CHAPITRE II
L'art étalager 4mm le travail ém Métaax préeteax.
I. Uorfévrerie anglaise. — On pourrait dire qu'une des différences essentielles «entre l'orfèvrerie française et l'orfèvrerie étrangère tient à une manière fort dissemblable d'envisager le métal précieux. Tandis qu'au dehors on semble le considérer le plus souvent comme le principal élément d'un ouvrage, nous sommes portés chez nous à donner le premier rang à la forme créée par la main de l'homme. Ainsi, nous ne croyons point qu'il suffise de prodiguer l'argent dans une pièce gigantesque pour réaliser les conditions du beau. L'art s'exerce sur la matière ; il en a besoin pour se manifester, mais le sentiment dont il l'anime, l'idée dont il la rend l'expression en rehaussent singulièrement la valeur à nos yeux, ou plutôt lui communiquent une valeur d'un autre ordre. Il y aurait de l'injustice sans doute à insister trop fortement sur ce trait différentiel. Nous ne prétendons pas faire deux paris , dont l'une comprendrait la richesse tenant au métal, et l'autre la richesse
plus précieuse que peut lui communiquer le génie ou simplement le bon goût, et nous attribuer celle-ci en abandonnant la première à l'orfèvrerie des peuples étrangers. Des affirmations aussi absolues, des généralisations aussi rigoureuses ne laisseraient pas même une place aux exceptions individuelles ; aussi n'avons-nous voulu qu'indiquer le point le plus saillant de la dissemblance entre les œuvres exposées. Ce premier aperçu nous permettra d'ailleurs de mieux discerner les qualités ou les défauts particuliers à l'orfèvrerie de tel ou tel pays. Or, le but à atteindre dans nos études, n'est-ce pas de nous instruire en contemplant et en comparant des ouvrages conçus sous des inspirations diverses?
L'orfèvrerie étrangère était principalement représentée à l'Exposition par la Grande-Bretagne, qui nous offrait ici des étalages d'une rare magnificence. Sans posséder des traditions aussi anciennes que les nôtres, sans avoir compté comme nous, il y a plus de mille ans, des orfèvres dont le nom reste acquis à l'histoire de l'art, cette branche de l'industrie anglaise date cependant déjà d'une époque assez éloignée. Dès le xvie siècle elle jouissait d'une célébrité réelle. Ce passé ne la recommande pas seul à nos yeux. Nous la voyons se produire aujourd'hui sous la marque de maisons trèsimportantes et très-habiles. De plus, le genre qu'on qualifie de genre anglais n'a-t-il pas été, à certains moments, imité dans différentes contrées de l'Europe, et notamment en France? S'il constituait un véritable contraste avec les tendances instinctives de notre goût, il n'en avait pas moins alors pour lui les faveurs de la mode. C'était là, de notre part, une double méprise : nous renoncions à l'exercice de nos aptitudes propres, sans pouvoir nous flatter d'égaler nos voisins
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dans le traitement des pièces d'argenterie massive. Qu'importe cependant? Il n'en reste pas moins vrai qu'après avoir subi l'empire d'une inspiration étrangère, nous n'en avons que plus d'intérêt à étudier cette inspiration dans ses manifestations actuelles.
La situation est bien changée : les rôles sont intervertis. Le mouvement qui se dessine aujourd'hui suit une direction diamétralement inverse de celle du passé. Ce sont les orfèvres anglais qui cherchent à s'inspirer des œuvres conçues sous l'influence de notre génie national. Sans doute, le genre anglais n'abdique pas; mais il fait des efforts visibles pour s'approprier les allures du goût français. L'Exposition universelle de 1851 nous avait présenté déjà des preuves de ce fait, et celle de 1855 attestait que l'évolution commencée poursuit son accomplissement. On ne recule évidemment devant aucun sacrifice pour s'initier à notre méthode. On invoque le secours de nos dessinateurs, de nos sculpteurs ; on appelle à soi les mains les plus ingénieuses que nous ayons vues se former dans la ciselure. Voilà sous telle vitrine britannique des œuvres qu'on reconnaîtrait pour françaises, quand même l'origine n'en aurait pas été franchement indiquée.
