ALLUVIONS AURIFÈRES
Teneur limite. — Ces diverses étapes, ces diverses méthodes sont maintenant si bien connues, si bien classées, qu'il est possible à un homme du métier, par un simple coup d'œil jeté sur une exploitation aurifère, de savoir presque exactement à quoi s'en tenir, non seulement sur la période qu'elle traverse, cela saute aux yeux, mais même d'être fixé sur sa teneur moyenne. Tout d'abord les laveurs à la bâtée, s'il y en a sur le placer, vous disent tout de suite à quelle limite de rendement journalier ils considèrent une ailuvion comme exploitable avec leur simple appareil. C'est un chiffre qui varie énormément suivant le prix de la vie sur les placers et par conséquent suivant sa distance des bases de ravitaillement, etc. Quel que soit ce chiffre, il suffit de le multiplier par 4 pour avoir la valeur de l'or contenu dans 1 mètre cube d'alluvion traitée, car un bon laveur à la bâtée faisant lui-même sa fouille, ne peut guère dépasser 25 opérations de 10 litres par journée de travail. Au sluice portatif (long-tom) le rendement s'élève beaucoup et peut atteindre 2 mètres cubes par ouvrier.
Tel est le tableau exact de la marche des événements dans les régions aurifères nouvelles, dans lesquelles aucun règlement, aucune loi préexistante ne vient modifier la succession naturelle des exploitations. La Californie de 1848 à 1860, l'Australie dès 1857, la Nouvelle-Zélande plus récemment; enfin, tout à fait de nos jours, la Guyane et le Klondyke, tous ces pays à placers ont présenté, présentent ou présenteront sur une échelle plus ou moins vaste, le tableau que nous venons d'esquisser. D'autres pays déjà connus comme étant favorisés par l'existence de placers aurifères, notamment les régions équatoriales de l'Afrique centrale, la partie moyenne du Soudan, le Fouta-Djallon, etc., enlreront bientôt en ligne décompte à leur tour.
Le Transvaal s'est placé d'emblée dans la phase qui suit celle que nous venons de décrire, à savoir celle dans laquelle on s'occupe de l'or dans ses gisements primitifs, couches ou filons, au lieu de s'attaquer aux grains ou pépites que la démolition des parties superficielles de ces gisements parles agents atmosphériques, — ces destructeurs lents, mais sûrs, de toutes les aspérités de l'écorce terrestre — a concentrés au sein des graviers et des sables qui composent les alluvions aurifères. C'est là un cas exceptionnel, qui tient à ce que, au Transvaal, ces résidus des agents d'érosion ont eu, du moins
60 L'INDUSTRIE AUR1FÈKE
dans les parties connues jusqu'à présent, une importance minime par rapport aux quantités d'or contenues dans les gisements primitifs proprement dits. Ces derniers jouent, il faut le dire, malgré les défaillances que provoque et que provoquera périodiquement la spéculation sur les titres miniers, un rôle prépondérant dans la production mondiale de l'or.
L'exploitation de l'or dans son gisement originaire suit, d'habitude, l'épuisement plus ou moins complet des placers. Ces derniers sont situés, en général, dans le voisinage immédiat des gisements primitifs, surtout quand l'or se présente en gros grains ou en pépites, car l'or sous cette forme, contrairement à une opinion fausse, mais généralement répandue, n'a que très peu voijagè depuis l'époque où il a été mis en liberté et déposé dans les couches détritiques qui constituent lesalluvions. En un mot, l'exploitation alluvionnaire est le prélude ordinaire et logique de l'exploitation fi Ionienne.
Classification des alluvions, — Les alluvions aurifères se classent, suivant leur position par rapporta l'orographie actuelle des pays où elles se trouvent, en alluvions anciennes et alluvions modernes.
Alluvions anciennes. — Les alluvions anciennes peuvent appartenir aux époques géologiques les plus variées. On en connaît qui se sont formées à l'époque primaire ; elles sont alors généralement transformées en conglomérats et recouvertes par les terrains d'âges plus récents. Dans le bassin houiller du Gard, par exemple, les conglomérats qui se trouvent à la base de cette formation sont légèrement aurifères, et c'est à la destruction de ces terrains qu'est due, par suite d'une concentration nouvelle, la présence dans le cours du Gardon d'une quantité suffisante de paillettes d'or pour que, à la suite des crues notamment, certains orpailleurs du pays puissent retirer, môme de nos jours, une certaine quantité d'or d'endroits bien connus d'eux où se déposent ces paillettes de métal précieux.
