‹ L'IndochineChapitre 58 sur 218 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

effet, le dos à peu près k toute notre Indochine. Il faut donc, puisqu'on ne peut lui fermer l'accès du Siam, que la simple traversée d'un fleuve lui ouvre sur une longueur de 9,000 kilomètres, lui faciliter du moins le plus possible l'accès du Tonkin, de TAnnam et de la Cochinchine. Une partie de ce programme s'exécute déjà activement. Le service des Travaux Publics travaille à aménager les passes difficiles du Mékong. D'autre part, l'administration laotienne a construit, ces dernière temps, un véritable réseau de routes. L'une d'elles, qui va de Pakhinboun à Vinb , assure une communication de plus en plus fréquentée entre le moyen Laos et le Tonkin. Enfin, il y a lieu d'espérer que des chemins de fer pénétreront, sans qu'il soit trop longtemps, dans la vallée moyenne du Mékong, ou donneront accès à certains plateaux, comme celui duTranninh, qui passent pour favorables à l'habitabilité européenne. Ces chemins de fer aideront sans doute au repeuplement du Laos, que les guerres, et notamment les véritables déportations faites par les Siamois sur la rive droite, ont beaucoup affaibli , et dont notre administration s'attache aujourd'hui à réparer les pertes. Une organisation politique et administrative nouvelle suivra nécessairement la transformation économique du sol.

Pour le moment cette organisation est des plus simples, confiée, sous l'autorité du Résident supérieur du Laos , à des administrateurs des Services Civils commissaires du gouvernement dans les provinces, qui se contentent de contrôler les autorités indigènes. Les principautés, ou muongs, sont administrées par leurs chefs naturels, assistés quelquefois d'un conseil de notables, appelé sfaam. Le royaume de Luang-Prabang est celle des principautés laotiennes qui a le mieux défendu son intégrité et sa personnalité contre les prétentions siamoises. Elle a conservé ses institutions , et l'administration française est en bonne intelligence avec ses deux Rois, qui disposent de leur budget, et versent seulement une contribution au budget local du Laos. Quant aux tribus

montagnardes, qui se sont montrées jusqu'ici réfractaires aux diverses civilisations chinoise, annamite ou siamoise qui ont passé au pied de la chaîne annamitique , notre pénétration y est loin d'être achevée , et elle s est heurtée, en ces derniers temps, à quelques résistances. L'intérêt de cette pénétration n est d'ailleurs pas considérable , l'organisation politique et l'activité économique de ces peuplades étant assez rudimentaires.

L'administration des immigrés chinois qui résident en Indochine, relève plutôt d'une vigilante police que de la politique indigène. Cette police est exercée, en Gochinchine, par le service de l'immigration, et, au Tonkin, non seulement par le service de la police locale, qui a été unifié récemment, mais encore par le double contrôle des résidents dans les provinces et des officiers ou agents des douanes à la frontière. Une surveillance incessante est nécessaire en effet sur les Chinois colporteurs ou contrebandiers d'opium, plus ou moins affiliés aux sociétés secrètes, qui réussissent parfois à s'infiltrer dans les territoires, et sur les turbulents coolies que les entreprises industrielles françaises sont obligées de recruter dans la région de Moncay. Cette surveillance, facilitée par l'obligation de la carte d'impôt ou du passeport, est d'ailleurs efficace. Quant aux Chinois commerçants, groupés en congrégations suivant leur pays d'origine, ils ne donnent lieu à aucun reproche, et plusieurs d'entre eux siègent même, à côté de nos compatriotes, dans les chambres de commerce et d'agriculture.

Mais une curieuse expérience de politique chinoise, en dehors de celles que nos officiers sont appelés à faire dans l'administration des populations fortement sinisées de la frontière du Tonkin, se pratique dans le territoire de Quang-tcheou, qu'un accord conclu avec la Chine, le 1 1 avril 1898, nous a cédé à bail pour y établir une station

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