CHAPITRE V
■, ^ Papier. «-* Fonte des ear«etère«. ^ A|ppUeo«
lieu 8alvaveplaftlii|«ee. — l^ithographle et Chromonthe^raphle. — Imprlaierle en talHe-donce.— Gravare à f«ali« plaaefcre.
S'il âtUaft, avant de quitter la typographie, préciser, en forme de résumé, quelles sont les branches de cette grande industrie où le progrès se manifeste sous les traits les plus saillants, nous indiquerions, sans hésiter» l'art de tirer les vignettes dans le texte, et l'impression en couleurs. Dans l'imprimerie proprement dite, le progr^ aussi est réel ; mais à en juger par l'ensemble des œuvres qui ont figuré à l'Exposition universelle, il ne consiste pas dans de nouvelles découvertes ; il consiste plutôt dans l'agrandissement considérable du cercle où s'exécutent les bons travaux. Il y a quinze ans, on comptait à Paris trois ou quatre maisons dont les livres réunissaient tou« teslesconditions requises sous le rapport de la beauté des types et de la correction des textes; aujourd'hui, ce nombre s'élève au-dessus de vingt. Au lieu d'être plus ou moins défectueuse, comme jadis, la besogne exécutée par la masse des imprimeurs se présente toiyours sous un aspect assez satisfaisant. Les ouvrages véritablement mal imprimés ont disparu du commerce. Ainsi le niveau moyen a été exhaussé. C'est là le trait distinctif des perlectiouneinents en 18K5, perfectionnements d'autant |dus précieux qu'ils profitent aux livres de grande circu* lalion.
n serait injuste de méoennat^re que le mouvement signalé dans l'imprimerie a été secondé par l'effort de
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diverses industries auxiliaires honorablement représentées à l'Exposition universelle. Groupées autour de la typographie, elles font avec elle un faisceau dont la fortune est soumise à une même destinée. Ainsi une fabrication qui par sa nature attire peu les regards du public, celle de l'encre, a, dans le cours de ces derniers temps, perfectionné ses procédés. Les exigences de la gravure sur bois, pour laquelle une encre très-pure est indispensable, n'ont pas été sans effet sur cette amélioration. Quoiqu'il faille, comme l'exprimait fort judicieusement Mi Ambroise-Firmin Didot, à propos de l'Exposition de Londres, attendre du temps seul un jugement sur les qualités relatives des produits de cette espèce, on ne saurait se refuser à reconnaître les teintes fermes et luisantes des échantillons étalés par nos fabricants. — Les améliorations accomplies dans la fabrication du papier doivent également être prises en compte si Ton veut répartir avec équité le mérite du succès obtenu. A l'une de nos premières expositions de l'industrie, en 1806, le jury, en signalant des progrès récemment effectués, invitait les fabricants à persévérer dans leurs efforts, afin de porter cette industrie au degré de perfection qu'elle atteignait à l'étranger. On en était alors aux premiers essais, essais encore obscurs et douteux, de la machine à confectionner le papier sans fin. Depuis celte époque, mais surtout depuis une vingtaine d'années, des changements énormes ont eu Ueu dans la fabrication du papier. La mécanique s'est emparée de presque toutes les opérations. Le papier dont l'emploi, pour le service de l'écriture, remonte très-avant dans l'antiquité et se trouve fort antérieur à celui du parchemin, a été fabriqué successivement avec des matières diverses : lepapyrm , le coton, lé lin , le chanvre, etc. Après avoir abandonné le coton, on y est
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revenu par suite de là rareté des chiffons de toile de lin. Les papiers des derniers siècles étaient généralement renommés pour une solidité que sont loin d'avoir toujours [Montée les produits sortant de la mécanique. On cherche cependant aujourd'hui à atteindre la force des andeos papiers» tout en conservant l'avantage du bon marché qu'offrent les nouveaux. Le blanchiment est l'objet d'études persévérantes. M. Paul-Firmin Didot s'est livré dans ces derniers temps à des expériences réitérées, en vue d'améliorer, par l'emploi de l'acide carlibnique, le mode généralement usité. L'imprimerie typographique tire profit de tous les efforts ayant pour but le perfectionnement de cette fabrication .
