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MÉTHODE SIBÉRIENNE POUR LES SONDAGES

Dans la Sibérie Orientale, notamment dans le bassin de la Lena, dans celui du Qeuve Amour et de ses affluents, dans la Province Maritime, c'est-a-dire dans la région littorale de l'Océan Pacifique, comprise entre le fleuve Amour et la Corée, sur les côtes de la

Fio. 4L — Départ d'une « partie •> de recherches.

mer d'Okhotsk et jusque dans le Karaschatka, les « parties » ou expéditions de recherches ont devant elles un vaste champ ouvert à leur activité ((ig. 41).

La sombre « taïga » (forêt sibérienne) n'a pas encore livré tous ses trésors; elle a pour les défendre des alliés redoutables: à l'instar des gnomes et kobolts malfaisants qui, dans la mythologie des anciens mineurs du Hartz, travaillaient constamment à contrecarrer les travailleurs dans leurs souterrains, d'aulres ennemis plus

sérieux et surtout plus réels viennent barrer la route au rude prospecteur sibérien. En première ligne vient le climat, un des plus rigoureuxdu globe ; ensuite l'absence complètede voiesde communication, un sol toujours glacé et dès lors inattaquable au pic en profondeur, se transformant pendant le dégel superficiel des quelques mois d'été en « toundra », nom générique des vastes tourbières qui s'étendent à perte de vue, tapissant le sol de leur manteau de mousse détrempée sur lesquelles la circulation est presque impossible. Sous les voûtes noires et silencieuses des grands mélèzes aux branches desquels pendent les lichens en longues barbes blanches, aucune autre végétation que cette toundra imprégnée d'eau glacée: c'est le désert et la solitude, la mort pour l'imprudent qui s'y engage sans avoir préalablement assuré sa base de ravitaillement. Tels sont les ennemis d u prospecteur sibérien ; ils n'abattent ni son courage ni ses espérances de fortune, tant il est vrai que l'intérêt, ce grand levier des volontés humaines, secondant le génie de l'homme finit par avoir raison des éléments les plus redoutables contre lui conjurés.

J'ai déjà dit qu'en Sibérie plus que dans tout autre pays aurifère, le cubage préalable des placers a une importance capitale. Cela tient à la forme habituelle des sociétés aurifères russes dites « Sociétés par compagnons », qui seront décrites à propos de l'exploitation des placers sibériens. Mais, indépendamment de ces considérations d'ordre financier, il est évident que tous les placers, qu'ils soient pauvres ou riches, n'ont que des dimensions et par conséquent qu'une durée limitées, les meilleurs, les plus fameux, comme le Djilinda qui a donné 2.000 pouds d'or1, valant 100 millions de francs, le groupe du Djolon qui a donné à peu près autant, n'ont guère duré plus de dix ans, en tant que période brillante, car, sur des placers aussi riches, il reste toujours des coins à glaner. Les recherches nouvelles sont donc des travaux d'une importance capitale. Une affaire de placers n'a son avenir assuré que si ceux qui la dirigent restent constamment sur la brèche en sachant utiliser les périodes de prospérité merveilleuse que procurent les découvertes heureuses pour en préparer de nouvelles.

C'est en un mot sur les travaux d'exploration, sur les résultats positifs ou négatifs qu'ils donnent, que repose en majeure partie

1. Un poud d'or pèse 16k',381 et vaut 50.000 francs en chiffres ronds.

la valeur des affaires de placersen Sibérie, On ne saurait donc leur accorder trop d'attention.

De la recherche des placera. — Voyons tout d'abord comment les recherches sont organisées dans l'ensemble de la région, ce qu'elles coûtent, ce qu'elles rapportent et, somme toute, quels résultats elles produisent pour ceux qui en paient les frais.