Lorsqu'on voit l'orfèvrerie anglaise chercher ainsi à se transformer, il est naturel qu'on se demande quels sont les défauts dont elle veut répudier l'héritage. Nous tenons pourtant à signaler avant tout les incontestables qualités qui la distinguent. Nos voisins Vont jamais été surpassés dans le travail professionnel proprement dit. Ils entendent à merveille la monture et l'ajustement des pièces. Lorsqu'ils ne visent qu'à réaliser les conditions de ce qu'on appelle chez eux le comfort, ils y réussissent pleinement. S'agit-il, par exemple, dans le do-
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maine de l'orfèvrerie courante, de fabriquer un service de table d'un usage facile, et dont chaque pièce porte sa destination écrite dans sa forme même, ils ne craignent d'être battus par aucun de leurs concurrents du dehors. Ce sont là des mérites frappants dans les ouvrages britanniques; mais les dé&utsde l'orfèvrerie anglaise ne sont pas moins faciles à saisir. Le principal, celui qui se rencontre à toutes les phases de son histoire, c'est un oubli à peu près complet de& lois de la composition. Les sujets choisis par les orfèvres anglais offrent un assemblage d'éléments nombreux, confus ou bizarres, qui semblent avoir été rapprochés au hasard. Le sentiment des proportions et celui de l'harmonie en sont tout à fait absents. C'est une espèce de chaos difficile à débrouiller. L'ornementation en est lourde* et la partie architecturale manque presque toujours de simplicité et d'élégance. Un exemple, entre vingt-, pris dans une des grandes vitrines de l'Exposition de 1855» pourra donner une idée de cette tendance à accumuler les ornements. C'est tout simplement d'un candélabre que nous voulons parler ici, mais d'un candélabre d'assez large dimension, muni de sept Iras, au milieu desquels on a ménagé une sorte de support pour recevoir un vase de fleurs. La pièce est composée de divers pieds de vigne dont les ceps, partant de deux côtés opposés, forment, en se rejoignant, une sorte de voûte ou de kiosque auquel on monte par quelques gradins. L'artiste a placé sous ce kiosque la scèhe de l'action. On y voit une table recouverte d'une nappe tombant jusqu'à terre, et sur laquelle on distingue les pièces d'un service en miniature : cuillers, assiettes, plats, coupes, etc. On dirait les jouets d'une poupée. En attendant sans doute le moment du repas, une châtelaine, tenant une guitare à la main, est
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appuyée ou plutôt assise sur un des coins de la table. Un jeune chevalier, avec le manteau sur l'épaule et la toque empanachée, se tient en face d'elle, au bas de l'estrade, les jambes croisées, et il tourne négligemment les feuilles d'un cahier de musique. Derrière la dame, un page accompagne sur la tlùte les sons de la guitare. Ce n'est pas tout : tandis qu'un valet retire d'une fontaine des flacons que, par une attention vraiment britannique, on y avait mis à rafraîchir, un autre s'occupe de dresser les pièces du festin. Ajoutez à ces personnages un chien qui s'impatiente sur les marches du kiosque et des cygnes nageant dans un bassin où l'eau tombe en cascades, et vous aurez une idée de cette étrange composition. Quel sujet insignifiant et vulgaire! Que de peines pour ne rien exprimer! Telle est l'ornementation dont nos voisins semblent tendre à se dégager. Ils n'auront pas à regretter, on peut l'affirmer, de rompre ici avec leur tradition. Ce n'est pas sans raison qu'un juge excellent et impartial, M. le comte de Luynes, disait, à propos de l'Exposition de Londres, que de pareils ouvrages ressemblaient plutôt à des jouets d'enfant qu'à des objets de sculpture.
