‹ L'Industrie aurifèreChapitre 131 sur 241 · ir 'r^-Wr^v · texte numérisé non relu

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Unis tout l'archipel Alexandre et toute la côte adjacente, reportant par conséquent les possessions littorales canadiennes jusqu'à la passe de Dixon (Dixon Entrance), en face de l'île de la Reine- Charlotte, qui reste canadienne. Dans ces conditions, deux voies d'accès au Yukon sont en vue : Tune, le Coast and Yukon Railway, partirait du sommet du Kitimaat (bras de mer situé à 75 milles au sud de Port-Simpson), longerait le lac Atlin, la Yukon River et irait jusqu'à la frontière de l'Alaska, après avoir touché Dawson. Le parcours de la voie ferrée projetée aurait 900 milles; mais comme une Compagnie a déjà obtenu la concession d'un railway de 135 kilomètres du Kitimaat Arm jusqu'à Hazelton, on estime avec raison que, pour éviter un double emploi, la ligne devrait partir de ce dernier point, qui est situé sur la Skeena River. Quoiqu'à 400 milles de distance de Vancouver, Kitimaat peut être facilement atteint par bateau sans sortir des eaux canadiennes. C'est là le point important.

Les Canadiens n'ont pas oublié toutes les vexations dont ils ont été l'objet de la part des autorités douanières américaines à l'époque de la découverte du Klondyke, et il est assez naturel qu'ils cherchent à éviter ces sortes de Fourches Caudines.

L'autre projet, qui a le suffrage des habitants et des édiles de Vancouver, consiste à prolonger la voie de V. V. et E. R. qui, comme on le sait, va atteindre prochainement Vancouver. La ligne passerait par Squamish, Pemberton Meadow,puis traverserait les régions du Lilloët, du Cariboo et de TOmineca. La Compagnie en question, qui n'est autre qu'une émanation du Great Northern américain, est toute prête à faire avancer ses locomotives jusqu'à l'extrême nord de la province, si le Gouvernement veut lui prêter assistance.

L'agitation qui a été créée à Vancouver a pour but d'arriver à ce résultat. De leur côté, les habitants de Dawson appellent de tous leurs vœux la réalisation de ce projet sous l'une des formes envisagées, car en dehors des inconvénients du passage en territoire américain les relations de l'extrême nord avec la Colombie britannique sont très malaisées durant la période des glaces.

Le Gouvernement provincial semble avoir admis en principe la création d'une voie ferrée depuis la frontière du Yukon jusqu'à un point du Pacifique. Cela répond d'ailleurs <à une promesse conditionnelle faite, en 1899, par sir Willfrid Laurier.

D'autre part, il y a autour de Dawson, dans un rayon de 150 kilomètres, une étendue énorme de terrains aurifères qui, abandonnés ou négligés depuis 1897, commencent à être repris et exploités chaque jour. Leur teneur moyenne, 2 à 6 grammes d'or, au mètre cube en place, serait considérée comme fort élevée en Sibérie.

La journée d'un mineur, en Sibérie, se paie 1 rouble (2 fr. 66) et au Klondyke 4 dollars (20 fr. 40), plus la nourriture. La nourriture, en Sibérie, revient à 7 roubles (35 francs) par mois; au Klondyke, 382 fr. 50. La ration de viande d'un soldat de l'armée française est de 300 grammes par jour; celle d'un mineur sibérien, 570 grammes; celle d'un mineur du Klondyke, lkg,l33.

Les terrains dont je parle commencent à passer des mains des simples prospecteurs à celles des sociétés. De grands travaux, moins hâtifs mais de plus longue haleine, s'entreprennent un peu partout dans le pays. On sera surpris des résultats de telles exploitations, avant que peu d'années s'écoulent. Et le jour où l'on pourra se fournir d'eau à bon marché à des altitudes de 100 à 200 mètres, au-dessus des ruisseaux, ce jour-là, d'immenses concessions pourront être hydrauliquées.

La progression du rendement aurifère passera, alors, le record même de Tannée 1900. Tel sera le résultat prévu de l'évolution de l'effort individuel vers l'effort des coopérations, et des capitaux.

