XI
En 356/5, le nombre voulu de navires n'avait pas été construit, sans qu'il y eût faute de la part du Sénat. Le trésorier des trièropoioi s'était enfui avec les fonds de la caisse ('). Androtion crut pouvoir proposer le vote d'une couronne pour le Sénat: sa proposition fut attaquée comme illégale (^).
Le Sénat ne dirige pas lui-même le travail : il choisit, dit Aristote, dans son sein dix 'zp'.r^poTzoïoi ('') dont le nom marque bien la fonction. Ils forment une commission spéciale semblable à celle des zeiyoT^oioi et investie de pouvoirs analogues. Les fonds nécessaires sont versés par le trésor public. Le maniement en est remis au trésorier des Tp'/r.po-ow!. Les renseignements d'Aristote ne cadrent pas avec ceux d'Eschine. D'après ce dernier, les trièropoioi étaient nommés par les tribus comme les teicbopoioi. Il y eut donc, semble-t-il, d'après les époques, des règles différentes à cet égard.
La construction d'un navire comprend deux parties : le gros œuvre et l'armement. Le gros œuvre éiait mis en adjudication publique é'j.'.7hio^r^ ; il était exécuté par les va'jTTfj'oi. Les trièropoioi avaient à surveiller le travail. Leur trésorier est même nommé comme ayant remis des navires aux épimélètes des arsenaux (*). Il les a remis sans doute au nom du collège des trièropoioi qui a présidé à leur construction. La commission spéciale effectue parfois directement certains travaux : d'après CIA II
(1) Dera. c. Androt. 17 : oùy^ q ,3o'jXt) yiyo'n'^ olI-zIt. toj ijltj TisTTOiï^jôai Tà(; vaùç, àXX' ô xtov xptTjpo-oitov ^aji-i'ai; à-oopà; tôye-zo, l'yiov 7rcv6' Tj[jL'.TdcXavTa.
(*) Dem. c. Androt. 8 : (vo'fxou) oùx scov^o; £^£"tvai ;xïj 7:o'.T(aajj.£vr, T^j PouÀrj Tà<; Tpir,p£tc akîjaat ttjv ÔcopEav.
(5) Arist. Ath. Pol. 46, 1 : T.o'.zizoni Ôè -à; zpir^pv.^, oiy.y. àvopaç £^ auTTJ<; £Xo[i.£VTj xpiT)po7roto'j<;.
(*j CIA II 808, Col. a, l. 13.
807, les épimélèteu ont délivré au trésorier des trièropoioi des pièces de bois et des rames, qui ont été utilisées au nettoyage du plan incliné par lequel les navires étaient lancés à la mer. Ce nettoyage a été effectué par des esclaves (').
Comment se faisait l'armement des navires ? L'Etat utilisait à cet effet ses approvisionnements. On voit aussi, dans certains cas, les triérarques armer eux-mêmes leur navire.
Une inscription CIA II 794 col. c contient une liste de navires désignés par leur nom, puis par le nom du constructeur, suit la mention XaLpso/iti-o; àp-^'.Tr/.Twv £7:£7X£'ja7£v ('2). Chairedemos et d'autres comme Dionysios qui viennent plus loin, figurent ailleurs comme constructeurs. Le dernier navire de cette liste est l'Euphoria, œuvre d'Amyntas. Elle a été adjugée, est-il dit, parmi les vingt-deux premiers navires (''). L'architecte Amyntas l'a armée et ce qui manquait a été ajouté plus tard par Farchitecte Euphranor. Que signifie ce titre d'àpy '.téxtwv ? Il me semble qu'il désigne ces « architectes pour les navires » dont parle Aristote et dont il ne nous dit pas les attributions. Les architectes représentent le service technique, auprès de la commission des trièropoioi ; ils dirigent et surveillent la construction du gros œuvre et plus tard l'armement du navire. Les inventaires des épimélètes des arsenaux portent fréquemment l'entrée d'agrès acquis sous tel archonte. L'une des missions de l'architecte consiste à faire appliquer à chaque navire nouveau les agrès. Amyntas aurait donc été tout à la
(•) Col. c. I. 1-25.
(-) 1. 7 : [£]T£[p]ac; Hâc7[o]s h, [tto]);-.; £7r£77:x£Ûacr£[v] • EjkIziol 'A{j.cp'.v[o[xou ?] £pY(ov) • Xatp£OTQij.o[£; àpyi]-:£(x':tov) £-£a>c£'jaj(£v) • [x£cp]à^Xatov) £7:'.a[x£'jTi;;].
(5) au'Tj £{i,'j6to6Tj £V zotXi; 7:pa)':[3ti]^ îV/coj'. xal ouo'tv vauai'v.
fois adjudicataire de la construction du gros œuvre et architecte et, comme tel, il a présidé à l'armement.
Sur la façon dont l'Etat se procurait les approvisionnements de matériaux, nos inscriptions nous fournissent quelques détails. Dans 809, col. b in fine, figure un TauL'ia; xpsjjiaa-Tcov qui a sans doute remis aux épimélètes du matériel acquis par lui. D'un autre côté, les trièropoioi achètent des rames 803, col. c, 1. 135. x^illeurs, le Conseil charge un de ses membres de certains achats 803, col. c, 1. 162 (•).