Quant à l'aspect massif de l'orfèvrerie anglaise , il serait permis d'y voir comme un reflet du caractère et de la sociabilité de nos voisins. Ces pièces énormes paraissent attester d'abord un goût prononcé pour ce qui est solide et promet de durer. De plus, cette vaisselle, d'un poids écrasant, ne pouvait appartenir qu'à un peuple chez qui, à côté d'immenses fortunes héréditaires, surgissent chaque jour, grâce à l'industrie et au commerce, des fortunes nouvelles naturellement portées à rivaliser avec les anciennes, du moins dans le cercle des installations intérieures. Est-il étonnant qu'un industriel ou un corn-
merçant de la Cité de Londres, de Liverpool ou de Manchester, après avoir réalisé par le travail plusieurs millions de bénéfices, n estime guère les pièces d'orfèvrerie que d'après leur valeur intrinsèque? Ces influences d'origines diverses rendent raison de ces ouvrages dont la matière fait trop souvent la seule valeur. En fait d'orfèvrerie de table, c'est-à-dire dans la branche de l'art qui est le phis spécialement traitée en Angleterre, nous n'avons en France aucune idée des trésors que renferme le Royaume-Uni. Ce ne serait pas assez de dire qu'aucun autre peuple ne possède, sous cette forme, une richesse égale à la sienne ; peut-être tous les peuples de l'Europe ensemble seraient-ils impuissants à composer un total aussi élevé. En France, nous sommes très-pauvres sous ce rapport. Chacune de nos révolutions a emporté yne partie de notre vaiselle plate ; la plupart de ceux qui en possédaient ont été amenés à la faire fondre successivement pour se mettre à l'abri d'éventualités redoutées. Quant aux Anglais, qui n'ont pas ressenti les mêmes chocs, ils conservent intactes les épargnes du passé. S'il leur prenait fantaisie de réduire en lingots leur orfèvrerie de table , si l'on n'y tenait pas dans les familles comme à un de ces héritages qu'on veut transmettre à ses enfants , il y aurait là une mine dont le produit atteindrait un chiffre fabuleux.
Comme l'orfèvrerie britannique a ses racines dans les habitudes traditionnelles du pays, il lui sera difficile d'en sortir complètement. Une industrie ne dépend pas, en effet, du libre arbitre de ceux qui l'exercent; elle ne peut pas à elle seule déterminer sa manière d'être et ses conditions d'existence : elle est subordonnée au monde dans lequel elle vit. Cependant le véritable artiste peut toujours réagir, jusqu'à un certain point, contre lemilie
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qui l'environne : tel est l'effort que nous nous plaisons à encourager aujourd'hui chez nos voisins. L'évolution ne s'accomplira pas sans de sérieuses difficultés, même dans les limites où elle peut réussir. Si, dans le domaine de l'orfèvrerie ordinaire, les fabricants actuels n'ont qu'à suivre la route frayée par leurs devanciers ; s'ils n'ont guère, à dire vrai, qu'à se ressouvenir, il n'en est pas de même pour l'orfèvrerie d'art. Ici le système doit être profondément modifié. Est-ce prendre le meilleur moyen pour opérer le changement que de se placer tout d'un coup sur le terrain des œuvres artistiques de l'ordre le plus élevé? Faut-il attendre des résultats bien significatifs de la comparaison que le public anglais pourra établir entre les ouvrages qui passent communément sous ses yeux et des ouvrages comme le vase des Titans ou le bouclier de Shakspeare, exposés par l'ancienne maison Mortimer? Lors même qu'on croirait que c'est là placer bien loin le but à atteindre, on devrait encore rendre justice à la pensée des orfèvres, qui n'ont pas reculé devant ces essais hardis, devant de tels emprunts à l'art français. Mais, pour notre part, nous ne croyons pas qu'il soit jamais possible de se figurer l'art sous une image trop parfaite. Les admirables morceaux dus à M. Vechte, et qui resteront comme une des expressions de l'art actuel, fussent-ils un idéal trop difficile à réaliser pour l'orfèvrerie anglaise, qu'ils serviraient encore à indiquer la ligne qu'elle doit suivre. Aussi, par l'exhibition de tels ouvrages, MM. Hunt et Roskell, qui dirigent aujourd'hui la célèbre maison Mortimer, nous semblentils avoir rendu un véritable service à l'art qu'ils exercent.
