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CARACTÉRISTIQUES ESSENTIELLES DES EXPLOITATIONS D'OR

Une des caractéristiques essentielles des exploitations aurifères, c'est la possibilité de les entreprendre dans des pays complètement dépourvus de routes. 11 est bien certain qu'une exploitation aurifère intensive appelle immédiatement la création d'un chemin de fer permettant de communiquer avec les bases de ravitaillements; mais les débuts de cette industrie et surtout la période dans laquelle on exploite de préférence les alluvions, peuvent être profitablement tentés dans des pays où le manque de voies de communication interdit tout espèce d'autre organisation minière permanente.

11 en résulte que, môme les pays considérés jusqu'ici comme tout à fait impénétrables, l'Afrique Centrale par exemple, ou les déserts glacés de la Sibérie et du Klondyke, sont dès à présent le théâtre d'exploitations aurifères, grâce aux hardis pionniers que la soif de l'or attire dans ces contrées (fi g. 4).

Dans cet ordre d'idées, les races anglo-saxonnes, grâce à leur initiative, à leur énergie morale, à l'appui que leur donnent les pouvoirs publics et grâce aussi à la volonté qui les caractérise, ont pris largement les devants. C'est à cette circonstance, je le répète, qu'est due la prépondérance prise par ces peuples dans l'industrie mondiale aurifère. La répercussion de ce mouvement s'est immédiatement fait sentir sur le personnel et sur les employés de ce genre d'affaires, et ce n'est que récemment que les Allemands et nous-mêmes sommes entrés timidement dans cette voie. Pendant de nombreuses années, nous avons été obligatoirement les tributaires de l'Angleterre et de l'Amérique pour tout ce qui concerne l'installation, l'aménagement et même l'exploitation des mines d'or, et il suffit de voir la place occupée par les annonces

réservées au matériel pour mines d'or dans les journaux techniques américains et anglais pour comprendre l'immense intérêt et la part prépondérante de ces industries dans le mouvement minier moderne de ces pays.

11 en est résulté aussi une avance considérable prise par les constructeurs américains et anglais dans la fabrication et le perfectionnement des appareils destinés au traitement des minerais aurifères alors que, en ce qui concerne la France, nous n'avons encore aucune maison de construction sérieuse qui se soit adonnée à ce genre de fabrication.

En Allemagne, on a commencé à se libérer de l'obligation d'avoir recours aux étrangers, et des maisons de premier ordre, notamment les usines bien connues% Humboldt, à Kalt, près Cologne, arrivent à fabriquer couramment un matériel irréprochable qui concurrence avantageusement, comme prix et comme qualité, les meilleures marques anglo-américaines.

L'importante maison Fraser et Chalmers, connue du monde entier, établie antérieurement à Chicago, est venue depuis quelques années se fixer à Londres : 3, London Wall Buildings, d'où elle rayonne sur notre pays.

Ces grandes maisons de construction ont à Paris, comme agents pour les représenter, des ingénieurs de mérite très au courant de leur partie, qui ne laissent pas échapper les affaires.

Pendant ce temps, les constructeurs français qui seraient en mesure de créer chez nous cette industrie, s'abstiennent, en donnant comme excuse la perpétuelle objection des retardataires : le manque de débouchés et de clientèle pour des fournitures de ce genre, de sorte qu'on tourne dans un cercle vicieux dont on ne sortira qu'en développant dans notre pays les idées d'expansion et d'initiative qui y sont encore malheureusement trop rares.

Mode de création des affaires aurifères. — La manière d'envisager la création des affaires d'or entre aussi pour une part importante dans le marasme relatif où nous nous trouvons par rapport aux Américains et aux Anglais. Ces derniers notamment disposent de moyens d'organisation financière, de leurs affaires aurifères, qui nous sont interdits. Ils peuvent d'abord, môme pour des sociétés à très gros capital, créer des actions de £. 1, ce qui permet aux plus

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petites bourses de prendre part aux chances des affaires créées; ensuite, le capital argent nécessaire, ce qu'on appelle le working capital, n'a pas besoin d'être souscrit en totalité pour que l'affaire puisse être régulièrement constituée. On peut laissera la souche un nombre plus ou moins grand d'actions à souscrire qui servent de réserve éventuelle et qu'on vend, suivant les circonstances et suivant le crédit qu'inspire l'affaire, au mieux des intérêts sociaux. Point n'est besoin pour cela de transformer la société, ou de créer des actions de priorité, ou d'adopter telles autres mesures qui, en outre qu'elles entraînent des frais considérables, sont beaucoup plus onéreuses pour le capital déjà engagé.