Au surplus, de nouveaux placers s'ouvrent chaque année aux mineurs, moins vite peut-être qu'on ne l'avait escompté, mais d'une façon plus sûre, c'est-à-dire sans s'exposer aux misères de jadis. Ainsi les nouvelles découvertes faites sur la Duncan, affluent de la rivière Mayo, qui se jette dans le Stenart, à 450 kilomètres de Dawson, ont attiré au-delà de 400 mineurs qui y travaillent cet hiver. Des dragues amenées à grand prix ont été montées sur le Stenart. Et les anciens placers du Sixty Mile, recommencent à être exploités à 130 kilomètres de Dawson.

Tout cela fait bien augurer de l'avenir du jeune territoire. Je citerai, en terminant ce rapide exposé, l'appréciation du Président de la Compagnie « Nord American Trading and Transportation C° », une société dont l'histoire est intimement liée 5 celle de l'Alaska et du Yukon. Les crédits ouverts par elle aux prospecteurs de ces régions, quelques mois avant la découverte du Klondyke, s'élevaient à plusieurs centaines de mille dollars.

« Je suis venu ici, dit M. Isom, au moment où la production « aurifère atteignait son maximum. Je n'ai jamais eu plus de « confiance dans le pays que cette année. Il y a évolution dans la « manière de travailler comme dans la manière de payer. La « poudre d'or a disparu en tant que monnaie. Tout commence à « s'asseoir enfin sur des bases sérieuses. L'essor réel du Klondyke « datera de cette année, où le chiffre des importations dépasse de « beaucoup celui des années précédentes. »

Constitution des alluvions du Klondyke. — Donnons d'abord quelques indications sur la constitution des alluvions au rières du Klondyke et du Yukon.

La surface du sol est recouverte d'une couche uniforme de mousse et de .terreau noirâtre (le torf des Sibériens), qui dégèle pendant Tété. Au dessous vient ce que les mineurs du pays désignent sous le nom de « muck ». C'est une bouc glaciaire et glacée, généralement argileuse, entremêlée parfois de lits de glace pure et dont l'épaisseur varie de 1 à 10, 15 mètres et au delà.

Ce muck n'est pas aurifère.

Au dessous commence la couche aurifère qui débute, à sa partie supérieure, par des sables, généralement très pauvres, puis vient le gravier jaune « yellow gravel » et enfin le « blue gravel », le gravier bleu ou, plus exactement, gris clair, qui repose sur le bedrock et qui constitue la partie la plus riche de l'alluvion {fig. 158).

La puissance des deux graviers réunis varie dans des limites assez étendues, mais elle est rarement supérieure à 2 mètres.

Il y a deux sortes d'alluvions : celles qui se trouvent au fond des vallées, ce sont les plus riches, et celles qui affleurent à flanc de coteau et qui représentent les restes des anciens courants avant que la rivière ait creusé son lit plus profondément dans le bed-rock. Ces alluvions de plateaux sont le siège d'activés exploitations, toutes souterraines, vu l'épaisseur de morts-terrains qui les couvrent [fig. 155). Les alluvions du fond des criques sont aussi exploitées par puits dès qu'il devient nécessaire de déplacer plus de 4 mètres de stérile.

Une curieuse propriété de ces terrains gelés c'est d'être absolument étanches. On peut travailler, en toute sécurité, sous le niveau de la rivière (fig. 156 et 160), car l'eau qui pourrait pénétrer par les

lissures est aussitôt gelée, la température du sous-sol étant toujours d'au moins 10 à 15° au-dessous de zéro, été comme hiver. En outre, la plasticité de la glace intervient aussi comme un précieui facteur : les vides créés par l'exploitation souterraine s'affaissent lentement et sans rupture, de sorte que tout remblayage est inutile. 11 n'y a pas non plus de boisage, à l'inverse de ce que j'ai décrit pour la méthode sibérienne. Cela tienl, comme je vais

Fin. 1 56- — Un chantier souterrain, exploitant A sec et sans épuisement

aous le coure d'une rivière au Klon.lyke.

l'expliquer, à ce que le procédé de dégelage n'élève pas sensiblement la température de la mine et qu'on laisse à l'état de nature, c'est-à-dire complètement gelée, toute la partie de terrain qu'on n'enlève pas.