Ces fabricants concentrent dans leur immense établissement presque tout le travail des métaux précieux :
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orfèvrerie fine , orfèvrerie plaquée , joaillerie , bijouterie, etc. Composé d'éléments si divers, leur splendide étalage était l'objet d'une curiosité constante. Les Visiteurs ne se fatiguaient pas de contempler les pierres précieuses de tous genres qui s'y trouvaient accumulées. D'autres vitrines , celle de MM. Garrard , celle de M. Hancock, etc. , méritaient encore d'attirer lés regards ; mais le plus beau type de l'orfèvrerie anglaise proprement dite, c'était, à coup sûr, l'ouvrage que la corporation des orfèvres de Londres avait fait fabriquer pour l'Exposition de 1851. Cette œuvre peut être envisagée comme l'expression la plus complète du goût en Angleterre. Tout le savoir-faire britannique avait été mis à contribution pour l'établir* Nous y trouvons les qualités et les défauts ordinaires de l'orfèvrerie anglaise, avec cette différence, néanmoins, que les défauts se sont amoindris. Ainsi, l'architecture, qui pèche si souvent dans les pièees produites par les ateliers de nos voisins, est ici d'un caractère satisfaisant. L'ornementation reste trop massive, mais elle est affranchie de ces accouplements bizarres dont les exemples sont si fréquents au delà du détroit. La dignité des attitudes tient lieu de l'élégance des poses. Le sujet principal ne manque pas de grandeur : il figure l'octroi d'une charte de corporatif» faite à la compagnie des orfèvres par le roi Richard IL On ne pouvait choisir un thème mieux approprié à la circonstance; mais cette composition doit être tenue pour tout à fait exceptionnelle.
En fait d'art, les sujets usuels qui attestaient le plus de goût se rencontraient dans l'étalage d'une maison vouée à l'exploitation d'un genre spécial, l'orfèvrerie par les procédés de l'électro-chimie. Il s'agit de l'établissement de MM. Elkington et Mason, de Birmingham,
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dont bous aurons encore l'occasion de parler. Le nom de M. Elkington est lié aux premières applications de l'argenture galvanique. Les expériences utiles auxquelles s'est livrée la maison de ce fabricant ont affermi chaque jour davantage une notoriété dès longtemps acquise. MM. Elkington et Mason emploient un assez grand nombres d'artistes français ; quand on examinait le vaste pavillon qu'ils remplissaient de leurs produits , il n'était pas difficile de reconnaître qu'ils s'inspirent de nos propres ouvrages. Leur orfèvrerie n'est pas exemple de l'influence des traditions britanniques ; le goût anglais y reparaît, notamment dans les compositions de fantaisie, dans certaines imitations de l'antique ; mais envisagée en bloc, cette exhibition n'en témoignait pas moins d'une grande puissance de fabrication et d'un esprit d'entreprise infatigable. MM. Elkington et Mason sont largement entrés dans la voie des améliorations ; ils exploitent grandement toutes les branches de la belle industrie k laquelle l'éleetro-chimie a donné naissance. Après avoir entrepris en Angleterre la fonte du bronze, ils sont venus exposer à Paris de remarquables échantillons obtenus par la galvanoplastie.
II. Le travail des métaux précietix en Allemagne, en Suède* en Danemark, en Autriche, en Suisse, etc. — L'Allemagne, qui avait eu jusque dans les commencements du dernier siècle une orfèvrerie artistique portant un caractère propre, s'était depuis lors livrée à ce genre anglais dont nous avons essayé d'indiquer les qualités et les défauts. Bien qu'aujourd'hui des praticiens distingués s'efforcent de prendre leurs inspirations sur le sol national, il est encore vrai que des traits réels de ressemblance rattachent l'orfèvrerie allemande à l'orfèvrerie britannique. Ce n'est pas qu'on retrouve dans les
ouvrages de la Germanie cette surabondance des motifs à laquelle semblent vouloir eux-mêmes renoncer les meilleurs artistes de l'Angleterre. Le génie allemand est de sa nature assez réservé en fait d'ornementation ; mais d'autres côtés du tableau nous révèlent les rapports existant entre la manière des deux peuples. Ainsi, au delà du Rhin comme au delà du détroit, même succès à constater dans les pièces d'un usage courant; dans les ouvrages décorés, une absence presque égale de légèreté et de délicatesse.
