FLUCTUATION DES PRIX DES PRODUITS CHIMIQUES PENDANT LA GUERRE
Le mouvement général des prix aux Etats-Unis pendant la guerre se divise en deux périodes bien distinctes.
lère période qui s'étend de la fin de 1914 jusqu’au milieu de 1917. Durant cette période où seule joue la loi de l'offre et de la demande, hausse générale des prix des matières premières. Les produits fabriqués tels que poudre, acide picrique, ont au contraire un autre mouvement, caractérisé par une hausse très violente au début de la guerre, suivie d’une regression progressive des prix au fur et à mesure de la construction de nouvelles usines de poudre et explosifs.
2ème période qui s'étend du deuxième semestre de 1917 jusqu’au 11 novembre 1918, pendant laquelle la loi de l’offre et de la demande cesse de régir les transactions cu -umerciales. *
Au début de cette deuxième période, on put se demander si le gouvernement américain allait suivre la même politique économique que les autres belligérants, ou si au contraire il allait règlementer les prix de façon à ne laisser aux producteurs de matières premières et anx fournisseurs de la guerre, qu’une marge normale de bénéfices de temps de paix. Les intérêts du Trésor, et aussi ceux de la morale, seraient mieux d'accord avec cette dernière méthode, et quelques déclarations de Washington semblèrent indiquer qu’en cette matière aussi le gouvernement fédéral voulait faire mieux que les autres gouvernements. Mais finalement, comme dans les autres pays, il fut reconnu qu'il valait
encore mieux stimuler les efforts par des bénéfices élevés, quitte à reprendre ensuite une partie de ceux-ci par des impôts spéciaux. Comme le dit le Président Wilson dans son histoire des Etats-Unis en parlant des mesures prises par le Congrès de Washington durant la guerre de Sécession, il fallait pour soutenir le Trésor et se procurer le matériel nécessaire que “richesse et impôts croissent ensemble.”
La deuxième période est caractérisée par une série de règle-
mentations du gouvernement américain en vue.
a) d'arrêter la hausse des prix des matières premières en fixant des prix maxima assez rémunérateurs cependant pour favoriser la production de tous les produits essentiels à la guerre et encourager les producteurs peu-favorisés au point de vue du prix de revient.
b) de restreindre les fabrications non indispensables en ne leur permettant pas, d'obtenir les matières premières. nécessaires afin de réserver celles-ci aux industries de guerre dans l’ordre de leur importance.
(Système des Priorités).
La hausse des prix des produits nécessaires aux fabrications de guerre s’explique d'elle-même par l’énormité des demandes des divers belligérants. Pour une autre catégorie de produits pour lesquels l’Allemagne avait presque un monopole de fait, la hausse considérable dont ils ont été l’objet a également une
‘raison bien spéciale.
Dans cette classe on trouve notamment la plupart des matières colorantes, un grand nombre de produits pharmaceutiques, les sels de potasse, etc.
Pour les produits dont la production et la consommation n’ont pas été directement affectées par la guerre, la hausse s’explique enfin par les raisons d’ordre général qui ont influé sur les prix de toutes les denrées pendant la guerre. Ces causes ont fait l’objet de tant de discussions depuis quatre ans, qu’il est inutile d'y revenir. Les explications données sont connues. Ce qui les distingue, c’est l'importance relative donnée plus particulièrement à certaines causes au détriment des autres, quelques économistes ayant tendance à assigner la hausse à telle ou telle raison spécifique.
Augmentation de ‘1 circulation fiduciaire des pays belligérents. Diminution de la confiance qu’elle inspire nécessairement dès qu’un cours forcé est établi. Reflux de l'or vers les pays neutres où il contribue aussi à l’inflation des prix, là même où la situation monétaire reste saine.
Délais et difficultés dans le transport des marchandises qui amènent les agences gouvernementales et les usines transformatrices à accumuler des stocks de plus en plus importants aux points destinataires, tandis que pour les marchandises trop
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éloignées ou moins nécessaires (Sucre de Java, Caoutchouc de Malaisie, Blés d'Australie et d'Argentine, etc.), les stocks s’accumulent aux points de départ. :
Raréfaction croissante de la main-d'œuvre au fur et à mesure
que de nouveaux contingents sont appelés sous les drapeaux par
les divers belligérants. Arrêt de la production des pays envahis et des expéditions des pays ennemis.
Tels sont les principaux facteurs qui ont agi concurremment à la hausse générale des prix. Chercher à isoler et à doser chacune de ces causes paraît bien illusoire, d'autant qu'il s’y ajoute certains facteurs psychologiques que l’on ne saurait méconnaître.