Dans les vallées où se font les exploitations aurifères, les cabines des mineurs sont ornées de trophées de bois, de cornes et d'ivoire; sur les déblais des mines gisent des débris d'ossements ; ces fossiles sont facilement reconnus par le naturaliste, et le mineur y trouve un indice de la richesse aurifère du sous-sol. C'est, en effet, a la base des grandes vallées que ces ossements fossiles sont en plus

grand nombre, et c'est là aussi, dans les niveaux inférieurs, que les graviers sont les plus riches en métal précieux, l'or alluvionnaire s'étant déposé en plus grande quantité dans les points les plus bas du bed-rock.

C'est, en général, au contact de la boue et du gravier aurifère, contact mal défini, que se trouvent les gisements de fossiles.

Ils sont tous bien conservés; mais la difficulté pour les arracher

de la glace fait qu'on les abîme et qu'on les brise souvent. Ces ossements ont en général des dimensions gigantesques; M. Obalskî a mesuré des défenses d'ivoire de 6 mètres et des fémurs de l™,^

{fia- 157).

Le mineur ne fait pas grand cas de ces ivoires, qu'on trouve pourtant en quantité ; mais il faut dire qu'ils ne sont pas blancs; de plus ils dégagent une odeur fétide.

On a constaté que ces fossiles sur place, dans la mine, étaient toujours entourés d'une boue organique; ces ossements glacés, amenés au jour, à une température plus élevée, entraient en décomposition et dégageaient une odeur de charnier caractéristique. 11 semble

donc que l'animal a dû être charrié là par des rivières ou des torrents, encore en chair, et a subi sur place la décomposition froide.

Limite d'exploitabilité. — Les explications qui précèdent suffisent à faire comprendre qu'il ne faut plus parler ici de teneurs de « cents au yard cube » pour qu'on considère une alluvion comme exploitable avec profit au Klondyke.

Avec le taux actuel des salaires qui, quoique bien diminué, est encore, aux yeux des vieux pays, un taux excessif, il ne peut être question de travailler, môme avec des moyens mécaniques, que desalluvions très riches. On paie, en ce moment, un salaire moyen de5 dollars par journée de dix heures, plus la nourriture, qui est fournie par l'employeur ou par des cantines, et quirevient à 3 dollars; total, 8 dollars par journée.

En fait, l'ouvrier ne travaille pour un salaire fixe que pour gagner sa vie pendant les premiers temps ou pour se refaire d'une expérience malheureuse ou enfin dans le but de se constituer au plus vite une mise de fond pour tenter à son tour sa chance. Il est d'ailleurs certain de réussir s'il est sobre et travailleur, les opportunités de gagner de l'argent s'offrant à lui chaque jour pour ainsi dire.

Neuf dollards au yard cube (environ 60 francs au mètre cube) est en ce moment la limite inférieure pour les exploitations souterraines extrayant avec des moyens mécaniques, et en grand. Pour les petits mineurs opérant pour leur compte, le « good dirt », la bonne boue, est celle qui rend, par yard cube, 30 à 50 dollars (environ 210 à 350 francs au mètre cube); mais des teneurs dix fois plus élevées ne sont pas rares sur des placers connus comme riches.

Le titre de l'or n'est pas très élevé. La moyenne, pour la région de Dawson est de 850 millièmes. En descendant du côté de White Horse ce chiffre s'abaisse encore et tombe même parfois à 700.

Méthodes de travail. — M. l'Ingénieur Obalski, frère de l'Inspecteur des mines de la Province de Québec, bien connu dans le monde minier, a fait une étude très complète des méthodes de dégelage. Je lui dois aussi la communication de quelques-unes des photographies qui illustrent cette partie de mon ouvrage.

Dégelage. — On opère au moyen de '< pointes », c'est-à-dire de tubes terminés par une pointe, qui sont chauffés par de la vapeur venant d'une petite chaudière portative amenée, souvent à grands frais, sur les lieux.

On dégèle ainsi le « muck » comme l'indique la figure 158, en

Fin. 138. — Dégelage a la vapeur.

allongeant successivement la pointe au fur et & mesure que le terrain « fond ». On arrive ainsi jusqu'au gravier. On retire alors

Fie 159. — Sonde Keystone sur alluvions gelées au Kiondyke.

le tuyau et on vide la boue en laquelle s'est transformé le muck. Le puits est fait, il ne reste qu'à le munir de son treuil d'extraction,

qui est à vapeur si les moyens de l'exploitant le lui permettent. 11 trouve facilement du crédit si son claim est connu comme payant et si sa moralité est bonne.

