‹ L'IndochineChapitre 74 sur 218 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La noix d'arec, sans être, en aucune façon, nécessaire à la vie, est d une consommation très généralisée en Indochine. Sur tous les marchés indigènes on peut voir, parmi les denrées exposées à la vente, les petits quartiers de noix qui composent, avec la feuille de bétel et un peu de chaux, la chique dont la mastication est familière à nos protégés. La noix d'arec est taxée à la circulation : encore n'est-elle taxée qu'à partir d'une certaine quantité, et, même alors, le montant de la taxe est infime. On a voulu seulement habituer les indigènes au principe de cette taxe , qui peut devenir au besoin une ressource à ne pas dédaigner.

Le tabac est, de même, frappé à la circulation, et seulement audessus d'une quantité de t o kilogrammes. La culture reste libre. Bien que le rendement de la taxe soit prévu pour une somme assez importante (45 0,000 piastres au budget de 1902) ce droit paraît avoir si peu affecté la culture et l'industrie du tabac qu'un des plus notables planteurs du Tonkin monte en ce moment des manufactures pour en opérer la préparation suivant les procédés européens et asiatiques. Ces manufactures seront soumises à l'exercice, et leurs produits, qui pourront bénéficier de l'entrepôt fictif, ne seront taxés qu'à la sortie et circuleront dans des boîtes timbrées par l'administration, avec toutes les garanties nécessaires à son contrôle. Les quantités destinées à l'exportation seront dégrevées de tout droit.

Les impôts de consommation qui précèdent, les deux derniers surtout, sont plutôt des taxes d'indication que des taxes effectives. Ils ont été établis pour en rendre l'habitude familière à la population et pour assurer éventuellement au budget des ressources de réserve. Mais les ressources véritables que fournit au budget l'impôt indirect lui viennent principalement aujourd'hui des trois grandes régies de l'opium, de l'alcool et du sel.

L'opium appartient éminemment à cette catégorie de denrées qui, suivant un mot du dernier Gouverneur général , « ne sont intéressantes que dans la mesure où elles rapportent au fisc.» Cette mesure ne laisse d'ailleurs pas, en l'espèce, d'être appréciable, puisque la régie de l'opium vaut, à elle seule, au budget général, plus du quart de ses recettes. Bien que l'opium soit, et ait été de tout temps, de consommation courante parmi la population asiatique de l'Indochine, il y est encore à l'heure présente un produit importé. C'est là, pour un produit de régie, une cause d'infériorité permanente. Si l'administration pouvait se le procurer sur place, non seulement elle ferait l'économie des frais auxquels l'obligent les achats qu'elle doit poursuivre à l'étranger, mais encore elle ôterait à la contrebande son meilleur encouragement, et jusqu'à sa raison d'être. La régie poursuit, en ce moment, dans certaines régions du Laos et du haut Tonkin, des expériences dont le succès lui permettrait de s'affranchir du tribul qu'elle doit payer à l'extérieur. Il semble, à première vue, difficile qu'un pays, placé dans des conditions climatologiques et agricoles identiques à celles des pays environnants, producteurs de pavot à opium , puisse être partout réfractaire à ce genre de culture.

Tandis que, des trois grandes régies, celles de l'alcool et du sel tendent seulement vers le monopole, et, à vrai dire, s'en approchent de très près, l'opium y est dès à présent parvenu. C'est la régie seule qui fait, au dehors, les achats nécessaires à la consommation indochinoise. Elle s'approvisionne surtout dans l'Inde anglaise, d'opium dit de Bénarès , cultivé en réalité dans des régions strictement définies et surveillées du Bengale et des provinces du Nord-Ouest, préparé pour le marché étranger dans les manufactures officielles de Patna et de Ghazipur, et mis en vente tous les mois dans la ville de Calcutta, aux enchères. Le Gouvernement anglo-indien s'est toujours refusé à consentir à la régie indochinoise un traitement d'Etat et à la con-

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