CHAPITRE IV
navale et un dépôt de charbon. Le territoire ne comprend guère que le littoral d une grande baie située dans la province chinoise du Kouang-tong, sur le revers oriental de la presqu'île de Léi-tcheou, par delà le détroit de Haînan. Cette baie fut occupée, le 98 avril 1898, par le contre-amiral de Labédollière : mais ses limites ne furent fixées que par la convention signée, le 16 novembre 1899, en * re le contreamiral Courrèjolles et le maréchal Sou, après les opérations qui avaient suivi le meurtre de deux de nos enseignes de vaisseau. Un décret du 5 janvier 1900 a remis au Gouverneur général de l'Indochine l'administration du territoire.
Le territoire de Quang-tcheou, qui occupe une superficie de 84,ooo hectares environ, habitée par une population d'un peu moins de 900,000 âmes, était compris, avant notre arrivée, dans les limites de deux sous-préfectures chinoises, dépendant à leur tour des préfectures de Léï-tcheou et Kao-tcheou, lesquelles relevaient directement du vice-roi de Canton. Comme en pays annamite, on retrouve ici en face des mandarins, représentants du pouvoir central, les notables, représentants de la population. Mais, cette fois, les notables sont groupés eux-mêmes non par villages, mais par districts ou sous-préfectures, en conseils appelés kong-koc et Iwng-hù. L'unité administrative n'es! d'ailleurs plus le village — qui n'est guère qu'une extension de la famille — mais le district. Le chef des kong-hû est nommé par le sous-préfet, et il choisit à son tour ses collègues parmi les lettrés ou les notables influents. Les kong-hû n'exercent d'ailleurs qu'une action très relative sur une population assez naturellement indépendante.
L'administration française s'est donné pour règle de maintenir l'état de choses existant à Quang-tcheou en tout ce qui serait compatible avec notre présence et l'exercice de notre autorité. Cette autorité est confiée à un Administrateur en chef représentant du Gouverneur
général, muni de la délégation dune partie de ses pouvoirs, ayant seul le droit de correspondre avec lui, et autorisé à correspondre avec les consuls voisins et les autorités chinoises. Le chef du territoire, responsable de son administration et de sa sécurité, est assisté de trois administrateurs adjoints empruntés au personnel des Services Civils de l'Indochine, et qui sont chefs des trois circonscriptions de Tchekam, Potao et l'île de Naochao. Ils surveillent l'administration, commandent la garde indigène, exercent la police et contrôlent les kong-hû. Ceux-ci ont été conservés, ou peu s'en faut, avec leur organisation primitive. Ils sont composés de quatre à six membres nommés par l'administrateur de la circonscription, substitué aujourd'hui au sous-préfet chinois, sur la désignation des chefs de villages et des associations commerciales. Ils gèrent, sous le contrôle très étroit de l'administrateur, un petit budget. Cette organisation des kong-hû a assuré la paix et la sécurité dans le territoire, où la bonne marche des affaires a encore été facilitée par les relations de courtoisie que l'Administrateur en chef, M. Alby, a entretenues avec les autorités chinoises, et par le très actif et toujours utile concours qui lui a été prêté par le consul de France à Canton, M. Hardouin.
La première tâche des administrateurs a été, là comme partout, de pacifier et d'assainir. Les débuts n'ont pas laissé d'être quelque peu difficiles. Le recrutement de la garde chinoise a d'abord été des plus défectueux, et les hommes qu'on lui présentait ne tardaient pas à déserter, ou à faire pis. On est arrivé à un recrutement meilleur en rendant les kong-hû responsables, comme le sont au Tonkin les notables des villages, du bon recrutement des miliciens. Les gardes eux-mêmes, quelque répugnance que montre tout bon Chinois pour le service militaire, sont restés fidèles quand ils ont eu la surprise de voir qu'ils seraient toujours régulièrement payés. Avec cette milice chinoise et les jonques armées de canons-revolvers, les administrateurs ont débarrassé