Les sondages préalables, peuvent aussi s'opérer de cette façon, bien qu'on emploie aussi la sonde Keyslone {fig. 159), surtout si les morts terrains qui recouvrent la coucbe aurifère ont une épaisseur considérable, qu'il serait trop long et trop coûteux de dégeler avec les pointes de vapeur.

L'abatage dans la couche s'opère aussi au moyen de pointes, mais l'effet utile de ces instruments a été considérablement aug-

Fig. 160. — Pulsomèlre alimentant une série <le pointes de dégelage.

mente par l'idée, paradoxale au premier abord, de faire agir celte vapeur dans les pointes, non pas directement, mais par l'intermédiaire d'un pulsomèlre placé dans la mine, au bas du puits, et qui sert en même temps de nourrice aux diverses pointes en service dans les travaux. Ces pointes sont d'ailleurs munies, à leur extrémité opposée à la pointe, d'une tète en acier pour permettre son enfoncement a coups de marteau et d'un talon permettant de la retirer aussi à coups de maillet {fig. 160).

L'interposition du pulsomèlre a pour résultat de faire agir le mélange d'eau et de vapeur en circulation dans le tube, d'une façon discontinue, par à-coups, ce qui augmente considérablement la rapidité du dégelage.

EXPLOITATION DES ÀLLUVIOSS GELÉES il?

On travaille avec les pointes pendant la nuit et on fait l'extraction des matières boueuses qui en résultent, pendant le jour. Comme les pointes ont dégelé une série de cônes adjacents, les ouvriers achèvent le travail en détachant au pic les culots intermédiaires qui ne sont pas encore réduits en bouc. On voit distinctement sur la photographie [fig. 161) ces parties non dégelées qui subsistent entre les trous de dégelage.

Un seul pulsomèlre suffit à entretenir un nombre de pointes correspondant à ce que peuvent extraire cinq mineurs dans Jeur

Fie. 161. — Chantier soulorraia di'gt'lë avec les a pointes >.

journée. C'est la capacité de travail ordinaire d'une association de petits mineurs travaillant pour leur compte ou comme locataires, car le prix des daims s'est beaucoup élevé aux environs de Dawson. dans ces derniers temps, et les mineurs qui veulent travailler pour leur compte sont obligés de s'écarter de plus en plus des centres déjà concurrencés.

Extraction. — L'extraction des matières s'opère à l'aide de sortes de boites en bois munies -de crochets, qui permettent de les saisir soit avec un treuil d'extraction, soit avec un crochet à poulie, genre Temperley, avec lequel on élève les matières sorties du puits jusqu'à la hauteur du sluice porté sur des chevalets, installé, en général, à 7 mètres d'élévation, de façon & donner de la place pour la dé-

418 LlJUHSTRIti AURIFÈRE

charge des tailings (fig. 100 et lf>-2). Comme le travail souterrain est continu el qu'il n'y a d'eau liquide que pendant l'été, on entasse la production hivernale sous la forme d'un gros monticule, à côté du puils ifi'j. 163) el, dans ce cas, on construit à la base de ce tas un sluice posé sur terre, qu'on protège par des planches, afin qu'il ne soit pas écrasé. Il sert , une fois les beaux jours arrivés, à avaler tout le tas en le faisant ébouler dans ce « ground-sluice ».

Km. I6Î. — ExtmrMun et l'iv.iue nu Klnn<]yk« clier rn |ilnnchei, verte »oo coateou dans le rejetÉes el forment un la» -ous !e sijiee,

Comme toute culte alluviun boueuse s'est immédiatement recollée à cause de la rigueur du climat et forme un monolithe glacé, on attaque ce lus avec une petite lance hydraulique, l'alluvion glacée, comme on va le voir plus loin, ne résistant pas à l'action d'un jet d'eau sous pression ifiij. KSO1.

Lavage. — Cette partie de la méthode ^lu Klondyke est de beaucoup la moins satisfaisante de toutes les opérations qui la constituent. C'est ainsi que, comme débourbage, on se contente d'une sorte de bassin rectangulaire placé sur le trajet du sluice et dans lequel les matières argileuses sont délayées à la main, ce qui, avec

EXPLOITATION DES ALLliVIONS GELÉES 449

des salaires de 8 dollars par dix heures, ne peut pas être considéré comme une solution bien recommandable [fig. 16ô).

