LACUNES DE L'ENSEIGNEMENT ANGLAIS
« L'industrie des couleurs du goudron de houille a contribué en Allemagne au développement de toutes les branches de l'industrie chimique qui depuis vingt-cinq ans ont fait dans ce pays des progrès vraiment extraordinaires. Jusqu'alors l'Angleterre en avait étéle siège^ et les succès obtenus par nos fabricants. les avaient endormis dans une fausse sécurité. Nos directeurs d'usine s'occupaient plutôt du côté commercial que du côté chimique de leur fabrication.
« Il y a trente ans, les usines qui employaient des chin mistes étaient bien peu nombreuses, actuellement il n'y en a pas une seule sérieuse qui n'en occupe plusieurs ; et si, dans notre pays, nous ne sommes pas favorisés sous le rapport des chimistes, la faute en est aux fabricants. Il m'a été en effet rapporté que dans quelques-uns des grands centres de notre industrie chimique, les «chimistes n'étaient guère plus rétribués qu'un maçon. Il est évident que des parents auraient bien tort de faire donner à leurs enfants une éducation scientifique très coûteuse, pour leur assurer dans la suite de pareilles positions. Et, dans le cas où ils s'y résignent, ils fontàpeiaQ le nécessaire, et pensent à tort qu'un apprentissage de quelques mois doit suffire.
« Aussi nos professeurs se plaignent-ils de ne pouvoir garder leurs élèves le temps suffisant pour leur inculquer les notions les plus élémentaires de la chimie.
« Il en résulte que, lorsque nous avons besoin d'un jeune homme vraiment capable-, nous sommes forcés de le prendre à l'étranger. Dans le rapport que j'adressais, l'année dernière, à la Société de chimie, j'ai meo- Haller. — Industrie chimique. 3
tienne le peu de soin que Ton apportait dans nos écoles aux manipulations et aux travaux de recherches; je n'ai pas à en reparler ici et je me contenterai de vous rappeler que c'est un point de la plus haute importance pour notre industrie.
« Il y a entre la chimie pure et la chimie appliquée d'étroites relations. Aussi un chimiste technique doit-il être un chimiste véritable, et, si nous avons le tort de ne pas employer de tels hommes, nous resterons forcément en retard sur les fabricants étrangers » Et plus
loin :
« C'est bien à ses chimistes que l'Allemagne doit la prospérité éclatante de son industrie des matières colorantes et de toutes ses autres industries chimiques »
Nous avons cru devoir faire cette longue citation, car, si ces avertissements ont été adressés aux industriels anglais, ils s'appliquent aussi merveilleusement à l'industrie française où, à part quelques trop rares exceptions, l'esprit de routine et l'empirisme s'opposent à l'introduction de chimistes dans les usines.
Émanant d'une autorité comme M. Perkin, il semblerait que ces paroles eussent dû produire une impression salutaire sur les industriels anglais. 11 n'en est cependant rien, si nous en jugeons par les appels réitérés qui ont été faits depuis par MM. R. Meldoda (1), Ivan Levinstein (2), et tout récemment encore par M. le professeur H. E. Armstrong et M. W. H. Perkin
(1) Journal Soc, Arts, 1886, 759.
(2) Journal Soc, Chem. Ind., 1886, 351.