DRAGUES A OR
b. — DRAGUES A OR
Généralités* — L'exploitation des alluvions par moyens mécaniques et notamment au moyen de dragues à or n'a pris son essor que depuis un petit nombre d'années. Ce procédé a été considéré pendant longtemps comme dénué de valeur ou essentiellement aléatoire.
On trouve encore dans les ouvrages classiques, de date relativement récente, des appréciations caractéristiques à ce sujet :
On lit par exemple, dans l'ouvrage déjà cité de Cumenge et Puchs : F Or, ses propriétés, ses gisements, son extraction, paru en 1889, les appréciations suivantes :
« On a proposé un grand nombre de méthodes pour opérer le « dragage du lit des rivières aurifères, ou même pour enlever, au « moyen de pompes spéciales, le gravier qu'elles renferment. Malgré « tous les efforts qui ont été tentés dans ce but et malgré les espé- « rances qu'avait fait naître l'emploi de machines puissantes et ingé- « nieuses, nous ne croyons pas qu'il soit possible d'enregistrer un « succès définitif. »
Pourtant, dès 1885, au cours de mon premier voyage en Australie, en Nouvelle-Calédonie et en Nouvelle-Zélande, j'avais pu voir dans cette dernière colonie des dragues à or fonctionnant d'une façon régulière et avec grands bénéfices, dans les alluvions aurifères du lit de la rivière Clutha, dans des conditions assez difficiles, car le courant y est rapide et la profondeur de l'eau considérable ; de plus, ce cours d'eau est sujet à des crues importantes et subites. Mais ce succès était resté confiné sur un territoire assez restreint, tandis que des échecs nombreux et retentissants, constatés dans d'autres pays aurifères, paraissaient donner raison aux adversaires des dragues à or.
Ce n'est guère que depuis dix ans, grâce, il faut le dire, aux progrès considérables réalisés dans la construction de ces appareils, que leur succès est devenu définitif et probant.
J'ai été le seul, à l'Exposition de 1900, à exposer des modèles et des résultats de dragues aurifères. Ayant, dès cette époque, puissamment contribué à leur introduction en Sibérie d'abord et en Guyane française ensuite, j'ai étudié et construit ces appareils d'après les données les plus récentes et les plus perfectionnées. Je
me trouve donc en mesure d'indiquer d'une façon précise en quoi consiste l'exploitation par dragage des placers aurifères, comment on est arrivé aux améliorations successives de la drague à or, qui en font à présent un instrument puissant, complet et docile, entre les mains de l'exploitant.
Le problème du dragage ne consiste pas d'ailleurs uniquement dans le choix d'un appareil convenablement construit. Il comporte aussi une autre donnée essentielle : c'est le cubage préalable des alluvions à traiter. Les dragues à or, pour donner des profits sérieux, doivent panser <F énormes cubes journaliers. Il faut, donc qu'elles aient devant elles un vaste champ reconnu, et reconnu avec une grande exactitude pour permettre dé répartir l'amortissement de l'appareil sur un volume suffisant d'alluvions à lui faire extraire. J'ai indiqué dans le Chapitre précédent (Voir p. 161) la méthode que j'ai inaugurée dans ce but.
Ce sont les divers éléments de ce problème que je me propose de résumer dans cette partie de mon ouvrage.
Je me bornerai, après un court exposé historique, à donner Une description succincte des diverses parties qui constituent une drague à or moderne et d'indiquer, par quelques exemples, les prix de revient et les bénéfices obtenus au moyen de ces appareils dans diverses conditions de fonctionnement.
Cette évolution est d'ailleurs conforme aux tendances générales de l'industrie moderne. Partout la machine se substitue à l'effort individuel et manuel. Des difficultés d'ordre technique ont pu, en ce qui concerne les exploitations placériennes, retarder l'heure où ce progrès est devenu définitif; mais on peut dire qu'aujourd'hui cette solution a reçu la consécration de la pratique.
Historique. — La drague h or a passé par de nombreux stages avant d'arriver à son degré de perfectionnement actuel.
Dragues à bras. — Son premier début a été modeste : pelle à sable ou à gravier, emmanchée au bout d'une perche, au moyen de laquelle les orpailleurs des temps passés tiraient sur le rivage les sables des ruisseaux dont ils ne pouvaient détourner le cours.