Fio. 163. — Travail d'hiver. Alise en tas Je l'alluvion extraite sou terrain emen t.

Fio. 164. — Travail d'été. Réalisation du tas accumulé pendant l'hiver

au-dessus du «ground sluice».

L'emploi des under-currents, si répandu dans toutes les exploitations sibériennes possédant des lavoirs fixes, est encore inconnu. Enfin les dispositifs habituels pour retenir et sauver l'or lin ne sont pas

appliqués non plus. Il y a évidemment beaucoup a perfectionner à ce point de vue.

Il est d'autant plus nécessaire d'apporter des progrès au Klondyke que c'est sur Cfltc région que se guident les autres exploitants,

Km. 1C5. — Chantier iirnfond au Kloidyke [duiible iielletage et délium-lingc ilnna le * Mud-box »).

notamment ceux de l'Alaska {Birch Creek, Fort// Miles, etc.) et même ceux du Cap S'orne et de la péninsule de Steward. Les mineurs de l'Alaska, par exemple, qui ont adopté le dégelage a la pointe, feront bien de ne pas imiter ceux du Klondyke quand ces derniers négligent tout criblage préalable, quece soit pur de simples grilles à barreaux (grizzly) ou par plaques perforées. Ils rendent ainsi inutilisables des placera qui, avec peu de frais supplémentaires, produiraient de beaux bénélices.

Une installation susceptible, par exemple, de dégeler, d'extraire

et de laver 150 yards cubes, soit 112 mètres cubes, par jour, avec un prix de revient de S 1,50 par yard, pourrait, selon toute probabilité, moyennant une construction additionnelle valant de 500S à2.000S comme frais de premier établissement, et avec des frais supplémentaires ne dépassant pasîO.10 par yard cube, récolter au moins 10 0/0 de plus sur son rendement en or total.

Ces considérations sont d'aiitunt plus importantes qu'il a été reconnu dans le district de Tanana, dont on parle beaucoup en ce moment, et sur lequel on s'attend à un vérilablc rush en 1905, que l'or lin de ces parages était excessivement pulvérulent, donnant jusqu'à. 500 couleurs au cent. Cet or ne vaut que $ 17,70 par once (2 fr. 95 le gramme). Dans la péninsule Seeward, l'or de la crique Ophir donne 170 couleurs au cent et vaut $ 18,50 l'once (3 fr. 10 le gramme). Tout cet tir sera certainement perdu si on lui applique les procédés de lavages actuels du Klondyke.

Le criblage préalable permettrait d'employer des sluices plus larges à lame d'eau plus mince, dans lesquels la proportion d'or fin

452 l'indostuie aurifère

sauvé, serait naturellement supérieure à ce que peut donner un sluice étroit, à courant rapide et profond, indispensable pour entraîner les pierres et empêcher qu'il ne puisse être bloqué. Dans ce cas, l'allongement de la ligne des sluices ne produirait aucun avantage : le moindre under-current serait autrement efficace.

Dégelage des allumons à la surface. — On opère pour ce dégelage comme pour creuser un puits; mais on a rarement recours à ce moyen. On commence par se débarrasser du « muck » par une ingénieuse application de la méthode hydraulique. On a vite reconnu que le sol gelé ne résiste pas à l'action du monitor et qu'il est très facile d'évacuer à peu de frais, sous forme de boues coulantes, tout le manteau de « muck » stérile superficiel (fig. 125 et 166).

Une fois ce travail préparatoire achevé, on procède à l'exploitatation de l'alluvion aurifère proprement dite : ici, les solutions varient beaucoup.

Si la pente est suffisante, on pratique le système hydraulique complet en faisant écouler les matières aurifères soit dans un sluice construit spécialement à cette intention, soit dans un ground-sluice qu'on vient ensuite nettoyer avec des rockers.

Si la pente est insuffisante et provoque le blocage par les résidus stériles, on maintient l'écoulement libre au moyen du déblayage avec des pelles en fer traînées par des chevaux (fig. 167).

Enfin, si la pente est totalement insuffisante, on procède par excavateur remettant les déblais dans la fouille comme je l'ai décrit à la page 264. Cette méthode a donné de grands bénéfices aux exploitants qui ont pu l'installer, ce qui a représenté pour eux une grosse mise de fonds, à cause de la cherté des transports.