Il ne faudrait pas s'attendre à trouver, soit en Allemagne, soit dans tout autre pays, une Exposition d'objets d'orfèvrerie aussi complète, aussi grandiose que celles de la France et de l'Angleterre. La plupart du temps, nous n'avons rencontré que des unités éparses et de rares échantillons. La Prusse, cependant, possédait un assortiment varié, quoique dans un cadre restreint. On voyait, sous ses riches pavillons, des pièces d'orfèvrerie fine, d'orfèvrerie plaquée et d'orfèvrerie galvanique: on y distinguait des ouvrages pour les églises, pour la table, et quelques objets d'art proprement dits. L'orfèvrerie d'église et l'orfèvrerie de table de ce pays accusent un même caractère. Leurs formes sont compassées et un peu pesantes. Nous aurons peut-être à nous plaindre quelque part, qu'en France même, dans certains morceaux destinés à nos temples, on ait affecté un style dont la gravité équivaut à de la lourdeur. Ce défaut, dont nos plus habiles orfèvres savent si bien se garantir, est assez commun en Allemagne.
En fait d'orfèvrerie artistique, les rayons de la Prusse nous offraient plusieurs pièces dignes d'une attention particulière. MM. Wollgold et Sohn, de Berlin, avaient exposé, outre divers petits sujets fort bien traités, un
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magnifique ouvrage du à la galvanoplastie d'argent, et offert par la ville de Berlin au prince de Prusse à l'occasion de son mariage. Les travaux de MM. Wollgold et Sohn méritent qu'on assigne à ces fabricants une place très-élevée dans l'art spécial qu'ils pratiquent. Les visiteurs ont aussi remarqué chez M. S. Friedeberg fils, de Berlin, deux coffrets parfaitement ciselés, et appartenant, l'un au prince et l'autre à la princesse de Prusse; ils ont vu également avec plaisir un bouclier de M. Hausmann, de Berlin; une riche reliure de Missel en argent, de M. Arnold Kùnne, d'Àltena, en Westphalie, et divers échantillons de MM. Sy et Wagner fils, etc.
D'autres états nous avaient envoyé quelques articles dépendant de la même branche d'industrie : le Wurtemberg, le grand-duché de Hesse, l'Autriche, la Bavière, la Suède, le Danemark, etc. Les pavillons de ce dernier pays, placés au premier étage du palais, contenaient deux beaux ouvrages de M. le baron de Schlick. Ce sont deux plats en argent oxydé, dont les sujets figurent, l'un Vénus traversant les flots, assise sur le dos d'un Triton, et l'autre, Silène ivre, soutenu par un Satyre. Ces œuvres portent l'empreinte du véritable sentiment de l'art. La guirlande qui forme le cercle extérieur de chacun des deux plats est finement traitée. La vitrine d'un autre exposant danois^. A.Michelsen, de Copenhague, renfermait un encrier et quelques pièces de vaisselle d'assez bon goût. Nous devons aussiune citation expresse à un exposant du grandduché de Hesse, M. de Kress, pour ses willis, bien que cette belle œuvre tienne plus à l'industrie du bronzicr qu'à celle de l'orfèvre.