II convient de reconnaître a priori, pour être impartial, que ces travaux d'exploration sont par leur nature même, par la saison et les lieux où ils s'exécutent, d'une surveillance et d'un contrôle très difficiles et qu'il faut disposer, pour les exécuter dans de bonnes conditions, d'un personnel réunissant des qualités multiples. Les chefs de « partie » doivent posséder tout d'abord une grande énergie et une bonne santé, être jeunes, vigoureux et connaître à fond les habitudes du pays. 11 est indispensable qu'ils soient Russes pour pouvoir commander leurs hommes et vivre avec eux de la vie de « taïga». Ils doivent posséder au moins quelques notions pratiques sur les gisements alluvionnaires d'or, sur la nature des roches accompagnant habituellement le précieux métal, etc., et enfin une grande honnêteté, car ces agents, auxquels on donne des pouvoirs suffisants pour déclarer des placers au nom de leurs mandants, sont exposés à la facile tentation de profiter directement des découvertes heureuses qu'ils peuvent faire, en les déclarant au nom d'un compère. Ces diverses qualités, déjà rares par elles-mêmes, se trouvent encore plus rarement réunies sur une même tête, et c'est par là que la réussite des recherches se trouve le plus souvent compromise.

Voici maintenant comment s'opère le travail : Dès les premiers jours de novembre, lorsque les rivières commencent à geler (fig. 42), les expéditions se rendent sur le théâtre de leurs recherches, où elles doivent séjourner tout l'hiver en se ravitaillant de temps à autres aux « résidences », sortes de dépôts établis à proximité des cours d'eau navigables où on a accumulé des vivres et des provisions pendant la saison de la navigation en été.

Elles se mettent vigoureusement au travail, pendant les plus grands froids ( — 30° à — 40° centigrades au-dessous de zéro).

On exécute dans la vallée qu'il s'agit de prospecter une série de puits nommés « chourfs » de section carrée, de lm,50 à 2 mètres de côté. Ces « chourfs », creusés suivant une ligne perpendiculaire

à la direction générale du cours d'eau, doiventembrasser la totalité de la vallée {fig. 43), carie lit aurifère n'épouse nullement les sinuosités de la rivière actuelle, et si on se bornait à prospecter le voisinage immédiat de cette dernière, on risquerait de manquer le chenal riche et de considérer comme stérile une vallée contenant une alluvion riche, mais étroite, parfaitement exploitable avec bénéfice.

Fiu. ii. — Expédition de recherches en Sibérie traversant une rivière a demi' gelée.

Pour la même raison, les « ehourfs » ne doivent pas être trop espacés les uns des autres; les premiers sondages s'exécutent en général avec des intervalles de 20 a 25 sagènes (40 à 50 mètres\ quitte à Ifs rapprocher davantage ou à faire des puits intermédiaires lorsque deux sondages consécutifs ont donné des traces ou « couleurs » d'or.

Il est tenu un registre très exact des résultats obtenus; l'alluvion est extraite par couches d'épaisseur uniforme de un tchetverl (1/4 dune archinc, soit environ 18 centimètres). Les puits ayant une section de 1 sagène carrée (1 sagène égale 2m, 10), cela fait un cube d'environ 800 litres sur lesquels on fait, au moyen d'une petite table inclinée (stanok), un essai réel de lavage. Chaque trou est porté à son emplacement réel sur la carte, avec trois chiffres en regard : à gauche l'épaisseur du stérile, à droite la puissance de l'alluvion et, en dessous, la teneur moyenne de cette dernière, déduite des

if ère.

Planche I (page 121).

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résultats donnés par les diverses couches de 1 tchetvcrt (17em,8) d'épaisseur composant Talluvion proprement dite. . On obtient ainsi un plan de cubage dont je donne une copie exacte à la Planche I qui représente le fameux placer Lénovski dans la vallée de Djolon (Bassin de la Zéya, Sibérie Orientale). L'exploitation de la partie dont je donne le plan a donné les résultats suivants pendant les deux années 1889 et 1890 :

Nombre de iours de travail

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