La grande difficulté que rencontre l'application du procédé hydraulique au Klondyke, c'est le manque d'eau, ce qui paraît paradoxal, étant donnée l'abondance bien connue des cours d'eau dans cette contrée. Mais c'est de l'eau sous pression qu'il faut, c'est-à-dire de l'eau captéedans les hauteurs, sur les montagnes et, dans ces endroitslà, elle fait défaut en été. Il est surtout difficile d'arriver à une hauteur suffisante au-dessus des lits de graviers accrochés aux flancs des vallées, ce que les Américains appellent les « bench-gravels » (fig. 155). Même pour le simple lavage avec des sluices installés au fond des vallées, l'eau est insuffisante bien souvent pour travailler régulièrement, ce qui porte un tort considérable aux exploitants, qui

ne disposent que d'un nombre de jours de lavage restreint et limité pendant le cours de l'année.

La fonte des neiges fournit, au début de l'été, de l'eau en abondance; mais quand cette source temporaire est épuisée, on est exposé à une sécheresse complète, à moins que les pluies d'été ne commencent en Juillet. Si ces pluies sont insu Disantes, une véritable famine d'eau sévit sur toutes les exploitations, et le rendement de l'année s'en ressent.

Certaines installations se sont organisées pour éviter cet incon-

Fw. 167. — Déblayage des stériles (Bonanza &.).

vénient en élevant l'eau au moyen de pompes à vapeur, soit pour hydrauliquer, soit simplement pour alimenter des sluices ordinaires. Le bois de chauffage, le seul combustible auquel on puisse s'adresser, est si cher sur les placera qu'il faut de bien riches teneurs pour permettre une telle dépense. Des canaux plus importants, projetés ou en cours d'exécution, sont destinés à porter remède à cette situation. Au Cap Nome et dans l'Alaska, on a aussi installé des procédés hydrauliques « artificiels », mais sur une moins grande échelle qu'au Kloiidyke. On peut dire que cette question de L'eau est vitale pour toute cette région et que de sa solution dépend en grande

4SI l'ixdestbie AL'RIFÈRE

partie L'accruissenioiit Je la production qu'on attend de la mise en exploitation régulière des mines de « bench-gravels ».

Hydraulique, acee pompage des résidus. — Une solution élégante pour l'exploitation des alluvions en contre-bas du sol a été appliquée avec succès dans la vallée de Bonanza. C'est une combinaison

du procédé hydraulique avec le relevage des matières au moyen d'une pompe chinoise. Voici comment est établi ce chantier.

On a commencé par atteindre le bed-rock par un puits creusé par le système de la pointe. Une fois arrivé au bed-rock, on y a appuyé unecharpente allant jusqu'au, jour et portant deux chevalements, un pour l'extraction, l'autre pour une pompe chinoise, c'est-à-dire pour une gaine en bois dans laquelle circule une chaîne portant des

palettes passant, à frottement doux, dans la gaine en question. Le tout est actionné par deux locomobiles.

On atlaque alors, à partir du puits, Fallu vion et le « muck » par un monitnr placé sur le bed-rock. Cederniersert de sluice naturel : une partie de l'or s'y dépose, on le recueille avec des rockers. Quant au courant d'eau et de sable, il est aspiré par la pompe à chapelet, qui le verse directement dans un sluice monté sur des chevalets, dans lequel s'achève le dépôt de l'or.

Fus. 169. — Dingue a «i> dans un cl.iinL (Criiiue Ut.naïun).

L'ensemble de cette installation est indiqué dans la photographie représentée à la ligure 168.

Dans cette même crique Bonanza se trouve aussi la drague dont j'ai parlé à la page 439 (fig. 169).

On voit donc, réunis sur des espaces très rapprochés, tous les systèmes connus d'exploitation : depuis le rocker et le sluice à bras, jusqu'aux dragues et aux excavateurs, en passant par les solutions les plus variées du système hydraulique avec pression naturelle ou artificielle de l'eau. L'esprit inventif des Américains et leurs qualités entreprenantes s'y sont c'onné un libre cours et en ont fait un champ

d'études comparatives des plus intéressants et des plus instructifs. Je crois utile, en terminant ce paragraphe, de donner un résumé de la législation des claims aurifères dans la Colombie britannique, qui présente divers dispositifs originaux, notamment en ce qui concerne les encouragements à accorder aux inventeurs de districts aurifères nouveaux, qui sont à recommander.

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