Aux alluvions anciennes appartiennent aussi ce qu'on appelle les alluvions des plateaux qui, dans certains pays, ont joué un rôle considérable dans les débuts de l'exploitation aurifère.
Les alluvions tertiaires de la Californie notamment sont restées fameuses par la méthode à la fois si originale et si puissante que les Américains ont appliquée à leur exploitation (fig. 16).
CLASSIFICATION DES ALLUVIONS AURIFÈRES fil
Ces alluvions anciennes se caractérisent par te fait qu'elles ont été déposées à une époque où l'orographie du pays était absolument différente de celle des rivières actuelles, de sorte que ces anciens chenaux aurifères coupent, parfois à angle droit, les vallées dans lesquelles s'écoulent de nos jours les cours d'eau qui arrosent la contrée. C'est cette particularité qui a permis au système hydraulique de prendre un développement qui sera exposé plus loin.
Alluvions récentes. — Les alluvions récentes se divisent en deux classes : cellesqui sont au-dessus du niveau actuel desrivières, et celles au contraire qui sont recouvertes par elles ou tout au moins
Fui. 11. — Alluvions suri^res de la Boukharie.
qui se trouvent au même niveau que les rivières. Cette dernière constitue la classe désignée par les Anglais sous le nom de « Skallow placcrs » (placers de petite profondeur) et qui comprennent aussi le lit même des rivières aurifères, car il est rare que les gilcs appartenant à cette catégorie ne soient pas accompagnés de cours d'eau qui roulentencore actuellement de l'or plus ou moins fin, provenant du remaniement des terrasses latérales, qui contiennent aussi des quantités plus ou moins grandes de métal précieux.
On peut dire en réalité que l'or, grâce à son poids spécifique considérable, est constamment dans un état de concentration latente au sein des alluvions qui en renferment et que les fleuves qui coulent dans des vallées contenant des alluvions aurifères sont de véritables
62 l'lNDIJSTKHÎ ACHIFÈRE
appareils d'enrichissement détruisant les dépôts successifs au fur et a mesure que leur thalweg s'abaisse et concentrant de plus en plus dans lesalluvions qu'ils déposent les fragments de métal précieux primitivement épars dans des graviers antérieurs.
Alluvions glaciaires. — Une autre source de dépôts aurifères se trouve dans les moraines déposés par les glaciers. C'est au remaniement de ces appareils, par exemple, que le Rhône doit d'être aurifère à sa sortie des plaines du Lyonnais, du côté de Pont-Saint-Esprit, où il traverse et remanie l'ancienne moraine des glaciers des Alpes. Une autre région caractéristique où ce phénomène se produit sur
Fin. 18. — Alluvions anciennes île la Dandomhktt (BouLhane.:.
une échelle autrement vaste, tenant à la proximité des plus grands glaciers du monde, est le liane ouest du Pamir, au sud des Monts Alaï, ainsi que le versant ouest du Tian-Chan où de nombreux placera, exploités par les populations locales, n'ont pas d'autre origine.
Méthodes d'exploitation. — Les méthodes d'exploitation des placers sont étroitement liées à la position des alluvions, c*est-adire à leur hauteur au-dessus du niveau des cours d'eau actuels. On peut donc, à première vue, savoir quelle méthodeon doit appliquer, par la simple inspecliondesconditions dans lesquelles se présentent les gisements à exploiter.
Les alluvions anciennes situées, comme je viens de le dire, à une hauteur parfois très grande au-dessus du niveau des vallées avec
une direction qui les recoupe à angle droit, ayant, par conséquent, la place nécessaire pour la décharge des résidus après traitement, se prêtent admirablement à la méthode hydraulique. Il en est de même pour les alluvions appartenant à la période quaternaire, mais situées encore à une hauteur suffisante pour assurer la libre décharge des « tailings » (résidus stériles).
