CHAPITRE IV
pour qu'on en puisse dès maintenant enregistrer les résultats. De Favorables symptômes permettent cependant, semble-t-il, d'avoir confiance dans la vitalité d un peuple qui, longtemps déprimé, ne demande aujourd'hui qu'à renaître. La colonisation française paraît accorder son attention à des terres qu'elle avait, à quelques exceptions près, trop négligées jusqu'à ce jour. De grands travaux publics, peu nombreux et assez simples , aidant et complétant seulement l'œuvre de la nature dans un pays qu'elle a si bien partagé , faciliteront sans doute au Cambodge un labeur que ses habitants sont disposés à entreprendre sous la direction des colons français, et qui lui fera décidément franchir l'étape qui sépare le moyen âge — où il s'est trop longtemps attardé — de l'activité et de la dignité de la vie internationale contemporaine.
Toute la vallée du Mékong qui va de la limite du Cambodge à la frontière sino-tonkinoise est généralement connue sous le nom de Laos, mais la moitié seulement de cette vallée, c'est-à-dire la rive gauche du fleuve, est effectivement française. Sur la rive droite, à vrai dire, la convention des <r sphères d'influence* siamoises, signée en 1896 avec l'Angleterre, a reconnu un privilège en notre faveur jusqu'à la ligne de partage des eaux entre le Mékong et le Ménam, c'est-àdire, en somme, dans tout le bassin utilisable du grand fleuve jusqu'à sa frontière naturelle. Le long du Mékong sont échelonnées une série de principautés, les unes, comme les Etats Chans, jadis plus ou moins tributaires de la Birmanie ou de la Chine, les autres, comme le Luang-Prabang, le Vientiane (ou Vieng-chan) et le Bassac, autrefois indépendantes et même florissantes. Des vestiges de beaux monuments survivent à ce passé, et l'on aie récit d'un voyage qu'un ambassadeur hollandais, spécialement envoyé par Java, fit, au xvn c siècle, à Vientiane, dont la réputation s'étendait donc jusqu'au delà de la mer. Toutefois , ces
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principautés qui tenaient, dit-on, leur civilisation du Cambodge, participèrent rapidement à sa déchéance et furent toutes plus ou moins entamées, d'abord par l'Annam, puis par le Siam. Une armée siamoise, en 1 897, vint ruiner Vientiane, et emporta notamment comme trophée son célèbre bouddha d'émeraude, qu'on peut voir aujourd'hui dans une des plus somptueuses pagodes de Bangkok. Les Siamois poussèrent même leurs incursions jusqu'à notre chaîne annamitique, et des colonnes de police, dirigées par les résidents de l'Annam, durent les reconduire et leur faire repasser le Mékong en 1893.
Après la signature du traité, et la mission de M. le Résident supérieur Boulloche en 1896-1896, un commencement d'organisation fut donné au pays, qui fut divisé en deux commandements supérieurs et en un certain nombre de commissariats du gouvernement, secondés par les agences commerciales de la rive droite. Cette organisation a été simplifiée en 1899, sans que la formule nouvelle puisse être d'ailleurs considérée comme définitive. Si l'on a réuni sous l'autorité d'un seul Résident supérieur des territoires aussi éloignés les uns des autres que la province de Muonghou et celle du Darlac , par exemple , ce n'est pas qu'il y ait entre eux une unité géographique et politique qui s'impose , puisque la géographie et l'histoire diviseraient plutôt le Laos en trois régions, correspondant aux trois grands biefs navigables du Mékong et aux trois anciennes principautés de Luang-Prabang, Vientiane et Bassac, c'est que l'unité permet de faire, en attendant mieux, avec des garanties plus certaines de responsabilité, une administration élémentaire et économique sur un territoire qui est immense , mais fort dépourvu d'habitants. Le Laos devient, plutôt qu'il n'est. Pour qu'il devienne quelque chose, il faut le peupler d'abord, et, à cette fin, comme, en général, pour obtenir quelque progrès que ce soit, renverser les conditions qui lui sont actuellement faites : directement orienté vers les routes de Korat et de Bangkok, il tourne, en