Avec notre organisation française, les débuts sont grevés par les énormes frais de constitution, actes notariés, enregistrement, timbre, droits multiples sur le capital constitué, qui absorbent une part importante de l'argent, réuni parfois à grand'peine et qui constitue le gage de la réussite. La grande difficulté dans les affaires c'est le point de départ, c'est la mise en marche, c'est la création de l'habitude. Qu'une société, une fois constituée, soit astreinte à des formalités nombreuses, à des règles sévères, pour contrôler son fonctionnement, et assurer des garanties aux porteurs d'actions, rien de mieux. Sur ce chapitre, on ne sera jamais trop rigoureux et, jusqu'en 1900, c'était un des vices de la législation anglaise d'avoir été trop libérale à cet égard. Le « Companies Act » de 1900 a introduit dans la Loi anglaise sur les Sociétés la plupart des garanties qui peuvent et qui doivent être raisonnablement exigées, mais il a laissé intact le principe de liberté, qui seul peut favoriser l'initiative en affaires pour ce qui regarde la constitution, la mise au monde des sociétés.

Cette mise au monde est, en effet, des plus simples. On sait qu'en France la Loi de 1867 exige, pour qu'une société soit régulièrement constituée, la souscription totale du capital social et le versement par les premiers souscripteurs du quart au moins du capital social. Rien de ces obligations dans la loi anglaise. Pour qu'une société anonyme, en Angleterre, soit valablement constituée, il suffit que sept personnes, qui peuvent être des étrangers, soient d'accord pour apposer leur signature au bas d'un acte dit « Mémorandum of Association », c'est-à-dire les « statuts » de la future société, et qu'elles s'engagent à souscrire chacune au moins une action. Le

secrétaire de la société, désigné dans les statuts, signe, de son côté, une déclaration statutaire « statutary déclaration », attestant que toutes les prescriptions légales ont été observées. Le Mémorandum et la déclaration sont déposés au bureau spécial de l'enregistrement des sociétés, qui ne fonctionne régulièrement qu'à Londres, Dublin et Edimbourg, — ceci dit pour les sociétés qui se foftt enregistrer dans les îles anglaises de la Manche.

Un reçu du dépôt de ces pièces est donné au secrétaire, et la société est déclarée constituée. C'est-à-dire qu'avec un premier capital, qui peut être de 7 livres, soit 175 francs, puisqu'il suffit que chacun des sept fondateurs souscrive une action et que les actions peuvent être de 1 livre sterling, la société peut, légalement, même si elle a été constituée au capital de 1.000, 10.000 ou 100.000 livres sterling, procéder, sans autre formalité, à la vente de ses actions. Avant la Loi de 1900, la société, ainsi constituée, avait même le droit de se livrer à toutes les autres opérations sociales. 11 y avait naturellement des abus. La loi de 1900 y a remédié en subordonnant l'exercice des droits, autres que celui de la vente des actions, à la délivrance, par le bureau de l'enregistrement des sociétés, d'un second certificat, constatant que toutes les actions offertes au public ont été souscrites et libérées dans la proportion indiquée dans les statuts.

On comprend que, dans ces conditions, de nombreux Français n'hésitent pas à donner la préférence à la forme anglaise, malgré l'obligation du siège social à Londres, surtout pour la constitution de sociétés à capital élevé. Car il est très difficile de réunir des souscriptions pour le capital total dune société qui n'est qu'en formation, alors qu'il est relativement facile, avec de la publicité, de faire souscrire des actions d'une société constituée.

Ce système prête évidemment davantage à la spéculation que le nôtre, mais il faut bien reconnaître que la nature même des industries aurifères, la facilité avec laquelle se réalise le métal précieux retiré des minerais, la rapidité en un mot d'apparition des bénéfices sont autant d'incitants puissants pour engager le public à investir son capital dans ce genre d'affaires. Nous n'avons en France rien de comparable, et notre esprit financier, éminemment conservateur, éloigne de ce genre d'afîaires l'immense majorité des petits et moyens capitalistes.

