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RECHERCHE DE L'OR EN PAYS TROPICAUX

L'unité employée, pour l'estimation de la jauge aussi bien que pour le prix du fret, est le baril, qui représente, en moyenne, un poids de 100 kilogrammes. Tous les vivres montés au placer doivent être en effet soigneusement embarillés, afin d'éviter les avaries dans le cas', fréquent, de naufrage, ou, tout au moins, de bain général de la cargaison, tant par suite des pluies incessantes qu'à cause des douches forcées qu'elle reçoit en cours de roule.

La manœuvre de chaque embarcation exige, au minimum, deux hommes adultes; le plus adroit des deux, assis à 1 arrière, gouverne avec une large pagaie et aide son camarade en pagayant sans relâche; ce dernier, assis ou debout sur l'avant avec sa pagaie ou son takari,

JiptfHy*. +.

Fio. 46. — Pirogue de 12 barils.

fait avancer l'embarcation et, à la descente, veille sur la route à suivre au passage des rapides. ^C'est à ce moment que la navigation par pirogues présente un réel danger; car, contrairement à leur manœuvre de' montée, qui consistejtoujours à raser les bords, les noirs descendent la rivière en suivant le fil de l'eau et franchissent hardiment les rapides en évitant habilement, d'un coup de pagaie donné au moment précis, les dangers dont les sauts fourmillent.

Le prix d'une pirogue de ce genre varie de 250 à 300 francs. Sa construction exige le travail de trois à quatre hommes pendant au moins une semaine. C'est par l'action directe du feu sur le bois, encore tout imprégné de sève que les boshs parviennent à distendre les deux bords de l'embarcation en construction, embarcation dont le profil primitif, avant l'application du feu, est à peu près celui des trois quarts d'un cercle, qui se transforme, par une suite de distensions habiles en présence du feu, en un demi-cercle évasé.

Il faut avoir vu la solidité et la souplesse de ces embarcations.

l'habileté avec laquelle on arrive à les faire circuler, toutes chargées, au milieu de rapides qui paraissent, ù première vue, absolument infranchissables, pour se rendre compte des services qu'elles rendent dans le ravitaillement des placera. C'est grâce a elles que les placé* riens peuvent pénétrer dans l'intérieur du pays et s'y livrer à l'exploitation de l'or. Mais il va sans dire aussi que c'est là un moyen de communication coûteux et aléatoire.

Des expéditions de recherches. — Une expédition de prospection comporte généralement, quand elle est bien montée, 2 pi-

Fio. 47. — La blanchisseuse [?) d'une expédition.

rogues et un personnel de 7 à 8 hommes, y compris le chef, plus une femme, cuisinière et blanchisseuse (?) [fi.g. 47).

On emporte des vivres pour six semaines ou deux mois; c'est tout ce que les pirogues peuvent porter en sus du personnel. Ces vivres se composent principalement, si tous les membres de L'expédition sont des noirs, ce qui est le cas presque universel, de couac (manioc à demi torréfié), de riz, de bacaliau (sorte de morue fumée), d'un peu de lard et de tafia. Lorsqu'un ou plusieurs Européens font partie de l'expédition, on emporte de la farine ou du biscuit. Il est admis qu'eu prospection — et les hommes sont payés en conséquence — on vivra surtout de privations pendant la durée des recherches. On emporte d'ailleurs des fusils et de la poudre, car il faut beaucoup compter sur la chasse pour assurer des vivres frais

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au personnel de l'expédition. C'est d'ailleurs un très mauvais calcul, car les hommes finissent par passer la majeure partie de la durée de leur engagement à se livrer, sous prétexte de famine, à la chasse des cochons sauvages, des pécaris, des agoutis, des hoccos, des iguanes et autres animaux plus ou moins mangeables qui fourmillent dans les forêts.

