‹ L'IndochineChapitre 75 sur 218 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sidérer autrement que comme un acheteur ordinaire. L'opium indien est, en Indochine, réservé à la consommation de luxe : il fut longtemps le seul admis k la vente officielle. Toutefois, lorsqu'on se fut aperçu que le Tonkin en consommait en réalité fort peu, bien que sa faculté d absorption fût très considérable, et parce qu'il était, à travers ses frontières, inondé d'opium chinois, il parut à la régie qu'elle ne devait pas négliger un produit qui jouissait auprès des consommateurs d'une faveur si marquée, et qui donnait lieu surtout à une contrebande si florissante. L'administration fait donc depuis quelque temps d'importants achats d'opium auprès des négociants yunnanais (,) .

Les opiums indien et yunnanais sont traités en Indochine à une bouillerie unique, autrefois située à Saïgon, et qui a été remontée à Gialam, en face de Hanoï. Ils y sont l'objet d'une manutention délicate , où interviennent à la fois les méthodes de la chimie moderne et la compétence spéciale des dégustateurs, si l'on ose ainsi parler, asiatiques. Un laboratoire d'analyse, dont les travaux se continuent jusqu'à l'Institut Pasteur, en débarrassant de ses impuretés l'opium de la régie, s'efforce d'assurer une préparation moins nocive pour la santé des consommateurs en même temps qu'un rendement meilleur pour le fisc.

L'administration ne dispose pas encore d'un personnel suffisant pour pouvoir vendre partout elle-même son opium. Au Cambodge et au Laos elle en confie la vente aux chefs de province. En pays annamite elle le vend dans ses entrepôts , et cette vente officielle contrôle utilement celle des débitants généraux et débitants particuliers» Un

(1) Sur iao,ooo kilogrammes d'opium im- desliue. Bien que l'analyse révèle , pour l'opium

portés en Indochine en 1898, celui du indien, une composition sensiblement voisine

Yunnan entre officiellement pour 73,000 ki- de celle de l'opium yunnanais, il est pourtant

logrammes : mais il faut majorer ce chiffre de plus recherché que ce dernier par les-consom-

l'ap point considérable de l'importation clan- mateurs, et il se vend un prix plus élevé.

Hà L'INDOCHINE.

autre contrôle très étroit est stipulé par les conditions mêmes du contrat qu'elle passe avec ses vendeurs : les visites des agents du fisc en surveillent à tout moment l'observation. Des lots sont établis par provinces ou groupes de provinces, et les débitants d'opium y sont choisis après appel à la concurrence. Ils s'engagent à prendre à la régie, à des prix convenus, une quantité minimum donnée par mois, à ne vendre cet opium que dans leur circonscription, à ouvrir à cette fin autant de débits qu'il est nécessaire, et dont le minimum est fixé. Ils sont astreints à tenir une comptabilité, en deniers et en matières, de leurs achats et de leurs "ventes. Le bénéfice des entreposeurs, débitants généraux et débitants particuliers, est strictement limité par le contrat. Le consommateur paye donc son opium un prix qui se décompose, en dernière analyse, en prix de revient, achat et fabrication, du produit à la régie, montant de la taxe, et enfin bénéfice des débitants. Les diverses qualités se vendent ainsi à des prix variant, pour le taël de 37 gr. 6, entre tin peu moins de a et un peu plus de 3 piastres. L'établissement de cet impôt et la reprise, par la régie, des droits de l'État sur les anciens fermiers, ont donné lieu, au début, à quelques difficultés qui sont aujourd'hui terminées. Certaines difficultés subsistent encore néanmoins dans le fonctionnement du monopole , et sont , à la vérité, inhérentes à sa nature. L'une d'elles provient de l'origine même du produit, étranger au pays qui le consomme. Le prix d'achat étant fixé en dehors de la volonté, et même de la présence du véritable acheteur, expose celui-ci à des flucluations de prix et a des pertes au change qu'il ne peut ni conjurer ni prévoir. Les achats faits en Chine ont également été parfois rendus difficiles par l'humeur capricieuse des marchands chinois ou par les événements politiques. En outre la nécessité de chercher l'opium a l'extérieur laisse le pays ouvert à la contrebande, et la contrebande est active parce qu'elle est à la fois aisée et fructueuse. Rien n'est plus facile à dissi-

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