CONCEPTION DES UNIVERSITÉS AMÉRICAINES
et à Platon ; aucune place n'était faite même à la littérature nationale, à l'histoire moderne, aux sciences physiques et naturelles. Seules les mathématiques devaient à Euclide de trouver grâce. Faraday, Tyndall, Huxley, Spencer, tous les grands savants de l'Angleterre moderne sont des selfmade men : ils ne doivent rien aux vieilles universités (1). »
Nous arrêtons là nos citations et nos réflexions concernant l'état de l'industrie chimique anglaise et les causes du malaise dont elle souffre. Nul doute qu'avec l'énergie qui fait le fonds de leur caractère, les Anglais n'arrivent à surmonter toutes les difficultés et reconquérir dans l'avenir là position perdue.
L'extension extraordinaire qu'a prise l'industrie chimique en Allemagne, l'infiltration graduelle et légitime de tous ses produits sur les marchés du monde entier, la perception très nette que tous les peuples à initiative ont des causes indiscutables de cette rapide prospérité, causes, nous ne saurions assez le répéter, dont les plus dominantes sont l'admirable organisation des universités et l'esprit de liberté et d'émulation qui y règne, ont déterminé une vigoureuse poussée vers la création d'universités, d'écoles techniques, non seulement chez les différentes nations de l'ancien monde, mais encore dans les deux Amériques.
Nous venons de parler de la campagne menée en Angleterre ; nous pourrions encore citer la Suisse qui, une des premières, a compris toute l'importance qu'il y
(1) Max Leclerc, Le rôle social des Universités.
a, pour son industrie, de créer de fortes écoles techniques, de spacieux laboratoires, et qui, actuellement, se trouve largement en avance sur ses voisines. Si le développement de son industrie des matières colorantes tient à la liberté de fabrication dont elle jouit, il n'est pas moins vrai qu'il est également dû à l'influence d'écoles comme celles de Zurich, de Genève, de Bâle, de Berne, de Lausanne, etc.
Il n'y a pas jusqu'à la Norvège qui, dans la personne de M. le professeur A. Krefting, vient de demander la création, à Christiania, d'un laboratoire de chimie industrielle «dont le but serait d'étudier sur place les moyens d'exploiter les richesses du sol qui sont exportées, pour rentrer de nouveau, en partie, sous la forme de produits fabriqués (1) ».
(1) So"iélé chimique de Christiania y séance du ir> décembre 1893.
Depuis que ces ligues ont été écrites, d'autres grands Instituts chimiques ont été érigés ou sont en voie de construction. Ainsi, à l'Université de Saint-Pétersbourg, on vient d'inaugurer un établissement grandiose, auquel plus de 900 000 francs ont été cousacrés et dont la direction a été confiée à M. le professeur Mentschukine, Les laboratoires ne comptent pas moins de 230 places d'élèves, et le personnel enseignant comprend deux professeurs titulaires et deux chargés de cours.
L'université de Liège vient aussi d'être dotée d'un Institut monumental pouvant donner l'instruction à 200 élèves à la fois. De nombreux laboratoires spéciaux, appropriés à des genres divers de recherches, sont installés dans l'établissement qui possède en outre un outillage mécanique et électrique des plus complets. La direction de l'établissement a été confiée à M. le professeur Spring, qui a d'ailleurs conçu les plans des laboratoires et consacré plusieurs années à présider à leur construction.
En Roumanie même, sous l'impulsion et la direction éclairée de M. le professeur Istrati, on se propose de construire, à la Faculté des sciences de Bucarest, un très bel Institut de Chimie, dont les plans aurontété en partie inspirés par ceux de l'InslitutchimiquedeNancy.