IV. — Statues et objets dit culte
Des règles semblables à celles que nous venons d'étudier étaient en vigueur pour la confection des objets du culte et particulièrement des statues. Je me borne ici à quelques exemples.
Le plus intéressant est celui de la célèbre statue d'Athéna, œuvre de Phidias. Nous possédons à son sujet les inscriptions suivantes :
1) CIA I 298 = lY p. 146. Fragment de compte des avaAuaToc è-ii-i-zy.'.. Ils ont reçu des trésoriers de la déesse, cent talents et ils ont acheté de l'or pour 87 talents, 4.652 drachmes ; de l'ivoire pour 2 talents, 243 drachmes.
1) CIA I 299. Kecette : au moins 34 talents, 2.858 drachmes, 2 oboles. Dépense : de l'or pour plus de 34 talents, 1.290 drachmes.
3) IV p. 147, 299 :» : STCLcrTaTa!. à[yâ}.[jLa]':oç '/p'J^oj • £[-1 T7,ç] |jO'jA7.£; ■},['.] 'Ap[y£a-:]paTo]ç sypati.aàTsJ'Js... note un achat d'ivoire.
Les inscriptions nous apprennent aussi diverses particularités relativement aux V^ictoires en or.
Périclès les fit faire. Nous en trouvons déjà une mention dans un décret d 01. 86.2, 435.6 (').
Un inventaire (-) quelque peu antérieur aux guerres du Péloponèse énumère trois Victoires, dont deux ont
(') CIA. I 32 B et IV p. 12 et p. 63, on lit dans le premier texte : '/.où -ràç Nî[xa<; xà; yyj]'77.^ xal -zà -[ofjLTrs^a...] (^) IVp. 77, 33Lc.
été faites cette année même. Elles ont été exécutées par des épistates éTria-TaTa!. toiv N{xa'.v. Il semble que ces magistrats étaient au nombre de dix et que l'inscription relate la remise qu'ils font des deux statues aux trésoriers de la déesse (').
Les malheurs de la guerre obligèrent les Athéniens à entamer leur réserve et même à fondre les Victoires d'or. Elle ne furent cependant pas toutes sacrifiées, car M. Foucart signale, dans une inscription postérieure à l'archontat d'Euclide, l'une des statues qui figurent dans l'inventaire de CIA IV p. 77, 331 ^ Cette inscription mentionne une seconde statue qui, elle aussi, avait probablement échappé à la refonte. Après les désastres de la guerre du Péloponèse, les Athéniens s'efforcèrent de reconstituer leur trésor sacré : M. Kôhler reconnaît dans une inscription {^) qu'il fixe à 01. 94.2, 403/2 ou 94.3 l'inventaire d'une Victoire fabriquée cette année même et elle se retrouve dans plusieurs inventaires jusqu'en 385 (3).
On peut encore mentionner un décret qui est au plus tôt de 377 (*). Il concerne les devoirs des tamiai relativement à l'argent conservé à l'acropole et à la statue TO 8s ayaXjjia, aux Pompeia et à tout ce qui est déposé dans l'acropole : il règle la façon dont la tradition doit être faite. Il est fait allusion à un décret d'Androtion
(^) L'usage de solenniser les succès remportés sur les champs de bataille, par des offrandes aux dieux est attesté par de nombreuses inscriptions : citons, pour Athènes, CIA IV 2, 198 c, relatif à la statue de la Victoire qui rappellait la défaite infligée par les Athéniens aux Ambraciotes en 426, Kôhler Zur Geschichte des amphilochischen Krieges Hermès XXVI 1891 43.
(«) II 642. Cf. IV 2, 642 K
(*} II 74 et IV 2, 74 b.
dont l'objet nous échappe, mais où il était question de l'architecte et des àvaXi^aTO-ow! : aîTa to'j àpy',T£x[':ovoç...
Lycurgue fit refaire les Victoires d'or, et les autres objets du culte, imitant ainsi Périclès. ('). M. Kôhler a reconnu les comptes des trésoriers de la déesse et de la commission de 10 épistates chargés de présider à ce travail (-) : ces épistates sont désignés par ol 7,p'/]a.£VG'. ; dans 740, o][ £-1 Ta -o'^[-z'^ol... yjlpzUy]zzç.
M. Kôhler retrouve encore un souvenir de la même entreprise dans un compte IV 2, 845 1» C^), lequel note la quantité d'or remise à l'orfèvre et ce que la fonte a laissé en or pur.
