ÉTAT LANGUISSANT DE L'INDUSTRIE FRANÇAISE
exposé des motifs, d'autant plus qu'il est fait avec une hauteur de vues, une largeur d'idées et une angoisse patriotique qui témoignent d'une connaissance profonde des besoins de notre industrie et d'un ardent désir de la voir reconquérir son rang perdu.
Cet appel n'a pas été suivi d'effet, du moins de la part de M. le Ministre du Commerce ; mais la Ville de Paris s'est emparée de l'idée et a créé l'École municipale de chimie et de physique, dirigée depuis avec tant d'autorité et de compétence par M. Schutzenberger, membre de l'Institut, ancien directeur de l'École de chimie de Mulhouse.
D'autre part, les pouvoirs publics, disposés à donner une impulsion vigoureuse à l'enseignement supérieur des Facultés de province, et cédant aux sollicitations de quelques professeurs (1) prêts à se consacrer à la
(1) Dès l'année 1879, l'auteur de ces lignes, convaincu de l'action féconde qu'exerce le haut enseignement théorique et pratique sur le développement de l'industrie chimique, a fait des démarches en vue de la création d'un Institut chimique à Nancy.
La cause fut entendue, en 1884, à la suite d'un voyage que fil en Allemagne M. A. Duraont, alors directeur de l'Enseigneineut supérieur ; 200 000 francs furent affectés primitivement à cette création. Cette somme fut portée, sur la proposition de M. Liard, son successeur, à 50U 000 francs, dont 25000 francs furent donnés par la ville de Nancy, les conseils généraux de Meurlhe-et-Moselle (50000fr.) et des Vosges (5 000 fr.) et 250000 francs par l'État qui, en outre, a ajouté environ 100 000 francs pour le mobilier.
L'Inslitut chimique de Nancy, ouvert eu 1890, a dû être agrandi récemment, par suite de la création de l'enseignement des sciences physiques et naturelles pour les futurs médecins. II peut donner l'instruction pratique à plus de 120 élèves à la fois : 05 jeunes gens, dont 24 candidats à la licence et à Tagrégation, fréquentent actuellement ses cours et ses laboratoires. Dans ces derniers figurent quatre étrangers, dont un Anglais, un Arménien, un Italien et un Suisse.
lâche de former des chimistes, se décidèrent à créer un certain nombre de laboratoires destinés à ce but.
C'est ainsi que furent construits les laboratoires de chimie de la Faculté des sciences de Lyon (1883), les Instituts chimiques de Nancy (1890) et de Lille (1893) qui, dès leur fondation, furent fréquentés par un certain nombre d'élèves. Nous avons l'espoir que là ne s'arrêteront point les créations, et qu'à l'instar de ce qui existe en Allemagne, chaque grand centre universitaire sera pourvu d'une institution dans le genre de celles que nous venons de citer.
Il importe cependant de rappeler que ces laboratoires ne peuvent être féconds en résultats qu'à la condition d'être bien organisés, bien dotés et pourvus du personnel nécessaire à l'enseignement théorique et pratique.
Il faut, en outre, que les différents cours soient bien coordonnés, forment un tout compact, que les professeurs se distribuent l'enseignement selon leurs aptitudes, leurs goûts et leur expérience.
L'élève doit aussi être constamment guidé dans ses travaux de laboratoire, initié à tous les procédés d'analyse, tâche très assujettissante qui incombe aux professeurs, secondés par des chefs de travaux et des préparateurs (1).
11 faut enfin que, par un travail original, quelque
(1) Arinstitut chimique de Nancy, où nous croyons avoir réalisé ces conditious, le personnel enseignant comprend : 3 professeurs titulaires, dont l'un s'occupe en outre de la direction générale de l'établissement, 2 professeurs chargés de cours, 1 chef des travaux chimiques, docteurs es sciences ou licenciés, qui prennent également part à renseignement, et 4 préparateurs, licenciés es sciences.