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Ce n'est que dans les périodes d'inflation, époques qui reviennent périodiquement tous les huit à dix ans, où les affaires les plus notoirement mauvaises sont « flottées », à des prix fantastiques, que notre public de petits capitalistes — émerveillé des gains qu'il voit se réaliser autour de lui — se décide à aborder ce genre de placement. C'est alors que nous voyons s'écouler tous les titres gardés précieusement jusqu'alors en vue d'une vente rémunératrice et que le krach inévitable se produit. Il n'y a pas un sur mille des porteurs de ces titres qui se soit rendu compte à l'avance de la valeur intrinsèque du papier qu'on lui a écoulé; il n'a eu en vue que l'espoir d'une réalisation prompte et rapide avec une différence à empocher. Ces leçons répétées de l'expérience ont eu comme résultat, comme je le dis plus haut, de faire considérer toutes les exploitations aurifères comme un pur jeu et par conséquent d'en dégoûter toutes les personnes sérieuses. Ce n'est évidemment pas à un public de ce genre que peut s'adresser mon livre. De pareilles spéculations dépendant d'un ordre d'idées absolument étranger aux considérations relatives à la valeur intrinsèque des affaires sur lesquelles s'exerce cette sorte de jeu. Toutes les publications de la Terre seraient impuissantes à déraciner cette tendance invincible de l'esprit humain à rechercher les gros gains, acquis sans travail,, en se basant uniquement. sur le hasard ou sur l'habileté.

Mais ce serait déjà un résultat considérable si je pouvais arriver à faire comprendre aux gens qui raisonnent, combien la véritable industrie aurifère est étrangère à ces opérations de Bourse, qui lui portent un coup funeste et dont il importe de la dégager avec netteté.

Il ressort des explications qui précèdent que les affaires aurifères constituées sous la forme anglaise, ne doivent pas être examinées, au point de vue de leur valeur intrinsèque, de la même façon que celles constituées sous la loi française. Dans celle-ci, renonciation du capital social total a une signification importante, et c'est pourquoi la loi oblige à l'indiquer en même temps que le titre de la société. 11 suffit, en effet, de se renseigner pour savoir si ce capital social comporte ou non des actions d'apport et, une fois le montant de ces dernières déduit, on est certain que la différence représente bien une somme effectivement versée en argent dans les caisses de la société. Il en est tout autrement dans les affaires anglaises, puisque*

indépendamment de la part du capital représentée par les actions d'apport « full paid shares », il peut y avoir dans le subscribed capital (actions à souscrire en argent), une partie effectivement souscrite au moment de la constitution et une autre encore attachée à la souche, qui reste h émettre. Un capital social très considérable peut donc, en réalité, ne comporter qu'une très faible proportion d argent effectivement disponible pour les travaux.

C'est ainsi, par exemple, que les plus grandes affaires du Transvaal ont été constituées avec des proportions de « subscribed shares » effectivement libérées en argent, généralement très faibles, et, en tout cas, hors de proportion avec l'importance réelle de l'entreprise. C'est par le système des « filiales » que ces sociétés ont fait ultérieurement appel au crédit public, ce qui a eu pour résultat de morceler outre mesure les installations. On verra plus loin que la force même des choses conduit à présent toutes ces sociétés filiales, à une concentration de leurs moyens d'action pour abaisser leurs prix de revient.

Réalisation des produits* — Dans toute affaire minière, indé-

pendamment du risque inhérent à ce genre d'industrie et tenant à l'impossibilité où nous sommes, du moins dans l'état actuel de nos connaissances, de pouvoir déterminer avec précision les quantités totales de matière utilisable qui se présentent dans les gftes à exploiter, ainsi que la durée probable de ces exploitations, il existe un autre risque, considérable, qui tient à l'incertitude dans laquelle on se trouve pour évaluer le prix de réalisation des minerais retirés! de la mine.

Par ces temps de trusts et de cartels, avec les nouvelles découvertes qui se font tous les jours, des métaux considérés jusqu'ici comme ayant des prix de vente presque immuables, voient leur valeur varier dans des proportions telles qu'elles mettent en péril l'existence d'exploitations minières paraissant absolument stables, ou, à l'inverse, rendent à d'autres entreprises languissantes une vitalité aussi brillante qu'éphémère. Chacun a encore présentes à l'esprit les catastrophes qu'a entraînées le fameux trust des cuivres de 1889, bien que l'idée mère qui lui avait donné naissance fût une idée parfaitement juste et exacte. En effet, lorsqu'un métal de consommation courante tombe, par suite de surproduction ou pour tout

autre cause, au-dessous de son prix de revient normal, il est évident que l'achat, même à découvert, de ce métal — pourvu qu'on ait les moyens de faire reporter sa position jusqu'au moment où la hausse fatale se produit — est une opération sûre, raisonnable et, somme toute, utile au plus grand nombre, puisqu'elle a pour but de rétablir un équilibre momentanément rompu par une circonstance étrangère au jeu véritable de la production et de la consommation.

