CHAPITRE V
dos sollicitations et à des rancunes également préjudiciables à l'accomplissement de leur mission, mènent contre la fraude, sur terre et sur mer, et jusque dans les postes les plus reculés et les plus malsains, une lutte quotidienne, qui est sans gloire, mais qui n'est pas toujours sans danger. 11 faut rendre à leur zèle, et au labeur de leur vaillant Directeur général, M. Frézouls, la part considérable qui leur revient dans la richesse actuelle du grand budget de l'Indochine.
L'impôt n'a pas, en Indochine, l'exceptionnel privilège de retrouver une popularité qu'il n'a nulle part ailleurs dans le monde^ Il déplaît, là comme ailleurs, à ceux qui sont tenus de le payer, et il est bien évident que l'établissement et le fonctionnement des monopoles, par exemple, comportent une part de contrainte assez désagréable à la liberté des individus. Les Français de la métropole en savent quelque chose , puisque c'est un des peuples les plus réglementés, perquisitionnes, et tourmentés qui soient parles agents de la régie; ils acceptent ces misères, néanmoins, en s'en vengeant seulement par ces épigrammes sur le fisc qui établissent, en France, la réputation d'un homme d'esprit. — En Indochine, les progrès delà perception d'Etat feront, de même, accepter daplus en plus aisément, par des contribuables d'ailleurs fort dociles, et accoutumés, avant notre arrivée, à des procédés autrement vexatoires que notre demande régulière et modérée de contribution, la charge inévitable de l'impôt. Chaque élément de la population indochinoise y apporte, d'ailleurs, sa part, et nous avons vu que l'élément français n'est pas, malgré sa grande infériorité numérique , celui qui apporte la part moindre. S'il n'est pas tributaire de la régie de l'opium , — mais cette consommation n'est point apparemment de celles qui méritent d'apitoyer les sympathies, — s'il ne sent guère les droits sur l'alcool , le sel et les autres produits de consommation, le contribuable français est en revanche directe-
ment atteint dans ses entreprises, agricoles par l'impôt foncier et par H m pôt personnel de ses ouvriers indigènes, industrielles et commerciales par l'impôt des patentes, les droits de douane, les taxes d'enregistrement et de timbre. Dans les villes où il réside, il est astreint à la taxe sur la propriété bâtie et à diverses taxes urbaines. Celte taxation, pour n'être pas excessive, marque du moins que les représentants de la nation protectrice en Indochine sont loin de se dérober à la participation aux charges publiques (I) . L'impôt s'efforce d'être équitablement réparti et équitablement perçu dans notre possession. Il tâche à être aussi utilement employé que possible par les divers budgets qui le recueillent.
(,) II est assez difficile de déterminer numériquement la charge de l'impôt, dans l'incertitude où nous sommes du chiffre exact de la population, et en raison des variations du taux de la piastre. Il ne paraît pas qu'on doive s'éloigner beaucoup de la vérité en disant que la part versée à l'impôt par le contribuable indoebinoîs oscille, en moyenne, autour de cinq francs par an. La moyenne pour l'Inde anglaise serait de 7 fr. 5o, pour la Birmanie de 11 (r. a a. Sir Robert Hart, Inspecteur général des Douanes Impériales Maritimes chinoises, évaluerait, d'après un article de M. le commandant Vidal, publié dans le «Bulletin
du Comité de l'Asie française r , à 1 fr. 35 seulement la charge moyenne qui pèserait sur le contribuable céleste : on nous permettra de trouver, malgré la haute autorité de son auteur, cette appréciation un peu bienveillante. — D'une manière générale, d'ailleurs, ce genre de calcul ne prouve pas grand'chose , puisqu'il considère un contribuable type, c'est-à-dire précisément le seul qui ne remplisse aucune des conditions des vrais contribuables : quand on yeut demander à la statistique plus que des indications approximatives , on obtient des systèmes d'une précision spécieuse, derrière lesquels s'enfuit la souple réalité.