SONDAGE A LA TIGE
temps nécessaire pour atteindre, avec une cuiller de sondage, une couche à 3 mètres de profondeur, avec une venue d'eau presque négligeable, dans des conditions par conséquent défavorables aux appareils à tige, était moitié moindre que celui exigé par les deux pelleteurs, qui prennent une demi-journée pour faire un trou semblable. Au-delà de cette profondeur, la différence en faveur des appareils à tige s'accuse encore plus nettement. Le nombre des ouvriers nécessaires pour le maniement de l'outil de sondage est de quatre seulement.
Sondages à contre-versant. — C'est ici le moment de rappeler que le sondage d'un gisement aurifère ne doit jamais se borner à la simple exécution d'une série de lignes équidistantes, pratiquées en travers de la vallée qui le contient, surtout lorsque les résultats donnés par les premiers travaux donnent des espérances sérieuses. Il faut aussitôt passer sur le versant opposé de la chaîne, dans laquelle le cours d'eau prend sa source, et prospecter attentivement ce versant, surtout au droit de la découverte aurifère faite sur le côté primitivement exploré. On établit à cet effet une ligne franchissant la crête, descendant sur le versant opposé jusque dans la zone à thalweg moyennement incliné, et on trace dans cette partie une ligne parallèle à la direction générale de la crête, ligne qui sert, comme la tranchée primitive à travers bois, aux prospections à contre-versant.
Bien des placers ont échappé aux inventeurs primitifs, par suite de la non-observation de cette règle, pourtant si simple, de la prospection à contre- versant.
Sondages américains. — Dans le sondage des alluvions anciennes de la Californie, les Américains emploient, en outre des puits, des galeries de niveau dirigées dans divers sens au sein de la couche aurifère, de préférence au contact du bed-rock, c'est-à-dire dans la partie la plus riche. Ces alluvions atteignent en effet des épaisseurs considérables, et elles sont fréquemment recouvertes par des nappes de basalte, ce qui vient compliquer encore l'échantillonnage du gisement. Par contre, ces anciennes rivières aurifères ont des teneurs assez régulières, de sortequ'il est nécessaire d'avoir un réseau de puits de prospection beaucoup moins serré que celui qu'exigent impérieusement les alluvions superficielles, surtout quand elles sont pochées, c'est-à-dire formées par une série de lentilles souvent
extrêmement riches, séparées par des espaces stériles. Lorsque les alluvions anciennes affleurent à flanc de coteau, les meilleurs procédés de prospection consistent à conduire des tunnels au niveau du bed-rock et à y brancher de temps à autre des galeries latérales pour reconnaître la richesse moyenne du gisement. Ce sont là, on
Fie. 5S. — Sondage à la noria, en terrain coulant.
le voit, de véritables travaux miniers qu'on cherche à diriger de façon à ce qu'ils puissent servir aussi au début de l'exploitation, car nous verrons plus loin, en traitant de la méthode hydraulique qui s'applique a ce genre de gisement, l'utilité du tunnel aboutissant au point le plus bas du gisement et permettant d'évacuer lés stériles dans la vallée actuelle a un niveau suffisant pour contenir tous les débris.
Ces puits de prospection dans les alluvions anciennes demandent souvent un boisage soigné, vu la nature ébouleuse des parois. On
remplace aussi ces puits par des sondages, tubes ou non, exécutés avec des appareils mécaniques spéciaux, notamment avec la sonde Keystone (fig. 159).
Sonde avec noria. — Un procédé très économique pour le sondage des alluvions sous l'eau consiste à allier l'emploi d'un tube d'un diamètre suffisant avec une noria chargée de l'approfondissement. Le tube descend par son propre poids ; s'il éprouve quelque résistance, on le charge d'un poids supplémentaire à sa partie supérieure. La figure 52 indique le dispositif employé qui est aussi en usage dans un tout autre but, mais avec un succès égal, pour établir des piliers de fondation dans des terrains de graviers, exposés aux aflbuillemenls. Les matières remontées par la noria sont traitées dans un long-tom, et on obtient ainsi la teneur moyenne de toute la hauteur traversée. Au fur et à mesure que le niveau s'abaisse, on ajoute de nouveaux éléments à l'élinde verticale qui descend dans le puitsetony ajoute. aussi, bien entendu, le nombre de godets nécessaire. La manœuvre s'effectue avec 2 hommes au treuil, 1 chef pour le sondage et 1 ouvrier laveur. On descend ainsi assez facilement jusqu'à 8 et 10 mètres de profondeur; mais il faut avoir soin, quand on arrive au bed-rock, d'entamer ce dernier, s'il est argileux, et, s'il n'en est pas ainsi, de piloner sur le fond une certaine quantité d'argile et de la draguer ensuite de façon à ramasser les particules d'or concentrées sur le bed-rock. Si on négligeait cette précaution, on risquerait d'avoir une teneur moyenne considérablement inférieure à la réalité.
