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CHAPITRE I

Soieries, weloars et rubans. — Lyon. — Salnt-Etfeaae.- Zurlch. — Baie. — Manchester. — Loaa're*. — Elberfeld, ele.

Dans un écrit publié précédemment, nous avons examiné l'industrie de la soie dans ses détails et sous ses aspects divers. Nous en avons étudié les opérations préliminaires depuis l'éducation du ver à soie jusques à la 6lature et aumoulinage. Non-seulement nous avons cherché quels étaient en France les caractères et les ressources de cette belle industrie, soit dans le domaine des soieries de Lyon, soit dans le domaine des rubans de Saint- Ètienne, mais nous avons essayé de nous rendre compte des forces de la concurrence étrangère, de l'état des procédés suivis et des questions économiques intéressant l'avenir de nos fabriques. U serait superflu de s'étendre ici de nouveau sur ce sujet (1).

Au point où en est arrivée l'industrie des soies, l'Exposition universelle ne pouvait guère nous offrir de ces grandes inventions qui transforment tout un système.

(1) Voyez Les population* ouvrières et les industries de la Francs, tome i, pages £21 à 295, les ouvriers de Lyon.— Pages 396 à 347, les onvriers de Saint-Ètienne. — Tome u, pages 5 à 53, les ouvriers de Simet et des Cévcnnes.

Les signes qui frappaient en 1855 étaient relatifs à la richesse des produits et à la perfection du travail. La combinaison la plus nouvelle appartenait à un fabricant de Lyon, qui est parvenu à confectionner du velours sans envers, pouvant même présenter une couleur différente sur chacune de ses faces.

L'étalage de la fabrique de Lyon couvrait une superficie de 600 mètres. Jamais on n'avait encore vu un pareil assemblage d'étoffes de soie. Cette exhibition avait quelque chose de grandiose et de vraiment magistral. On s'apercevait que la cité lyonnaise a conscience de son rôle comme reine des soieries. Outre la variété infinie de ses tissus pour robes, où le bon goût sait revêtir mille formes diverses, on voyait là des étoffes pour ornements d'église et pour meubles d'une magnificence extraordinaire. On ne pouvait trop admirer par exemple les grandes pièces de MM. Ycmeniz, Bouvard et Lançon, Mathcvon, Le Mire, etc. (1).

A l'étranger, notamment en Suisse, en Angleterre, en Prusse, etc., une ardeur réfléchie et soutenue règne comme chez nous dans le champ de l'industrie des soies ; cependant on ne s'applique guère dans chaque pays qu'à cultiver une ou deux branches de cette grande fabrication, et on s'attaque de préférence aux tissus ordinaires. La Suisse avait un étalage auquel cinquante fabricants avaient contribué. La fabrication des tissus de soie est une des plus anciennes industries de cette contrée ; elle a son siège principal sur les bords du lac de Zurich où des métiers battent dans toutes les chaumières. Le genre

(1) Une fabrique de Tours, celle de MM. Fey et Martin, avait un étalage qui 5e rattachait intimement au groupe lyonnais et participait de ses caractères essentiels : la perfection du tissage et le bon goût des attributs.

dominant de cette fabrique consiste dans le tissage des étoffes de grande consommation. Ses meilleures maisons établissent les étoffes courantes aussi bien que Lyon; mais, sauf pour quelques articles tout spéciaux dont là fabrication est presque exclusive dans certaines manufactures, les prix de la Suisse ne sont pas au-dessous des nôtres. Plusieurs de ces maisons sont fort anciennes, fort opulentes, et savent au besoin restreindre leurs bénéfices dans les bornes les plus étroites.

Si, en général, nous pouvons fabriquer au même prix que la Suisse, nous avons l'avantage de vendre moins cher que l'Angleterre. C'est à Manchester que se fabriquent les soieries de grande consommation. Les ateliers d'où sortent les étoffes les plus recherchées sont à Londres même, qui tend, il faut le dire en passant, à attirer dans ses murs plusieurs industries de luxe. Confectionnant très-bien les genres courants, les fabriques anglaises restent à une grande distance de Lyon pour les genres riches ou de fantaisie. La Prusse, dans ses fabriques d'Elberfeld et de Crefeld (Prusse rhénane), ne s'attaque qu'aux étoffes à bon marché, si ce n'est pour les rubans et les velours. Le Piémont a aussi ses velours de Gènes qui sont renommés. Quant à ses soieries, elles sont loin de venir sur le premier plan. L'Autriche s'est fait remarquer par ses étoffes destinées au culte et à l'ameublement. En Espagne, un exposant de Barcelone méritait d'être noté pour l'excellente exécution de ses étoffes façonnées. Nous disons pour l'exécution, car les dessins étaient une pure copie de dessins de Lyon. Je tiens à mentionner les soieries de la Grèce, non qu'il s'y révèle un mérite spécial, mais parce que l'industrie de la soie semble appelée à devenir dans ce pays une des plus productives, et qu'elle y est l'objet de soins de plus en plus attentifs. La

production de la soie s'est considérablement développée sur le sol hellénique durant ces derniers temps. Le chiffre des récoltes s'est élevé de 15,000 kilogrammes à 70,000 kilogrammes. Lorsque nous examinions les soies d'Athènes, de Sparte, d'Argos ou celles du monastère de Calâmes, le commissaire grec, M. Spiliotakis, qui a mis tant de zèle et d'habileté à faire valoir les ressources de son pays, nous donnait de curieux détails sur les principales filatures de la Grèce, notamment sur la filature royale d'Athènes, la filature du Pyrée et celle de Calamata, et ces détails attestaient que les procédés mis en pratique, empruntés d'ailleurs aux nations occidentales, sont très-perfectionnés.

Nous pouvons l'affirmer en dernière analyse : quoique pressée par des rivalités nombreuses, souvent trèsactives et très-intelligentes, l'industrie lyonnaise demeure partout victorieuse. C'est évidemment en Suisse que nos fabriques trouvent la concurrence la plus redoutable, mais seulement pour quelques genres déterminés (1).

On aboutit à une même conclusion si l'on compare la rubannerie française à la rubannerie étrangère. Ssint- Étienne est la première fabrique du monde ; sa supériorité est incontestable et incontestée, surtout pour les rubans façonnés. C'est encore en Suisse, c'est à Bâle, qu'il existe une concurrence active et habile pour les qualités ordinaires; mais il est arrivé plus d'une fois que des fabriques françaises laissaient des commandes de rubans unis passer la frontière, non parce qu'elles n'auraient

(1) On consultera avec intérêt nnc note lue par H. Wolowskià l'Académie des sciences morales et politiques, intitulée : Introduction de l'industrie de la soie en France; et une étude sur l'industrie de la soie depuis ses origines, publiée dans La Revue des Deux-Mondes, par M. Louis Reybaud. «

pas pu les fournir au même prix que la Suisse , mais parce qu'assurées d'ouvrages plus avantageux, elles ne trouvaient pas suffisant un bénéfice aussi réduit que celui dont savent se contenter les maisons de Bâle.

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