Voici une photographie, que j'ai prise en 1902 sur un des cours d'eau descendant du flanc occidental du Pamir, montrant des orpailleurs sartes en train de se livrer à ce genre de travail (fig. 80).
Un premier progrès a consisté Ô manœuvrer en-simple appareil depuis un radeau mouillé dans le courant et d'augmenter la quantité draguée à chaque coup par l'adjonction d'une poche ou d'un sac à l'arrière du bord coupant de la pelle.
Comme cet engin devenait trop lourd pour être tiré à bras hors de l'eau, on lui ajouta une corde enroulée sur un treuil, pour soulager la pelle quand elle était pleine.
Enfin, pour laver l'alluvion sur le radeau même, afin de gagner
Fia. 80. — Dragage à bras en Boukbarie.
du temps, il fallait une pompe a bras pour élever l'eau dans l'appareil primitif, long tom, cradle ou sluice, installé à bord.
Telle est en effet la drague à bras encore en usage dans nombre de localités de l'Oural et de la Sibérie Orientale. La phototypie de la page suivante [fig. 81), montre une équipe de maraudeurs en train d'écrémer, avec un appareil de ce genre, une des meilleures places du bassin du fleuve Amour. Le cliché est un peu trouble; il a été pris derrière un buisson qui nous dissimulait aux yeux des maraudeurs aux aguets.
La photographie une fois prise, nous avons arrêté les voleurs et confisqué la récolte de la journée, environ 400 grammes.
La figure 82 donne le plan et la coupe que j'ai relevé sur cet engin, après sa capture.
Ces dragues primitives ont été aussi en usage en Nouvelle-
L INDUSTRIE À0R1FÉRE
Zélaade pendant une assez longue période. M. Cutten a donné à ce sujet, dans une publication récente, des détails extrêmement intéressants sur ces premiers débuts des dragues à or, mues à force de
bras. On en installa un assez grand nombre sur la rivière Clutba, notamment entre les villes actuelles de Clyde et d'Alexandra, et on conserve encore le souvenir des rendements de certains de ces petits appareils, produisant jusqu'à 2fcg,100 et 2k,,400 d'or par Semaine de travail.
DRAGUES A' Oft
Fio. 82. — Plan et coupe de la drague à bras des maraudeurs sibériens
On ne pouvait évidemment travailler ainsi que les sables superficiels du lit des rivières néo-zélandaises, c'est-à-dire la portion la moins riche des dépôts aurifères sous-marins; mais cette couche ne tarda pas elle-même à être rendue inaccessible aux dragues à bras, par suite des énormes quantités de tailings (résidus stériles) envoyés dans laClutha par les exploitations riveraines. Il fallait évidemment des appareils plus puissants pour déplacer ces dépôts adventifs et atteindre l'alluvion aurifère enterrée sous eux.
Dragues de prospection système Levât. — Je construis moi-même des dragues de prospection dans lesquelles la pelle est remplacée' par une chaîne portant des godets en acier doux, renforcés sur leur lèvre coupante par un fer plat rivé à froid et qui réunissent les éléments principaux des grands appareils de lavage. Les graviers sont classés sur une grille et évacués par un conduit spécial, à l'arrière de l'appareil; les matières aurifères déposent leur or sur un véritable long-tom muni de riffles spéciaux; enfin le lavage est assuré par une pompe à chapelet, démontable, que manœuvre un seul homme.
Pour le modèle à godets de 6 litres et demi, susceptible de traiter environ 20 mètres cubes d'alluvion en dix heures de travail, le personnel se compose de :
Hommes
Chef de drague, assurant le papillonage 1
Manœuvres au treuil de l'élinde 2
Manœuvres au débourbage et à l'évacuation des stériles. . . 2
Pompier i
Total 6
La partie métallique, la seule à porter sur place, pèse, en tout, 1.500 kilogrammes environ. Aucune pi^ce ne pèse plus de 45 kilogrammes, de sorte que l'appareil peut être entièrement porté sur les lieux h dos d'homme.
La figure 83 montre le genre de construction des flotteurs, de la charpente et des sluices.
Le prix de cette petite drague est de 5.000 fr. Il convient surtout de l'employer dans les graviers non consistants et ne contenant pas de trop gros cailloux. Elle donne d'excellents résultats dans les rivières n'ayant pas une profondeur d'eau supérieure à 2",50, bien qu'on puisse aller jusqu'à 6 mètres de profondeur avec cet appareil,