand ouvrage sur le Cambodge, est séculairement accoutumée à ne pas séparer l'idée de sa propre existence de celle de la royauté. Le monarque est l'incarnation vivante, la personnification suprême et auguste de la nationalité. Ce représentant sacré est placé au-dessus des lois. Il peut avoir les volontés, les caprices et même tomber dans les turpitudes d'un despote. Son pouvoir n'a d'autres bornes que
celles que lui inspire sa conscience, et plus encore la nécessité évidente de maintenir les anciennes règles, les coutumes établies, Tordre de choses dont l'institution royale est elle-même la clef de voûte : sinon les révoltes d'une opinion publique qui n'est pas à
dédaigner pourraient faire disparaître le souverain indigne Les
Cambodgiens tiennent à leur Roi héréditaire, mais il leur importe beaucoup moins que la réalité du pouvoir soit ou non dans ses mains (l) .» La réalité du pouvoir est, en fait, dans celles du Résident supérieur, délégué du Gouverneur général, comme elle est aux mains de 1 agent politique anglais dans les Etats natifs de l'Inde.
Le Résident supérieur, en vertu de la grande ordonnance du 11 juillet 1897, analogue à celle qui, quelques mois plus tard, a réorganisé le protectorat de TAnnam, préside le Conseil des Ministres. Son contreseing est, ici encore , nécessaire pour rendre exécutoires les ordonnances royales. Les cinq Ministres sont chargés de la surveillance et de l'exécution des lois, et de l'étude des réformes et modifications à y apporter. Ils proposent au Roi toutes les mesures concernant le^personnel des mandarins. Le Roi nomme les gouverneurs des provinces, et leur remet un sceau officiel semblable à celui dont la marque est imprimée sur la couverture de ce volume. Les gouverneurs et le personnel administratif indigène des provinces sont contrôlés à leur tour par le résident français. L'esclavage est définitivement aboli, même cet esclavage temporaire que consentaient vis-à-vis de leurs créanciers, pour se libérer de leur dette, les débiteurs insolvables. Enfin .le domaine, sauf les propriétés privées du Roi, est définitivement et légalement aliénable. Les indigènes, aussi bien que nos compatriotes, en ont déjà éprouvé le bénéfice.
Cet affranchissement de la terre et des hommes est trop récent
(1) Il y a en outre auprès du Roi un second Roi, uparâj ou obbartack, dont la dotation est régulièrement inscrite au budget.