En général, lorsque deux mois se sont écoulés après le départ de l'expédition, sans qu'elle ait donné signe de vie,, en envoyant à Cayenne un peu d'or, on ne la ravitaille pas avec des provisions nouvelles, et les prospecteurs, n'ayant devant eux aucun vivres de réserve, redescendent à la côte. Si, au contraire, les nouvelles sont favorables et si on a reçu un peu d'or provenant des premières prospections, on envoie une ou deux pirogues pour le ravitaillement; mais le fait, il faut le dire, n'est pas fréquent.

De l'exécution des recherches. — En règle générale, tout terrain sur lequel on se propose d'exécuter des recherches, doit être, avant d'y expédier les prospecteurs, l'objet d'une demande de permis de recherches valables pour deux années et dont le coût est de dix centimes par hectare pour les deux ans. On prend presque toujours cette précaution qui, comme on le voit, n'est pas coûteuse quand on va prospecter dans une région déjà connue. On se garantit ainsi d'une manière complète contre tout abus de confiance de la part des membres de l'expédition. Les chercheurs individuels, qui sont légion, s'épargnent en général cette dépense préalable. Ce n'est que lorsqu'ils ont trouvé quelque chose d'intéressant qu'ils descendent en grande hâte à Cayenne pour s'assurer la priorité de la demande. Lorsque la découverte en vaut la peine et que les bâtées de prospection, dénonçant une haute teneur, ont été faites en présence de plusieurs personnes, il se livre entre les témoins des luttes de vitesse souvent épiques et môme dramatiques, pour savoir qui arrivera le premier à la Direction de l'Intérieur. Un des plus riches placers de la Guyane a été l'objet d'une manœuvre de ce genre. L'histoire est restée légendaire à Cayenne ; ce fut le plus fort pagayeur qui l'emporta.

On voit, somme toute, que la prospection par expéditions envoyées de Cayenne offre déjà de nombreux aléas. Ce n'est pas tout. Les prospecteurs qui travaillent réellement, qui se donnent

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vraiment de la peine pour découvrir des alluvions nouvelles, sont rares et recherchés, même s'ils ont sur la conscience quelques peccadilles dans le genre de celles que je viens de décrire, c'est-àdire s'ils déclarent à leur propre nom des alluvions découvertes aux frais et risques de l'auteur de l'expédition.' Ce dernier est prévenu et doit prendre ses dispositions en conséquence.

Ce qui est le plus à redouter, et ce qui se produit malheureusement trop fréquemment, c'est que l'expédition, une fois arrivée au dégrad, y construise ses carbets1 et y attende tranquillement en se livrant à la chasse et à la pèche que le temps moral soit écoulé pour rentrer à Caycnne, en accusant l'adversité et la malechance.

Il faut dire, pour être juste, que c'est surtout dans les expéditions pour lesquelles on a trop chichement mesuré les provisions, que de pareils faits se produisent, et on ne peut pas trop accuser les hommes d'hésiter à s'engager en forêt sans avoir devant eux une certaine avance de vivres les garantissant contre la famine.

Les prospecteurs indigènes exécutent en général leurs recherches en faisant sous bois ce qu'ils appellent une trace de chasseur. L'épaisse végétation de la forêt ne laisse guère pousser comme sous-bois que des arbres chétifs, . de maigres broussailles, et un palmier, armé d'aiguilles cruelles, qui est parfois assez abondant. En dehors de ces exceptions, le sous-bois dans les Guyanes n'est pas épineux. On circule donc assez facilement avec un sabre d'abatis, instrument que tout le monde porte avec soi et avec lequel on coupe de temps à autre quelques rameaux pour servir de trace au retour. Le danger que court un homme seul dans les forêts tropicales réside en effet beaucoup plus dans le risque de se perdre que dans la possibilité d'être victime d'une morsure de serpent, cause de danger qui a été beaucoup exagérée. Les reptiles venimeux sont extrêmement fréquents, mais ils n'attaquent pas l'homme. Au contraire, les Européens, et souvent même les hommes de couleur, se perdent assez facilement en forêt, et ce fait a amené plusieurs fois la mort du malheureux égaré. Il est donc indispensable de porter avec soi une boussole. Il n'y a qu'un petit nombre de prospecteurs qui connaissent l'em-

1. Nom générique des paillotes couvertes en feuilles de palmiers sous lesquelles tout le monde vit en forêt. .... '. ...

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ploi de cet instrument', et il est assez difficile en forêt de se guider d'après le soleil : à midi, il passé au zénith et ne donne par conséquent pas d'ombre méridienne et, dès qu'il descend un peu, il est complètement caché par lès arbres.