On j)eut rattacher à ce qui précède la refonte des objets sacrés. Nous en avons un exemple dans CIA II 403-4-5 et 405'- add. : 403 est de la fin du IIP siècle ; 404 de la fin du II" siècle; 405 fort mutilé, du milieu de ce même siècle; 405'' est un peu plus récent que 403. Dans 403 ('^), le prêtre Ups'jç, du temple du Héros latros a obtenu accès auprès du Conseil et celui-ci, après avoir entendu l'exposé qui lui a été fait, décide de soumettre au peuple la proposition suivante : on prendra les figures en relief, ce qu'il y a d'or et d'argent, la monnaie, et on en fera une offrande àvâQr,|jLa, en y ajoutant le nom des donateurs et le poids. Le peuple adopte cette proposition et choisit deux aréopagites et trois citoyens qui de concert avec le prêtre, le stratège £-1 r>,v -apao-xs'j/.v et l'architecte 6 £7:1 77. Upy. présideront à l'opération; on leur adjoindra
(5; Sitzungsber. 4kad. Berlin 1888 315.
(*) Girard L'Asolépiéion d'Athènes 1882 59. S. Reinach Traité dEpigraphie grecque Paris 1885 71.
un esclave public comme àvTiypa^e-j; ('). Dans 404, on choisit également trois citoyens et un esclave public pour procéder à la même opération et la décision paraît avoir été prise par le Conseil seul.
Notons encore CIA 839, compte des délégués du peuple pour les travaux à faire aux objets déposés dans l'Asclepieion : ces délégués comprennent trois citoyens, trois aréopagites, le stratège irzi Tr,v -apaa-xc-jr.v et un esclave public comme àvT!.ypa(p£'jç (-).
Un décret d'Orope (^), vers 290, concerne la refonte des objets sacrés de l'Ampbiareion. L'auteur du décret expose que différents vases d'argent, Tt-va twv IttI Tr,ç TpaTTÉÎ^T,; TO'J 'AuL'^Lapâo'j âpyjpwjjLâTwv, sont hors d'usage, que d'autres ont besoin de réparation; il 3^ a encore de l'or et de l'argent monnayé et non monnayé que les prêtres ont en dépôt; enfin la phiale d'or dont se sert le prêtre et qui est hors d'usage. En conséquence, on nommera trois citoyens. Les prêtres leur remettront toas ces objets, les uns après les avoir comptés; les autres après les avoir pesés en présence des polémarques et des catoptes. Les trois commissaires feront réparer ceux qui peuvent l'être. Des autres, ils feront faire des vases nouveaux. Ils mettront ces travaux, la réparation des vases anciens et la confection des nouveaux,
(^) Dem. c. Aiidrotion 69, s. reproche à Audrotion la façon dont il a fait réparer les vases sacrés -à -oij.'ïrsîa, détruire les couronnes, conamander des phiales, tout cela sans avoir fait nommer comme contrôleur un esclave public. Lui-même s'est chargé de tout : àX/' au-o^ prj-rwp, yp^jioyôo^^ -raixtaç, y.yx'.ypoiz>Z'Ji
(^) Sous Dioclès, en 220 : Xôyoç xwv atpEÔsVTwv uttô tou o/jIjlo'j ETil TTiV xaOai'pôT'.v y,où tïjv sttktxî'jyjv TtJiiv h twi 'Aay.ÀriTrtît'coi. ïà ùï xaÔs'.pÉOTj Trapo'vTO^ toij lôpÉwç... y.al twv slpTjtJisvwv sttI T-i-jV xaôaîpsTiv xat T-r)V xaTaaxEUTjv xaxà to t!/r|çpia[jLa. Cf. 835, 836.
^5) CIGS 303= CIG 1570. '
en adjudication, devant les catoptes. Ils mettront de même en adjudication la confection d'une phiale d'or. Pour les payements, ils seront faits à l'entrepreneur T(o SGvwvr;, xaTa Ta; 7:popGY,7£'.;. Le trésorier ô g-jAAovs'j; ouvrira le trésor et si la somme qui y est déposée ne suffit pas, le tamias en chef 6 Tajjiia; 6 -zoipyMv versera ce qui manque. Les noms de ceux qui auront fait une offrande, avec le poids de celle-ci ou la quantité de monnaie, seront gravés sur une stèle et notre inscription se termine par une liste de donateurs.
La conclusion générale qui résulte de ce chapitre a été indiquée plusieurs fois : de toutes les industries, voici celle que nous connaissons le mieux et aussi celle qui a produit les plus belles et les plus grandes choses. Combien les moyens dont elle dispose sont faibles et combien décisif est le témoignage qu'elle rend ! L'industrie grecque, même dans ce domaine, ne s'est pas dégagée des formes primitives.