Ces variations constituent, je l'ai dit, un des principaux risques de l'industrie minière; or elles n'existent pas pour les affaires d'or : ce métal — étalon et commune mesure de la valeur de toutes choses dans tous les pays civilisés — est toujours vendu au même prix, et ce, quelles que soient les quantités qui sont offertes sur le marché. C'est là une considération qui paraît paradoxale à bien des esprits habitués à considérer la loi de l'offre et de la demande comme un principe absolu, et qui ne peuvent pas comprendre, par conséquent, que, malgré son abondance ou sa rareté, l'or conserve toujours le même prix nominal. Cela tient simplement à ce fait caractéristique et unique que l'or, tout en étant un métal proprement dit, avec ses qualités, ses emplois et ses réactions spéciales, est aussi le signe représentatif universellement adopté pour l'évaluation et l'échange des richesses entre nations. Qu'il soit, en effet, monnayé, ou en barres, ou déposé dans les caves de banques d'État, qui émettent en représentation de leur stock d'or du papier-monnaie circulant aux lieu et place du métal, il n'en reste pas moins l'étalon monétaire par excellence, dont un poids déterminé appelé franc, livre, mark, ou dollar, jouit d'un pouvoir libératoire absolument indépendant de la quantité d'autres francs ou d'autres marks en circulation au moment où s'effectue le paiement; il est indéniable qu'avec la baisse générale de tous les prix de vente, ce même poidsétalon s'échange contre des quantités de plus en plus grandes de marchandises, mais cela n'empêche pas que renonciation de la valeur reste toujours la même.

Pour prendre un exemple qui fasse bien comprendre ma pensée, je dirai que le mètre, qui est notre étalon de mesure, a une longueur mathématiquement déterminée (non conforme d'ailleurs à sa définition rigoureuse); mais si ce mètre avait un centimètre ou deux de moins, cela n'empêcherait nullement de mesurer avec lui des kilomètres ou des hectares ; ceux-ci seraient simplement un peu plus petits.

L'absence de côté commercial dans les affaires aurifères simplifie énormément les rouages de ces administrations, elles n'ont plus, en effet, qu'à, s'occuper de questions techniques et de l'abaissement des prix de revient, considérations, somme toute, assez simples dans leur ensemble et qu'il est plus facile d'exposer à un corps d'actionnaires que de les initier aux combinaisons multiples et généralement d'ordre tout à fait privé auxquelles il est nécessaire de recourir pour écouler, dans ce temps de concurrence acharnée, les métaux ou minerais produits dans des conditions assurant le bénéfice. Dans les mines d'or, un seul chiffre suffit : le nombre d'onces ou de grammes extrait par tonne de minerai et, en face, les frais d'exploitation et de traitement. Pas d'évaluation non plus de minerai en stock ou de produits finis ou en cours de traitement dont la réalisation entraine si souvent des mécomptes mis à la charge de l'exercice ultérieur. Il en résulte pour les affaires aurifères une grande simplification dans les services commerciaux, qui constituent de nos jours la partie la plus essentielle d'une affaire industrielle; en effet, quand on compare, les diverses sources des bénéfices dans une affaire minière quelconque, on est frappé de ce fait que les profits résultant d'une bonne direction commerciale sont, en général, infiniment plus élastiques que ceux que peut produire une bonne direction technique, lorsque cette dernière a atteint son maximum de rendement. Il y a, disons-le, une limite audessous de laquelle il est impossible à l'ingénieur le plus compétent et le plus consciencieux de descendre pour le prix de revient de ses opérations ; s'il veut aller au delà, il n'y arrive que par réductions de salaires, sources de déplorables conflits que nous voyons incessamment se produire ou, ce qui est tout aussi fâcheux, par un surmenage du matériel employé pour l'exploitation ou, plus souvent encore, par le gaspillage de la mine sans travaux préparatoires destinés à assurer l'avenir.

Toutes ces pratiques, qui sont malheureusement d'usage courant, mais contre lesquelles on ne saurait trop s'élever, n'arrivent à produire que des différences dans les prix de revient infiniment moindres que les profits qui résultent d'une bonne direction commerciale. En un mot, dans la période économique que traverse actuellement l'industrie mondiale, les hommes de grande valeur et dont les services méritent des rémunérations exceptionnelles sont

. ceux qui savent vendre et qui possèdent à fond la science des affaires, qualité à la fois si rare et si précieuse.

