‹ L'IndochineChapitre 71 sur 218 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Et, d'ailleurs, ce n'est là qu'un moyen détourné pour arriver peu à peu à un contrôle authentique de la population, que nous n'aurions jamais pu obtenir en heurtant de front ses usages. Dans les relations de plus en plus fréquentes que les habitants de la province ont avec leur résident ou ses délégués, ils sont tenus de présenter leur carte d'impôt : les mentions d'identité en sont aussitôt reportées en partie double sur des registres tenus à la résidence, où s'élabore ainsi, sans bruit et sans frais, un commencement d'état civil. D'autre part, chaque contribuable peut fire au revers de sa carte, comme sur la feuille du percepteur, en France, le montant de sa contribution. Il devient beaucoup plus malaisé au notable de lui en demander davantage, d'autant que l'intéressé peut prendre , et ne se fait pas faute de prendre , pour réclamer, le chemin de la résidence. — Une bonne partie des malentendus qui nous ont fait méconnaître autrefois de nos protégés venaient des exactions que des intermédiaires indigènes exerçaient à notre insu , mais toutefois en notre nom , et auxquelles ils se disaient contraints pour satisfaire à nos exigences. A mesure que ces ruineux imposteurs disparaissent et que le protecteur se trouve en relations plus directes avec le protégé , la protection lui apparaît beaucoup plus simple et plus juste, et beaucoup plus allégée.

La perception, déjà individuelle en Gochinchine, où chaque Annamite , non compris le rachat des corvées , est taxé à 1 piastre par an (2 piastres dans la ville de Saïgon), tend donc à le devenir au Tonkin, où subsiste encore la distinction entre inscrits à 2 piastres 5o et non incrits à o piastre 3o. En Annam, les inscrits soumis aux corvées avant l'ordonnance du i5 août 1898 payent 2 piastres 20, et certaines catégories anciennement exemptées o piastre ko. Au Cambodge, les inscrits versent, de 21 à 5o ans, une contribution de 2 piastres 5o et, de 5i à 59 ans, une contribution de piastre 80. .Mais un notable progrès dans la perception a été récemment apporté par la confection,

au chef-lieu de la province, de rôles tenus par le résident : ce progrès, qui a rendu aux assujettis la perception plus légère, se traduit encore par un rendement supérieur de l'impôt.

Le montant de la taxe personnelle se compose de deux éléments, dont l'un représente l'ancienne taxe de capitation et l'autre le rachat obligatoire d'un certain nombre de journées de corvée. La corvée, c'est-à-dire l'obligation de fournir gratuitement, et souvent loin de son village, aggravation très dure à un Annamite, un nombre, souvent limité par l'arbitraire, de journées de travail pénible, était un impôt particulièrement lourd. L'obligation du rachat, qui ne frappe d'ailleurs que les inscrits (30 journées de corvée à piastre 10, soit a piastres sur les 2 piastres 5o de la taxe au Tonkin), constitue donc un considérable allégement. H ne reste d'autre trace de la corvée que les quelques journées de prestation dues, par an, pour des travaux de vicinalité intéressant surtout le village, et notamment pour l'entretien des digues : on sait qu'une disposition analogue a persisté en France jusqu'à nos jours, et que, dans de nombreuses communes rurales, le paysan préfère s'acquitter de sa dette envers l'État par quelques journées, assez douces, de prestation en nature. En Indochine toutefois , où les conditions de la vie sont totalement différentes , il n'a pas été possible de renoncer d'un seul coup à faire appel au travail des indigènes pour certaines œuvres urgentes d'intérêt général, et l'ordonnance impériale du i5 août 1898, rendue pour l'Annam, a prévu que, dans certaines circonstances limitativement déterminées par le Résident supérieur et le Comat, les villages devraient fournir des coolies au taux de rachat de l'ancienne journée de corvée, soit o piastre 1 o par jour. Ce n'est donc plus du travail gratuit, mais du travail payé, et fixé, non par le caprice de l'arbitraire, mais par une réglementation entourée de multiples garanties. Il en est, d'ailleurs,

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