Les épimélètes des arsenaux (^), dont il a été plusieurs fois question, étaient chargés, comme leur titre l'indique, de l'administration des arsenaux et de tout ce qu'ils contenaient. Nous avons conservé de nombreux inventaires dressés par eux ; ils l'ont été au vu des inventaires de l'année précédente ; ils rendent compte de tous les navires manquants et portent toutes les entrées et toutes les sorties. L'inventaire mentionne aussi tous les agrès tant ceux qui sont en magasin que ceux qui sont sortis ou sont dus par les triérarques.
Ces documents peuvent nous fournir quelques renseignements sur l'industrie elle-même. Chaque navire est désigné par son nom et par le nom du constructeur. Nos listes vont de 01. 101.4 jusqu'à 01. 114.3. Voici pendant ces cinquante-deux années, la liste des constructeurs connus. J'ajoute en toutes lettres le nombre de navires qu'ils ont construits et qui se trouvent désignés par leur nom; entre parenthèses et en chiffres- arabes, le nombre de navires construits par eux, mais dont le nom a disparu
(1) Cf. CIA II 737, 01. 118. 3, 306/5, dans les comptes dés trésoriers delà déesse : £0t6x[a[jL£v zlç tt^v t[(j5]v [^ûXwjv >co[i.t8[Tj] v Tôiv 7r[£]u[xwv Trajpà [PaatXjswv [st]^ xà; vauç (ypua]oij;; l7r'raxoa''o'jj; S(ù)[o].
(*) Boeckh Seewesen 48.
ou est trop mutilé, pour qu'on puisse être sûr qu'ils ne figurent pas déjà dans la première catégorie.
Agnodemos : huit (+2); Alcée : un (4-2); Aleximachos : trois (-f- Ij; Alexippos : un; Amphinomos : deux; Amphikrates : un; Amyntas : six (-f- l); Antandros : un ; Antidoros : trois ; Antigènes : trois ; Archeneides : six (-|- 2) ; Arclieneos : dix (-f 4) ; Archenikos : cinq (-[- 1); Aristokles : un; Aristomachos : un; Aristokrates : six (-f 1); Aristoteles : un.
Chairedemos : trois; Chairion : sept (-}- 1); Chairestratos : neuf -|- (4); Chares : un; Charetides : deux; Créon : un; Ctesippos : un.
Demarchos : un; Demodokos : un; Demonikos : un; Demoteles : quatre; Dionysios : trois ; Diopeithes : un; Dissios : un.
Epicharides : quatre; Epigenes: douze (+3); Eudikos: un; Euphranor : trois.
Hegesias : un; Hierokles : cinq (-j- 2) ; Hierophon : un.
Lysi... : un; Lysikles : onze; Lysikleides : six; Lysikratos : sept; Lysistratos : cinq.
Nausinikos : deux ; Nausiteles : un.
Xenokles : quatre ; Xenophilos : un ; Xenophantos : un.
Pamphilos : cinq ; Philon : trois ; Philokles : deux ; Pistos : un; Pythodoros : un.
Smikrion : quatre.
Theodoros : trois; Theoph ( ) : un; Timandros : un;
Timokles : deux; Tolmaios : deux. Total : 59 constructeurs ; cent quatre-vingt-trois navires (-*- 24). Le tableau qui précède suffit pour nous convaincre de la prospérité de l'industrie qui nous occupe.
Tous ces personnages sont-ils Athéniens? On en peut douter, quand on se rappelle combien les métèques étaient fortement représentés dans les autres industries. Cependant il semble que pour un assez bon nombre de constructeurs, nous puissions être certains de leur qualité de citoyens : en efîet nous les retrouvons parmi les
triérarques; par exemple, Agnodemos, Demonikos, Lysikrates, Lysistratos , Lysikles, Pamphilos, Hierokles. Cette circonstance indiquerait que leur profession était lucrative.
Où étaient les chantiers ? L'inscription 793 ^ porte : Bo/.^S'.a, ' k^yzYfpjO'j â'pyov • Ta'JTYjV 7,iji{£pYov 7zapaAa|iiôvT£; SX Twv ïr,A£yov£Î(i)v [va'j7:7,yi](j)v Y.pis^s Boeckh croit que les TriÀsvôvE'.a étaient un chantier, probablement ainsi nommé d'après un ancien constructeur. C'est pourquoi il admet la reconstitution [va'j-T,y![]wv au lieu de [vswpijwv, bien que la lacune ne soit que de six lettres.
D'après Milchhôfer ('), la plupart des navires étaient construits au Pirée ; l'île de Salamine aurait également possédé des chantiers (-). Les matériaux de construction venaient en très grande partie de l'étranger ; le bois surtout était rare en Attique ; on le faisait venir de Macédoine et d'ailleurs (^).
Les forêts de l'Ida (^) et de l'île de Cypre (^) fournissaient aussi des matériaux pour la construction des navires. Strabon cite trois villes spécialement réputées de son temps pour les constructions navales : Rhodes, Cyzique et Marseille, Daton ('"), en Thrace, Cypre, la Cilicie (') possédaient des chantiers. Cypre, disait-on,
(') Texte des Cartes de l'Attique de Curtius et Kaupert I 87.
(«) Scherling 49.
(5) Thucydide IV 108 : importance d'Amphipolis pour les Athéniens, à raison du bois de construction. Traité d'Am3'ntas, infra Livre III, Ch. I.
(^) Thucydide IV 52 vante les avantages d'Antandros pour la construction des navires, à raison du voisinage de l'Ida, qui fournit du bois d'excellente qualité.
(=j Strab. XIV 6, 5.
(C) VII fr. 33.