CHAPITRE V
dans chaque maison le rudimen taire alambic, le tujau de bambou et le morceau de levure avec lesquels se prépare la distillation de 4'alcool de riz. La régie n'a eu, un temps, à sa disposition, pour réprimer cette fraude , ( jue les mauvais moyens des perquisitions à domicile, toujours vexatoires, et des dénonciations, trop souvent suspectes, des indicateurs indigènes. Elle a trouvé mieux en cherchant à faire, avec le concours des administrateurs des Services Civils, l'éducation des assujettis , et en les déshabituant peu à peu de distiller dans leur maison , pour venir opérer dans une maison commune exercée, que, dans la suite, ils se déshabitueront de fréquenter assez vite. Alors la distillerie privée individuelle, peu lucrative, d'ailleurs, comme bien Ton pense, aura vécu. Déjà des distilleries européennes se montent, agencées suivant des procédés de fabrication européens , qui , travaillant pour le compte de la régie et sous son contrôle, assureront au fisc un rendement plus copieux et à la population un produit de qualité supérieure, en même temps qu'une perception de l'impôt plus légère * 1} .
Avec la dernière des trois grandes régies, la régie du sel, le fisc atteint un produit qui n'est plus, comme les précédents, réservé à la consommation riche ou aisée, ou seulement à la consommation fréquente, mais qui est de consommation universelle, et, pour ainsi dire, de nécessité vitale. Le sel est particulièrement employé par les indigènes de notre possession, non seulement sous forme directe, mais sous forme de salaisons et de sauces : la fabrication de ces salaisons est l'objet d'une industrie des plus actives tout le long de la côte d'Annam. Il est en outre un important objet d'échange pour le com-
(1) Le Laos, soumis au droit commun pour mation de l'alcool indigène, de o piastre a 5
l'opium, n'a pas pu l'être pour l'alcool, et par famille laotienne, et de qo piastres par
l'impôt y est perçu sous forme de taxe d'aboii- appareil distillatoire. Les familles khas sont
nement pour la fabrication et la consom- exemptées.
merce maritime, et il a même alimenté jadis une importation considérable, plus tard interdite, au Yunnan, et que nous serions, d'après ilivers bruits, près d'être autorisés à reprendre. C'est plus qu'il n'en' faut pour qu'on ait été fondé à contester ta légitimité de l'impôt sur le sel. Il serait assurément préférable que cet impôt n'existât pas plus que les autres : il n'est pas plus défendable; mais, toutefois, il l'est autant. Dans un pavs inorganisé, où les formes de la richesse et de la production sont encore peu nombreuses et peu développées, il faut bien accepter ta matière imposable sous les formes qu'elle présente nu fisc. L'impôt du sel existe d'ailleurs à peu près partout en Asie. Le Japon lui-même, malgré le développement tout moderne de sa vie économique, et d'une fiscalité qui comporte à la fois l'impôt foncier, l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les affaires, les droits d'enregistrement, le monopole de l'alcool de riz, a adopté, sinon précisément la taxe sur le 'sel, du moins la, taxe équivalente sur la sauce salée, ou wy, qui est de consommation nationale dans le pavs. Le gouvernement anglo-indien frappe également le sel de droits, sqit au port d'importation, pour te sel venu de l'extérieur, soit sur place, pour le sel fabriqué sur la côte ou aux lacs salés du Rajputana et aux mines du Punjab. Une justification assez curieuse de cet impôt est donnée par sir John Strachey, qui cite une dépêche du duc d'Argjtl, Secrétaire d'Etat pour l'Inde, dont ta doctrine n'est pas sans intérêt pour nos propres établissements : «Sur le terrain des principes généraux, j est-il dit, le sel est une matière dont la taxation est parfaitement légitime. En aucun pays on ne peut atteindre la masse de la population par les impôts directs. Pour la faire participer à toutes les dépenses de l'Etat, it faut s'adresser a des taxes qui .s'appliquent à certains articles de consommation universelle. Avec des impôts de cette nature, bien et justement combinés, on peut obtenir des résultats considérables, non seulement sans que la population s'en aperçoive , mais même en faisant