Le sondage en vue de l'exploitation au moyen de drague à or s'exécute généralement au moyen de sondes à tiges manœuvrées à la main. Il s'agit d'établir ici des moyennes en tenant compte de repaisseur de terrains stériles qui recouvrent l'alluvion à traiter. Le problème se pose en effet d'une manière un peu différente du cas d'exploitation par sluices. En effet quand on travaille au moyen de pelles, de pioches ou d'outils similaires, on commence par dêcapeler le gîte, c'est-à-dire par enlever le stérile superficiel qu'on transporte par des moyens variés, mais aussi économiques que possible, à une distance suffisante pour que le travail ultérieur n'en soit pas gêné. Ces
matières ne supportent donc que des frais beaucoup moindres que Fallu vion aurifère qu'elles recouvrent, laquelle supporte, en outre des frais d'extraction proprement dits, des dépenses inhérentes au lavage pour en séparer Foret à Févacuation des stériles qui forment le résidu de Fopération... Dans beaucoup de cas, le décapelage est confié à des ouvriers spéciaux, généralement payés à la tâche, qui constituent une équipe tout à fait à part de celle qui s'occupe du lavage proprement dit. Dans les pays qui ne disposent que d'un temps limité pour Fopération du lavage, comme c'est le cas dans la Sibérie, le décapelage se fait, autant que possible, pendant la saison où les travaux de lavage sont complètement suspendus par suite de la rigueur du climat, de façon à pouvoir concentrer, pendant la courte période où le lavage proprement dit peut se faire, tous les bras utiles sur cette opération payante. Il en est tellement ainsi qu'on détermine le nombre d'ouvriers à envoyer sur un placer ainsi préparé, d'après les surfaces mises à un pendant l'intervalle qui s'écoule entre deux saisons de lavage proprement dit. En tout cas, et c'est sur ce point que j'insiste, l'extraction et le transport des stériles se paient beaucoup moiîis cher que les opérations similaires exécutées sur Falluvion.
Principe de la méthode. — Au contraire, dans le dragage, l'extraction du stérile s'opérant au moyen de godets, coûte exactement le même prix que celle de Falluvion aurifère. On verra qu'on arrive dans les appareils les plus récents et les plus perfectionnés à supprimer sur les matières stériles les opérations subséquentes de dilution dans l'eau et de lavage sur les tables, qui sont exclusivement réservées à la partie payante de Falluvion ; mais, en tous cas, le dragage des stériles superficiels doit, de toute nécessité, s'exécuter en môme temps que le traitement de Falluvion recouverte par ces matières. On ne peut songer, en effet, à exploiter d'abord les stériles superficiels par une première drague et à passer ensuite avec une seconde s'occupant exclusivement du traitement des alluvions payantes, car, comme il faut rendre les matières à Farrière delà drague pour les remettre dans la fouille, on recouvrirait les alluvions non exploitées encore avec les stériles déplacés par la première drague, ce qui gâterait tout le chantier.
Rapport caractéristique. — Il faut donc, dans une prospection pour dragages, déterminer non seulement l'épaisseur des stériles superfi-
: POLH DIlACAIiES AURIFÈRES
ciels à enlever, mais établir ce que j'appelle \e rapport caractéristique. Voici d'ailleurs comment j'opère personnellement pour exécuter
les sondages qui me sont confiés en vue de l'installation de dragues sur des alluvions aurifères à faible profondeur :
J'exécute uniformément mes sondages au moyen do sondes de
Fio. 5*. — Enfoncement de In sonde, le chef de chanliei
100 à 120 millimètres de diamètre extérieur, montées sur tige et manœuvrées à bras {Voir, page 157, le dessin du matériel construit & cet effet par la Maison Arrault, à Paris), et je n'emploie le tubage préalable des trous que pour le sondage dans le lit même des rivières
164 L INDUSTRIE ALMFÈRE
(fiff. 53 à 55) ou à travers les sables boulants, qu'il est impossible de passer avec la cuiller ouverte ordinaire, qui est l'outil le plus favorable pour l'extraction des carottes du terrain a explorer et pour la constatation des épaisseurs relatives du stérile et de l'alluvion payante. Celte dernière est mise à part dans une bâtée, depuis le moment où la sonde pénétre dans la couche aurifère jusqu'à ce qu'on ait atteint le bed-rock et enlevé une épaisseur de ce dernier variant entre 10 et 20 centimètres. Cette épaisseur du bed-rock payant est ajoutée à la puissance totale de la couche aurifère.
On réunit alors toutes ces matières aurifères; on les jauge, en les comprimant dans un double litre, et on les lave à la bâtée pour peser l'or qu'elles contiennent. Les pépites, si on en trouve, ne doivent pas être comprises dans le poids de la bâtée ; on se contente de noter leur présence, à la colonne des observations du carnet de sondage.
On obtient ainsi la teneur, en grammes au mètre cube, de l'alluvion aurifère proprement dite.
Pour passer de là à la teneur de dragage, il faut multiplier le nombre ainsi trouvé par un rapport, que j'ai désigné sous le nom de rapport caractéristique de l'alluvion, qui n'est autre chose que la proportion existant entre l'épaisseur tic la couche aurifère et la puissance totale de l'allucion depuis le bed-rock jusqu'à la surface du sol.
En résumé, comme il faut faciliter le plus possible le travail exécuté par des sous-ordres sur le terrain même, le carnet de sondage du chef de prospection ne comporte que les éléments suivants : Epaisseur du stérile, profondeur du bed-rock et volume de l'alluvion recueillie par la sonde. Les autres éléments se déduisent de ces chiffres.
On doit noter aussi la nature du bed-rock, qui joue un rôle essentiel dans la réussite du dragage.