‹ L'Industrie aurifèreChapitre 46 sur 241 · PROSPECTION ET CUBAGE DES PLACERS · texte numérisé non relu

PROSPECTION ET CUBAGE DES PLACERS

on considère en effet qu'un mètre cube d 'alluvion en place pèse environ 2.200 kilogrammes, on voit qu'une alluvion titrant, par exemple, 2 grammes au mètre cube, contient, en réalité, par tonne, un peu moins de 1 gramme, ce qui est beaucoup moins que la teneur des tailings, rejetés comme sans valeur par la plupart des usines les mieux montées pour le broyage des quartz; et, quand je parle de teneurs de 2 grammes au mètre cube, je cite déjà un chiffre très respectable, car on verra qu'on exploite couramment, et avec bénéfice, des alluvions contenant moins de 1 franc et môme, dans les installations hydrauliques ou de dragage, moins de 0 fr. 50 d'or j)ar mètre cube en place soit en poids, à raison de 3 francs le gramme, moins de 17 centigrammes d'or par mètre cube.

Ceci s'explique par les différences radicales qui existent entre les frais d'exploitation et de traitement des uns et des autres de ces mine~ rais aurifères : tandis que les gisements filoniens proprement dits exigent un travail considérable pour l'exploitation souterraine, l'extraction, le transport à l'usine, le broyage, le traitement des concentrés, l'intérêt et l'amortissement d'installations coûteuses et les frais généraux, le lavage des alluvions aurifères, ne demande que des frais de premier établissement incomparablement moins grands que ceux que je viens d'énumérer et se ramène, on peut le dire, à un problème de terrassement. Ce sont en réalité deux industries entièrement distinctes et qui n'ont de commun que le produit final, c'est-à-dire l'or retiré.

Notions sur la prospection des plaeers. — La prospection proprement dite est, généralement, une opération individuelle exécutée, soit par des gens du pays, soit par des chercheurs agissant pour leur propre compte. En principe, dans tous les pays où il existe des alluvions aurifères, les indigènes le savent et se livrent depuis un temps immémorial à la recherche et à l'exploitation, par des procédés plus ou moins primitifs, du métal précieux, dont ils connaissent parfaitement la valeur, qui s'échange partout pour un prix plus ou moins voisin de sa valeur réelle, étant donnée la facilité de son transport et qui représente une grande valeur sous un très faible poids. Dans chaque pays, les prospecteurs locaux acquièrent rapidement une habileté très grande pour reconnaître les roches dont la présence accompagne celle de l'or et qui leur servent par

conséquent de guides dans leur étude du terrain. Ce sont, dans la très grande majorité des cas, des roches vertes, surtout des diorites ou des amphibolites, qui jouent ce rôle d'indicateur.

Le quartz sous toutes ses formes, mais surtout lorsqu'il est carié, ferrugineux, rougeâtre, doué d'un certain éclat vitreux, est aussi un indice familier à tous les chercheurs d'or. Les prospections se font presque toujours dans le fond ou dans le voisinage du fond des vallées, vu la tendance de l'or à gagner toujours les points les plus bas, grâce à son poids spécifique élevé. Le lavage à la bâtée du sable des rivières constitue aussi un moyen de prospection très commode, vu qu'il fournit des indications sur l'existence des terrains aurifères en amont du point où on a reconnu la présence du métal précieux dans les sables et graviers fluviaux. On peut dès lors, en le suivant pour ainsi dire à la piste, remonter les cours d'eau jusqu'au point où ils cessent d'être aurifères, suivre alors les affluents qui contiennent le métal précieux et arriver ainsi à ses points d'émission ou d'origine.

En réalité, ce premier travail est presque toujours un fait accompli lorsqu'on va prospecter dans des pays où vit une population indigène. Ce n'est que dans les grandes solitudes des forêts vierges équatoriales,où cette première série de recherches n'a pas encore été exécutée, qu'on peut être appelé à s'y livrer. La présence du sombre manteau de végétation forestière, qu'accompagne presque immanquablement une puissante formation latéritique, un épais humus, provenant de la décomposition des résidus végétaux, enfin la fièvre et les insectes, rendent parfois singulièrement difficile et pénible cette première phase de la recherche de l'or (fig. 40).

Une fois la présence de l'or prouvée, il s'agit de déterminer les points où son exploitation pourra être tentée avec profit et de déterminer aussi quelle sera l'importance des bénéfices à espérer.

On peut dire que l'exploitation placérienne est une des opéralions minières les plus sitres qu'on puisse concevoir, si on ne se décide h l'entreprendre qu'après tin véritable sondage méthodique du terrain. Si ce travail a été fait et bien fait, on peut considérer que tout risque de perte est écarté, l'importance du bénéfice dépendant uniquement de la bonne adaptation de la méthode la plus économique aux gisements en question, de l'examen des conditions locales de la main-d'œuvre, du prix des transports et enfin du climat.

Page 1