Les prospecteurs guyanais se guident surtout dans leurs recherches de placers nouveaux d'après les renseignements privés qu'ils possèdent et aussi d'après la forme des vallées et l'aspect des cailloux roulés dans les criques. La plupart de ceux qui sont réellement des prospecteurs sérieux — et il y en a de fort habiles sur le nombre — ont une notion plus ou moins confuse des principes qui régissent la formation des placers. Les connaissances qui leur font le plus défaut sont les notions relatives à l'orographie du pays, à la position respective des criques successives qu'ils traversent, sur le compte desquelles un simple nivellement barométrique pourrait les renseigner utilement. Malheureusement je n'en ai trouvé aucun qui fût en état de se servir de cet instrument.

Je suis persuadé cependant qu'on pourrait arriver sans peine à former un certain nombre de prospecteurs guyanais, car ils ont l'intelligence vive,' unie à une pratique constante du métier.

Des trous de prospection. — Les trous de prospection ne sont jamais carrés; on leur donne toujours une forme rectangulaire de 1 mètre sur 2 mètres, et cette forme s'explique quand on a vu exécuter le travail, surtout dans un terrain aquifère (fig. 48).

On commence par enlever le déblai argileux avec la pelle à vase (fig. 49), munie d'un manche de 2 mètres de longueur, qui permet à l'homme de projeter la terre au loin, môme quand il est déjà profondément enfoncé dans le sol. Dans ce dernier cas, l'ouvrier lance hors du trou la motte d'argile découpée par la pelle, en faisant avec elle une sorte de moulinet au-dessus de sa tête. C'est ce qu'on appelle faire «canne major». Le déblai est toujours enlevé sur la surface totale du trou. Une fois arrivé h la couche, on la désagrège avec le pic et on extrait les cailloux avec une autre pelle, nommée pelle criminelle (fig. 49), qui nrest autre chose que la pelle ordinairement employée dans les terrassements.

En général, l'eau apparaît en assez grande abondance dès qu'on atteint le gravier. L'ouvrier réduit alors la surface de son

attaque, conserve une banquette d'un mètre de longueur sur laquelle il travaille, jusqu'à ce qu'il ait de la difficulté à saisir avec sa pelle les cailloux du fond. Il descend alors dans la partie creusée et se sert de la banquette, sur laquelle il construit rapidement un petit barrage en argile, comme de dépôt intermédiaire pour l'eau.

H épuise constamment l'eau dans le fond du trou, tandis qu'un camarade la reprend sur la banquette et la jette dehors. L'un et l'autre se servent à cet effet d'un petit récipient hémisphérique en ferblanc nommé eotii, qui sert, en outre, de gobelet et de vase culinaire. Les deux hommes alternent d'ailleurs le travail, qui, à partir du moment où on entre dans la couche, doit être conduit très rapidement; sinon l'eau envahit la fouille, fait constamment ébouler les parois et empêche de « toucher », c'est-à-dire d'arriver à la Pio. «. - Un trou de prospection. tf"" d" *>ed-rock, et d'en-

lever les premiers centimètres de cette glaise, qui sont, on le sait maintenant, une des portions les plus riches de l'alluvion.

Un trou de prospection ordinaire, comportant de lm,50à2 mètres de déblai et une épaisseur de couche de 0™,60 à 0",80, demande la demi-journée de deux hommes pour fitre exécuté, y compris le lavage des diverses portions extraites de la couche, lavage qui s'exécute a lu balée conique [fiij. 49), que tous les placériensguyanais manœuvrent avec dextérité. On prend en général trois ba-

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