Le travail des métaux précieux s'offrait à nos regards sous d'autres formes dans les galeries de la Suisse ; mais l'importance des affaires auxquelles il donne lieu, l'habi-
leté avec laquelle on le traite, du moins dans certaines spécialités, prêtaient un intérêt particulier à celte partie de l'Exposition universelle. On connaît la renommée dont jouissent depuis longtemps les cantons de Genève et de Neufchâtel, dans la fabrication des montres. Comme nous n'avons pas à parler pour le moment de ce genre de produits qui se rattachent à l'horlogerie, nous nous bornerons à dire et en réservant les détails pour une autre partie de nos études, qu'on établit là des boîtes de montres pour plusieurs millions de francs chaque année. Il s'en exporte une notable quantité; et on expédie encore à l'étranger un plus grand nombre de ces mouvements de montres qu'on appelle des blancs, dans le langage de l'atelier. Le rôle des monteurs de bottes, et surtout celui des graveurs, ciseleurs, émailleurs, etc., communique avec le domaine de Fart. C'est cependant par la bijouterie que le travail des métaux précieux en Suisse se rapproche le plus de l'objet actuel de nos études. Comme nous avons eu l'occasion de visiter à Genève même quelques-uns des principaux ateliers de ïa fabrique, nous pouvons affirmer que l'Exposition comprenait des échantillons d'à peu près tous les genres qu'on y aborde. Les plus habituels sont les chaînes, les bracelets, les broches, les boucles d'oreilles, les médaillons. La bijouterie suisse a son siège principal à Genève ; elle vient dans cette ville, quant à l'importance de la production, immédiatement après l'horlogerie. Cependant, on n'avait qu'à voir la galerie des bijoutiers de Paris pour demeurer convaincu que le domaine de la bijouterie suisse est loin d'être aussi varié, aussi riche, aussi brillant que celui de la bijouterie parisienne. Les bijoutiers suisses ont beaucoup moins d'initiative que les nôtres; attachés en quelque sorte à un sentier toujours le même, ils ne parviennent que rare-
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ment, pour ne pas dire jamais, à s'ouvrir de nouvelles issues. Paris est ici, comme dans de nombreuses carrières industrielles, le point de mire sur lequel il faut constamment fixer les yeux. Les bijoutiers genevois reconnaissent d'ailleurs sans peine que, pour le choix des pierres et l'art de les monter, ils cherchent à se guider d'après le goût parisien.
Quant à la spécialité des émaux, on peut dire que la cité genevoise ne redoute de comparaison avec aucune autre fabrique. Les résultats auxquels arrivent ses peintres en émail dans la décoration des fonds gravés sont irréprochables. Beauté et transparence des teintes, fini du travail, ils réunissent toutes les conditions de l'art. On voyait un beau spécimen du savoir-faire des artistes genevois dans une image de la Vierge de Séville d'après Murillo, sur une plaque de 16 centimètres de longueur sur 14 de largeur, et dans une foule de sujets émaillés en médaillons ou adhérents à des boîtes démontre. La Suisse conserve les saines traditions de l'art ancien, tout en ayant notablement simplifié ses procédés et réduit le prix de ses ouvrages. En voyant travailler aujourd'hui les émailleurs de Genève, on ne pourrait plus s'écrier comme le faisait un troubadour d'autrefois, avec une vague notion de l'émaillure ou de la nielle : « De même quune feuille cïétain fondue dans l'azur donne plus de corps à la couleur, de même je deviendrai meilleur si la dame de Ségur daigne s'unir à moi. » Mais on trouve toujours aux émaux de Genève des nuances azurées aussi éclatantes que celles du moyen âge ou de la renaissance. La même ville fabrique pour l'Italie, et surtout pour le Levant, des pièces soufflées d'une extrême ténuité qu'elle livre, grâce à la petite quantité de matière employée, à un très-bas prix. Quelquefois, au contraire, les bijoutiers genevois n'épargnent pas la
matière précieuse. Peut-être avez-vous remarqué, par exemple, un livre d'Heures dont la reliure en or est d'un poids prodigieux. La Suisse sait mettre en œuvre les procédés électro-chimiques, surtout pour la dorure et l'argenture; mais nous aurions vainement cherché dans ses galeries de ces grands ouvrages produits par la galvanoplastie, tels que le bas-relief de M. Wollgold, de Berlin, ou les statues de M. Elkington, de Birmingham.