Cette méthode hydraulique offre même de tels avantages lorsque les circonstances s'y prêtent, c'est-à-dire lorsque Ton peut avoir à bon marché et en quantité considérable de l'eau sous forte pression sur les lieux d'exploitation, qu'on l'applique même aux « shallow placers », en utilisant une partie de la force de l'eau au relevage des tailings au-dessus du niveau général d'écoulement dans la vallée. Autrement dit, c'est une amplification de la méthode hydraulique pure et simple qui est fort ingénieuse, mais qui demande, comme on le verra plus loin, une dépense d'eau telle qu elle n'est pratique et réellement économique que dans des cas tout à fait particuliers.
La méthode hydraulique exigeant, en outre, de très grands frais de premier établissement, n'est, en tout cas, indiquée que pour des alluvions dont on a reconnu au préalable des cubes très considérables. On peut, il est vrai, se contenter de teneurs très basses, puisque nous verrons des exemples, dans lesquels des teneurs de 25 à 30 centimes d'or au mètre cube ont laissé d'importants bénéfices; mais elle n'est pas à recommander dans les cas où, même si l'alluvion se prête au point de vue technique à l'installation d'un pareil système, les frais de premier établissement ne peuvent pas être répartis et amortis sur un nombre suffisant de milliers de mètres cubes mis en évidence par le sondage préalable, opération qui doit, de toute nécessité, précéder toute exploitation placérienne conduite par des gens raisonnables.
La sluice, c'est-à-dire le simple conduit, généralement en bois, de pente et de dimensions convenables, dans lequel on jette les matières aurifères avec une quantité d'eau suffisante et dont le fond est garni d'obstacles ou riffles destinés à retenir l'or, est la base de tous les appareils destinés au traitement des alluvions aurifères. On l'emploie couramment pour l'exploitation des alluvions situées à un niveau médiocre au-dessus des cours d'eau actuels, et les genres d'installation varient naturellement à l'infini. Les sluices se
prêtent aussi à l'exploitation mécanique, par excavateurs par exemple, en transportant les matières, par wagonnets ou autrement, du chantier au lavoir.
Enfin les « shallow placers » peuvent s'exploiter soit par barrages en amont, mettant à sec une partie de la vallée, ce qui fait alors rentrer ces matières dans la classe des alluvions situées à moyenne hauteur, soit par épuisement artificiel d'une partie de la vallée, ce qui arrive au même résultat, soit enfin par dragage sans rien changer au régime des cours d'eau actuels, ce qui constitue le progrès le plus récent apporté dans l'exploitation de ce genre de gisements et sur lequel je donnerai plus loin des détails complets.
Tel est, dans son ensemble, ce qu'on peut dire au point de vue des méthodes générales à appliquer aux différents gisements d'or suivant leur position; mais là ne se bornent pas les principes des procédés de lavage. On ne se contente pas de s'appuyer uniquement sur la densité du métal, c'est-à-dire sur la facilité avec laquelle l'or se sépafe de ses gangues, facilité grâce à laquelle il gagne facilement le fond des compartiments réservés à cet effet, tandis que les matières plus légères sont entraînées au loin par le courant d'eau. On s'aide aussi du mercure qui, grâce à la propriété qu'il possède, de mouiller d'abord et de dissoudre ensuite l'or, retient les particules, môme les plus fines, de métal précieux qui sont amenées à son contact.
La densité est mise aussi à contribution pour le lavage à sec par le vent, opération qui a pris dans les contrées désertiques un développement tel que je ne puis passer ce procédé sous silence. H a été notamment appliqué avec succès en Australie Occidentale, qui a été
son pays d'élection, aux Etats-Unis, et il est à prévoir, surtout depuis que nous savons que toute la partie centrale du Sahara comprise entre l'Adrar et la boucle du Niger est constituée par une pénéplaine archéenne, qu'il aura encore de nombreuses applications en dehors des pays où il est d'ores et déjà en usage.
Nous avons donc en résumé à examiner pour l'exploitation des alluvions, deux sortes de traitement :
A) Lavage dans un courant d'eau ;
B) Emploi du vent pour la séparation à sec.
A) Lavage au moyen de l'eau. — C'est celui par lequel commencent tous les pays aurifères, sauf dans le cas désertique.