La gravure et la fonte des caractères, des vignettes, des fleurons et de tous les ornements accessoires, ont prêté de même à l'imprimerie, par leurs progrès récents, un inappréciable concours. Les exhibitions des graveurs et fondeurs ont attesté qu'on a tendu de plus en pfus, depuis i849, à la beauté des formes, qu'on s'est efforcé de plus en plus de tenir compte de ces lois du bon goût, dont le caprice de quelques éditeurs nous avait éloignés il y a douze à quinze ans. L'élégance de la coupe se joint à la netteté des saillies. Mentionnons ici les échantillons si variés, exposés par un établissement modèle, la Fonderie générale^ des caractères français et étrangers y habilement dirigé par M. Charles Laboulaye. Celte usine confectionne avec beaucoup de succès des planches pour les ouvrages illustrés. Mentionnons encore MM. Battenberg , Petibon et Longien , Renault et Robcis, etc. Nous devons citer les ingénieux ouvrages d'un graveur fort habile , M. Derriey, à qui la typographie doit des moyens d'ornementation d'un goût irréprochable. En 1849, le jury avait signalé, parmi les
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inventions de M. Derriey, un système mécanique pour couper les filets d'imprimerie de manière à pouvoir en fwmer les figures les plus variées. Oi trouvait une application très-remarquable de ce système dans les £sfêts pratiques d'imprimerie publiés à roccasion même de TExposition de 1849, par M. Paul Dupont. En i9S&, un ouvrier compositeur de la maison Dupont , M. Victor Moulinet» a exposé un portrait en pied de GutenbeiY, en filets typographiques. C'est un travail d'art et de patience qtd demandait à la fois la justesse du coup d'œil et la dextérité delà main. On n'avait jamais en ce genre exécuté d'ouvrage aussi compliqué et aussi diCficile« Il a fallu, pour l'établir, près de vingt mille pièces dont quelques-unes sont presque imperceptible à l'œil nu« Ces pièces sont assemblées avec une régularité qui leur ^préto toute la grâce , toute la finesse d'un dessin.
Dans le groupe des industries auxiliaires de la typographie, la galvanoplastie gagne chaque jour un nouveau ta'rain. L'Exposition universelle nous Ta présentée sods des aspects divers. Tantôt le courant électrique sert k revêtir une planche clichée en plomb d'une coudie de cuivre qui donne aux caractères une solidité inaltérable. A*t-on, par exemple, à effectuer des tirages très^nomhreux , de ces tirages de cinq cent mille à six cent mille exemplaires, conune celui des actions de telle ou telle compagnie de chemin de fer, on peat exécuter le travail avec une seule planche galvanisée, au lieu d'être obligé par l'usure des lettres ordinaires de recourir à descompo* sitions multiples. Tantôt on emploie la galvanoplastie pour la reproduction simultanée de signes toujours semblables à eux-mêmes comme les timbres-poste. On a pu voir les belles feuilles exposées par M. Hulot, de la Monnaie de Paris, et qui contiennent plusieurs eentaiiies de
LES ARTS GRAMnom». lïl
flgares tirées d*un sen\ coup. Les plaques pour le tirage des cartes à jouer, de celles du moins de ces cartes dont la régie se réserve les matrices en Tue de feciliter la perception de l'impôt existant sur cet article, sont égale-i ment dressées d'un seul jet. Sur certaines vitrines, on lisait des inscriptions comme celles-ci : Typographie gal-^ vanoplastique , éleetrotypeur typographe y qui démontrent que l'exploitation des forces de l'électricité tend à former ici une spécialité industrielle. Des essais intéressants ont été tentés par M. Sirasse, non pas seulement pour galvaniser des clichés ou des plaques, mais des caractères mobiles. L'idée de recouvrir, au moyen de la galvanoplastie, l'œil des lettres d'une couche de cuivre pour m augmenter la force, s'était manifestée, il y a quelques années, aux États-Unis d'Amérique. Mais jusqu'à ce jour le prix élevé de ces opérations les avait placées en dehors des usages de la typographie. De plus , l'enduit placé sur des caractères isolés leur donnait une épaisseur variable qui empêchait ensuite d'obtenir dans la composition une surface parfaitement plane. Au moyen de diverses combinaisons , M; Sirasse cherche à diminuer le prix de revient et à remédier aux inconvénients signalés. Les recherches auxquelles il s'est livré sont en elles-mêmes fort utiles : le succès aurait pour effet de diminuer singulièrement les frais généraux pesant sur les imprimeurs en leur fournissant des lettres dont la durée dépasse cinq ou six fois celle des caractères en plomb. Nous pouvons le dire sans nous aventurer dans des suppositions témé* paires : si la typographie réalise à l'avenir des progrès saillants, elle en sera redevable à l'emploi de l'action de l'électricité et de la lumière. A côté de la galvano* plastie, la ]^otographie tâche de pénétrer dans le domaine de l'imprimerie typographique. Elle réserve peut-*
être à un avenir prochain des résultats destinés à produire un profond étonnement.