But de l'ouvrage* — Ces considérations rapides montrent qu'un ouvrage didactique sur l'industrie aurifère ne peut plus se borner, comme il y a vingt ans, à un traité purement technique, exposant, dans un ordre logique, la nature et le mode de gisement de l'or, ainsi que l'examen des méthodes d'exploitation et de traitement à lui appliquer. Un tel. ouvrage manquerait son but et ne s'adresserait pas au public de plus en plus large pour lequel il convient d'écrire. Il ne s'agit plus en effet de guider simplement le prospecteur ou l'ingénieur chargé de l'étqde ou de l'installation d'un gîte aurifère, il faut aussi que le capitaliste et le financier qui veulent étudier une affaire puissent trouver dans cet ouvrage des éléments d'appréciation qui leur permettent d'évaluer leurs risques et de se documenter sur la valeur intrinsèque de l'affaire qui leur est offerte. S'il m'est possible, dans une certaine mesure, d'atteindre ce but, je croirai avoir rendu un réel service non seulement aux personnes désireuses de se renseigner, mais encore à l'ensemble du public qui pourra se rendre compte ainsi que les affaires de mines d'or, examinées en dehors de toute préoccupation particulière, sont aussi rémunératrices et aussi sérieuses que tout autre affaire minière similaire. Si on peut faire entrer cette conviction dans l'esprit des hommes réfléchis, elle sera de nature à mettre un terme, au moins pour certaines couches de cette admirable épargne française, à la défiance, malheureusement trop justifiée jusqu'ici, qui l'anime contre les affaires aurifères en général. Une étude de l'absorption incessante de l'épargne française par la vaste organisation de grands Etablissements Financiers sortirait du cadre de cette Introduction. Je ne puis cependant la passer absolument sous silence, car, si on va au fond des choses, on voit que c'est h cette organisation, qui pénètre jusque dans nos plus infimes hameaux, qu'est dû l'affaiblissement manifeste de nos capacités nationales de création ; à cela il n'y a qu'un remède : l'éducation du public. Le but de l'ouvrage se présente donc clairement : dans une première partie, je traiterai la question de l'extraction proprement dite de l'or, de ses minerais. De là résulteront deux grandes divisions : l'or alluvionnaire, l'or filonien, chacune de ces exploitations ayant

ses procédés propres de recherches, d'organisation du travail et ses méthodes de traitement.

Les alluvions, aussi bien que les filons, ont été l'objet, dans ces dix dernières années, de perfectionnements et de transformations considérables que je décrirai sans trop insister sur les procédés antérieurs, qui n'ont plus qu'un intérêt historique et rétrospectif.

Dans la dernière partie, j'envisagerai les mines d'or dans les diverses régions du monde, ce qui me permettra de mettre en évidence les méthodes les plus perfectionnées et les plus récentes mises en jeu pour l'exploitation de ces mines.

J'insisterai surtout sur ceux de ces pays dont je possède une expérience personnelle. Cette sorte de revue a déjà été tentée par Lock dans son grand ouvrage paru il y a trente-cinq ans, plus récemment par Fuchs et Cumenge dans YEncylopédie chimique de Frémy, et enfin par Fuchs et De Launay, pour ne citer que les ouvrages les plus connus ayant un caractère didactique et faisant autorité; mais ces divers traités, malgré leur valeur incontestable, ne sont plus au courant des procédés modernes et ne suffisent plus aux besoins d'information qui se manifestent tous les jours plus pressants.

Des conclusions générales ressortiront de cette étude : on pourra, se rendre compte de l'état d'avancement de l'industrie aurifère depuis les pays les mieux pourvus en fait d'outillage et de ressources de toutes sortes jusqu'aux contrées les plus éloignées du globe, où la civilisation industrielle n'est encore pour ainsi dire qu'ébauchée.

On saisira dès lors la relation intime qui existe entre le développement de l'industrie aurifère d'un pays et les progrès de la civilisation qui en sont la conséquence immédiate et forcée.

Aucune autre industrie en effet ne met mieux en évidence la puissance du génie humain mû par ce puissant levier qui s'appelle l'intérêt, quand il est secondé par les derniers perfectionnements de la science.

Ainsi envisagé et dégagé de son côté technique, le problème de l'industrie aurifère apparaît comme un de ceux qui sont les plus dignes, à tous les points de vue, d'attirer l'attention des hommes et des peuples énergiques.

On peut dire en résumé que la question de l'or se présente comme un facteur primordial du développement de la civilisation et constitue une puissante attraction capable de stimuler vigoureusement

les efforts de tous les hommes doués de l'esprit d'initiative : c'est une industrie de peuple fort.

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