L'un de ces facteurs psychologiques est le même que celui qui permet aux booms économiques et financiers de se poursuivre bien au delà des limites raisonnables. Au début d’un mouvement, le public escompte une réaction. Mais quand celle-ci ne se produit pas, ou quand elle est suivie d’une nouvelle poussée de hausse, le public finit par avoir une confiance aveugle dans la hausse, et cette confiance aide la hausse jusqu’à ce qu’elle conduise à des excès.
La diminution de confiance dans certains pays belligérants n’est pas étrangère non plus à la hausse des prix, nombre de commerçants sentant confusément qu’à défaut d’or ou de devises étrangères, la détention de marchandises est la forme de propriété la plus sûre, parcequ’elle est à l’abri de 1a dépréciation du change et de la diminution du pouvoir d’achat de la monnaie en circulation qu’elle qu’en soit la cause. |
Il est presque superflu d’ajouter que plusieurs des causes ci-dessus ne s’appliquent pas directement aux Etats-Unis, dont la situation économique et financière est restée très saine durant toute la guerre. Si le change américain sur divers pays neutres s’est déprécié, parfois même beaucoup, c’est par le phénomène des vases communicants si l’on peut dire, et uniquement parce que les crédits en dollars ouverts aux alliés, ont servi parfois à solder des achats en pesetas en Espagne ou en couronnes en Suède et en Norvège.
Dans l’histoire des prix durant la guerre, le cas du coton est particulièrement intéressant. Le coton n’a pas été affecté par la plupart des facteurs indiqués précédemment. Sur les marchés européens, il y eu disette de coton, mais aux Etats-Unis les disponibilités ont été toujours très largement suffisantes pour la consommation intérieure et pour ce qu’il était matériellement possible d'exporter. On a fait beaucoup de bruit sur la consommation du coton pour la fabrication de la poudre. Mais il ne faut pas oublier que le coton ainsi employé est constitué par des fibres trop courtes pour la filature appelées linters et hull fibres. Les linters ne sont pas compris habituellement dans les chiffres de pro.‘uction du coton aux Etats-Unis et en temps normal ils n’ont que peu de valeur. La fabrication du coton poudre n’a donc
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affecté la consommation du coton qu’en ce que, par suite de prix élevés des linters, les cotorniers n’ont pas cherché à réduire la production de ceux-ci. Au contraire ils l’ont augmentée au dépens naturellement de la production de coton, mais sans que cela diminue le rendement de plus de 10%.
L'augmentation du coût de production justifiait dans une certaine mesure il est vrai, des cours plus élevés pour le coton, mais non une hausse de 300 © comme cela a été le cas pour la camoagne de 1917-1918. Si on prend un prix de vente moyen de 13 cents avant la guerre et un coût de production de 7 cents, laissant une marge bénéficiaire de 6 cents par livre, cn trouve que pendant la guerre quand le coton valait 29 cents et que le prix de revient était de 15 cents, la marge bénéficiaire s'élevait à 14 cents par livre, soit plus du double de la marge normale comptée cependant d’une façon très large.
Si au lieu d’un produit agricole, on prend le cuivre, on arrive à des conclusions peu différentes. La guerre a consommé des quantités énormes de cuivre, c’est entendu. Mais il n’en reste pas moins que la production de cuivre a toujours été suffisante pour répondre à tous les besoins et les cris d’alarme poussés de temps en temps par les producteurs, prédisant une famine de cuivre, paraissent avoir été plus en accord avec leurs intérêts qu’avecla réalité. La pénurie du cuivre en Europeétait due uniquement comme pour le coton, aux difficultés de transport. J usqu’en 1917 le prix de revient du cuivre aux Etats-Unis n’avait augmenté que modérement alors que les prix de vente avaient plus que
doublé. La marge bénéficiaire des producteurs avait ainsi quadruplé. :
Il ne semble donc pas douteux que pour le cuivre comme pour le coton, et quelques autres produits se trouvant dans des conditions à peu près normales de production et de consommation, ce n’est plus la loi de l'offre et de la demande où le coût de production qui ont surtout gouverné les prix, mais un facteur commun à toutes les marchandises et qui s’est fait sentir dans tous les pays: l'inflation générale des prix.
Les américains aiment beaucoup les statistiques et les graphiques, et le War Industries Board n’a pas manqué de relever l’analogie qui existe entre le mouvement des prix pendant la guerre actuelle et pendant la guerre de Secession. On verra par le graphique ci-contre que pour la période 1861-1872, ce sont les prix en gros qui ont monté d’abord et baissé également les premiers. Les prix au détail ont suivi, mais avec un certain décalage. Quant aux salaires, ils ont été plus lents à suivre les mouvements des prix, mais ils ont maintenu leur avance par la suite et continué à rester à un taux élevé bien après la guerre.” Ce précédent coïncide d’ailleurs parfaitement avec les prévisions que l’on peut faire actuellement sur la relation des prix de gros, des prix de détail et des salaires durant ces prochaines années.
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