Des conquêtes de cette nature, loin d'appauvrir Tart aux dépens duquel elles semblent faites, contribuent le plus souvent à Tenrichir. Nous en avons un exemple dans la lithographie, qui est venue dérober quelques éléments à la typographie même. Au fond, cependant, l'art du lithographe se rattache par des liens étroits à celui de Timprimeur, et lui prête le plus utile concours. Loin de l'appauvrir, il l'enrichit. Il vise aussi à exprimer la pensée au moyen de signes graphiques, non pas aussi complètement que la typographie, mais sous une forme particulière qui convient merveilleusement dans une foule de cas spéciaux. La lithographie a paru poursuivre en 1855 cette série de progrès ininterrompus dont témoignent nos expositions depuis trente-cinq années. Introduite en France en 4802, peu de temps après avoir été créée en Allemagne, elle ne commence à se développer dans notre pays, que dix à douze années plus tard. A l'Exposition de 1819, le jury saluait pour ainsi dire cet art encore nouveau en mentionnant honorablement les hommes qui l'avaient acclimaté sur notre territoire. A l'Exposition suivante, en 1823, c'était le créateur de la lithographie, c'était Senefelder lui-même, l'ancien choriste du théâtre de Munich, qui recevait une médaille pour les instruments et les procédés employés dans un établissement fondé à Paris par ses soins et sous son propre nom. ~ Tout le monde sait que la lithographie a pour objet de reproduire sur le papier, au moyen de l'impression, l'écriture, la gravure, le dessin, en un mot tous les signes tracés sur une pierre, mais sur une pierre d'une nature spéciale et dans des conditions déterminées. Le mérite de l'imprimeur lithographe, pour les dessins
surtout, consiste à rendre l'original dans toute sa vérité, à en faire revivre les tons avec une rigoureuse exactitude, sans roideur comme sans mollesse. L'œuvre de l'imprimeur a ses conditions de vie tout comme l'œuvre même du graveur. L'Exposition universelle renfermait des exemples d'impressions lithographiques vraiment admirables. On s'arrêtait longtemps, attaché par une sorte de charme, devant les cadres de MM. Lemercier, Auguste Bry, Engelmann et Graff, Bertauts, etc. La chromolithographie ou l'impression en couleurs par la presse lithographique, en est arrivée à des effets merveilleux, notamment chez M. Lemercier, chez MM. Engelmann et Graff, chez M. Haugard-Maugé. Qui n'a vu ces plantes, ces vitraux, ces écussons, ces tableaux du moyen âge, etc.? Les nuances admirablement ménagées seinblaient tombées du pinceau le plus délicat.
L'imprimerie eu taille-douce appartient aussi au groupe des ai'ts graphiques. On sait que l'Angleterre a longtemps excellé dans les impressions de ce genre. Elle comptait encore à TËxposition de 1855 des sujets ravissants, enveloppés de cette forme délicate à travers laquelle on voit lapenséeetpour ainsi dire l'âme.Cependant les pages de M.Chardon jeune, celles de M. Chardon aîné, celles deMM.Delamainet Sarazin, ne redoutent point lacomparaison avec les épreuves les plus parfaites, exécutées chez nos voisins. — Nous ne quitterons pas celte catégorie de produits sans attirer vos regards sur le mode d'impression appelé communément gravure à quatre planches, ou gravure en couleur. Pratiqué jadis, puis abandonné, cet art a été ravivé par un artiste habile, M. Isnard Desjardins. Le mérite des travaux de ce genre est de reproduire une gravure originale à très-bon marché et avec une fidélité qui, à première vue, tromperait aisément l'œil même
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d'un connaisseur. L'appellation de gravure à quatre planchés rend suffisamment compte des procédés employés. On se sert, en effet, de quatre planches d'acier qui portent chacune sa couleur: Tune le jaune, l'autre le bleUt la troisième le rouge, et la quatrième la couleur histre. Par le mélange de ces couleurs, on varie les nuances àVinfmi; mais, pour arriver à des effets harmonieux, il faut joindre à l'habileté d'un praticien la sentiment même d'un artiste. Le cadre de M. Isnard Desjardins renfermait des reproductions d'aquarelles, de portraits à l'huile, de sépias, de dessins à la mine de plomb. Une seule planche suffit pour %urer ces deux derniers genres. De telles reproductions oQrent cet avantage qu'elles servent à vulgariser la connaissance des œuvres d'art. Ce rôle-là les recommande sufïisanuD^it à l'attention publique. En se répandant chaque jour davantage, les arts destinés à multiplier l'expression de la pensée répandent en même temps les idées du vrai, les idées du beau; elles accomplissent ainsi leur mission dans la civilisation générale.