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CAUSES GÉNÉRALES DE CE DÉVELOPPEMENT

Il est important d'analyser les causes qui ont amené l'industrie aurifère à occuper, dans l'échelle des productions minérales du globe, une place aussi prépondérante. Sauf le fer, sous ses deux formes de fonte et d'acier, et la houille, ressort fondamental de toutes nos industries, l'or vient au premier rang comme valeur totale de la production annuelle des métaux utiles. Le cuivre ne le

suit que de loin, avec une production mondiale de 550.000 tonnes environ, valant 800 millions de francs : l'argent n'atteint pas 450 millions, les autres métaux beaucoup moins encore.

L'or jouit, en outre, de ce pouvoir qui lui est propre, à savoir qu'il est l'étalon, la commune mesure de la valeur des autres produits et qu'il est le signe représentatif, universellement accepté, de la richesse, de sorte que sa diffusion entraîne, par cela môme, une plus active circulation et un accroissement de la capacité de production des pays qui le détiennent.

Augmentation du nombre des pays aurifères. — Aussi

voyons-nous tous les pays producteurs d'or prendre, grâce à cette industrie, un essor rapide, et comme, d'autre part, ces pays sont tous des contrées nouvellement ouvertes à l'activité humaine, il en résulte que l'expansrton coloniale qui a marqué la fin du siècle dernier est devenue synonyme de développement aurifère.

Les Anglo-Saxons, établis depuis longtemps dans la plupart des pays neufs aurifères, étaient donc appelés à bénéficier les premiers de cette corrélation. Elle les a puissammentaidés à faire prédominer dans le monde leurs méthodes de travail et leurs procédés de traitement, pour lesquels nous sommes encore leurs tributaires. Les bénéfices réalisés ont attiré les capitaux vers ces emplois exotiques et ont popularisé ce genre d'affaires dans toutes les couches sociales de ces pays. L'expatriation semble dès lors aussi naturelle à ces peuples qu'elle a semblé, jusqu'à ces derniers temps, extraordinaire, insupportable même à nos nationaux. Indépendamment de cette disposition traditionnelle h la recherche de la fortune en pays lointains, l'Anglo-Saxon qui s'y résout est assuré de trouver dans les pays neufs occupés par sa race : ses lois, ses mœurs, son mode d'alimentation, son génie en un mot, ce qui adoucit pour lui le changement.

Ainsi envisagée, l'industrie aurifère constitue pour un peuple un puissant levier d'expansion et de domination, et c'est ce qui explique l'intérêt primordial qu'y attachent ses classes dirigeantes.

Les exemples abondent qui démontrent la corrélation intime qui existe entre les mines d'or et la puissance d'expansion coloniale des Anglo-Saxons. La Californie au milieu du siècle dernier, et plus récemment, l'Australie, le Transvaal, le Canada, le Klondyke sont des exemples classiques connus de tout le monde. Dans tous ces

pays, c'est la découverte et l'exploitation de l'or qui ont été le signal du développement merveilleux qui les caractérisent (fig. 3).

Nous avons, à ce point de vue, beaucoup à apprendre de nos voisins, maintenant que nous possédons un domaine colonial qui présente, sur plusieurs points, des signes de richesses aurifères indubitables. Qu'il s'agisse de notre domaine Indo-Chinois, de Madagascar, de nos possessions continentales de l'Afrique Occidentale ou de la Guyane, partout nous trouvons les promesses d'un développement aurifère certain, pour lequel il importe de profiter des enseignements et des méthodes de nos prédécesseurs dans ce genre d'industrie.

Je n'ignore pas qu'il y a eu, à ce point de vue, de réels progrès réalisés dans notre pays depuis quelques années et que les Coloniaux, aussi bien que ceux qui cherchent leur place au soleil au delà de nos frontières, ne sont plus comme auparavant entourés d'une suspicion que légitimait la valeur morale de nos anciens Français destinés à l'exportation. Nous avons cependant bien du chemin & faire pour prendre, dans cet ordre d'idées, la situation à laquelle nous pouvons aspirer et à laquelle nous avons tout droit de prétendre. Nous sommes en mesure — et je parle ici avec mon expérience personnelle — de nous mesurer avec avantage, tant au point de vue de la valeur technique de nos ingénieurs que par notre esprit d'initiative et de méthode, contre n'importe lequel de nos concurrents, et nous en donnons journellement des preuves par les progrès de notre domaine colonial, malheureusement trop ignorés de notre grand public; or, sans son concours pécuniaire et moral, tous nos efforts resteraient vains. A ce point de vue encore, il faut que le temps fasse son œuvre; mais il convient d'abréger le plus possible cette période d'initiation, en vertu de cet adage « times is money », qui devient de jour en jour plus pressant et plus vrai.

C'est dans ce but, à la fois de vulgarisation technique et de renseignements précis, que j'ai écrit cet ouvrage ; mais, avant d'entrer dans le vif du sujet, il importe dépasser rapidement en revue ce que j'appellerai les caractéristiques de l'industrie aurifère, c'est-àdire l'ensemble des raisons qui en font une industrie particulièrement attachante dans les pays neufs et inséparable de leur développement. Ce n'est pas uniquement sur les bénéfices que peut donner l'exploitation de l'or, qu'il faut se baser, mais il faut tenir compte

aussi de l'attention publique qu'elle appelle sur les régions qui en sont le théâtre, du développement rapide des voies de communication qu'elle réclame impérieusement et dont bénéficient aussitôt les autres industries extractives qui peuvent se créer dans ces pays. Ces industries, livrées à leurs propres forces, auraient été inhabiles ou insuffisantes pour provoquer de tels changements et appeler de tels capitaux avec une pareille rapidité.

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