‹ L'industrie dans la Grèce ancienne (volume 2)Chapitre 25 sur 52 · IX · texte numérisé non relu

IX

(^) C'est aussi l'opinion d'Ardaillon.

Le témoignage des grammairiens est donc erroné en tant qu'il s'applique aux mines de l'État. D'après eux, chacun avait le droit d'ouvrir une mine nouvelle là, où il le voulait. On l'aurait ainsi acquise par suite d'une simple prise de possession. Boeckh accepte à tort ce témoignage et les raisons par lesquelles il le renforce, n'ont pas de valeur. Chacun, dit-il, pouvaH dans les parties non vendues, faire les travaux à ses risques et périls et il n'était tenu d'acheter le terrain, que si ses recherches avaient été couronnées de succès. Supposer le contraire, ajoute-t-il, serait absurde. Je ne parviens pas à découvrir cette absurdité. Tout dépend du prix auquel s'obtient le droit d'exploiter. Comme il se fixe par une adjudication publique, il est en proportion des chances que l'exploitant croit avoir. Le contrat est un contrat aléatoire, qui n'oifre rien d'insolite.

Pour quel terme le contrat, portant sur les filons non encore exploités, était-il conclu ? Notre texte de la Politeia des Athéniens est ici mutilé. Sandys supplée : trois ans; mais il me semble difficile d'admettre un terme aussi court : en aussi peu de temps, il est difficile de mettre à fruit une exploitation. Blass, après un nouvel examen du manuscrit lit : '., dix ans, leçon adoptée par Foucart (').

Nous avons dit que l'État n'était pas le propriétaire de toutes les mines : comment la distinction entre les mines de l'Etat et celles des particuliers s'était-elle établie ? De deux façons, ou bien la propriété du dessous suit celle du dessus et chacun, État ou simples particuliers, dispose de son domaine. Ou bien l'État s'est réservé une région, où il est le maître du sous-sol, sans qu'il le soit nécessairement de la superficie. Je serais disposé à admettre cette opinion.

(^) Voir sur le texte et l'interprétation, Foucart Rev. de Philol.

• Mais à quelles conditions se faisait l'exploitation en dehors de la région réservée ? Si le propriétaire de la superficie l'est aussi du sous-sol, son autorisation est nécessaire. Elle l'est en tout cas, semble-il, pour pratiquer l'ouverture des galeries et déposer les décombres. Peut-être faut-il appliquer à ce cas, le témoignage des grammairiens (*) sur le droit de chacun d'ouvrir une mine où il voulait; bien entendu, en dehors du domaine public. Dans cette hypothèse, le consentement du propriétaire du dessus est probablement requis. Quoi qu'il en soit, c'est aux mines ouvertes dans les terrains des particuliers que doit s'appliquer l'obligation, signalée par les auteurs, de dénoncer l'ouverture d'une nouvelle brèche. La contravention entraînait la confiscation de la mine. Cette obligation ne peut s'imposer qu'à l'industriel qui exploite une mine privée, car l'État connaît le fait de l'exploitation de ses propres mines par l'adjudication à laquelle il a fait procéder. D'après Hypéride {^), Teiside annonçait qu'il ferait confiquer la fortune de Philippe et de Nausicles, prétendant qu'ils s'étaient enrichis par des mines non inscrites s; àva-oypàcptov |jL£TàAXwv (''). C'est là la oiy.f^ yr^py/s^rj'j |j.£TâÂÀo'j dont nous parlent les grammairiens. Lipsius admet que dans ce

(^) Suidas et Zonaras : àypâ^oj [i.îTâXÀou ot/a^ • ol xx àpyjpî'a [j.£-aXXa £pyaÇd[X£Voi otio'j j3ouXotVTO xa'.vo-j Ipyo-j apçaaôai (Zon. à't{/aa6ai) cpavspôv èttoiouvto To"t<; Itt' exeivotç TExayiJiÉvotç utto to-j 8tj{j.o'j xal aTrsypàcpovTo tou xîXstv l'vExa Tq!) Ôr,[jL(t» slxoaTTjv zsTapTïjv Toù xatvoîj jjLExaXXou. EI'tiç ouv eôdxst Xa6pa £pyâ^£a6at jjLExaXXov, tôv (X7J à7:oypat|;a{JL£Vov È^rjv xo) |3ouXo[X£Vqj ypàcp£a6at xal eXe^^eiv.

(«) Disc. p. Euxin. 36.

(^) T(£)tatôo; xoO 'AypuXrjÔEV à7:oypâ(|»avxoj; xtjv E'jô'jxpàxoix; oùutav

(bç OTQfjLoat'av ouaav xat jjlex' Èxeiv/jv TràXtv urtayvojjjLEVO'j xt^v

<ï>iXi7r7r(ou) xat NaufftxXÉouç à(7ro)ypà<];£tv xarX£yo(vx)o<; Coi; iç àvaTïOyp(acp)(ov (jL£xàXXtov 7r(£7rX)oux7]xaau

cas, il y avait lieu à phasis, c'est-à-dire à une forme particulière de procéder, dont la conséquence était l'attribution au demandeur d'une partie des biens confisqués.

Cette action n'est pas la seule qui fût donnée au sujet des mines. Démosthène, dans un discours contre Pantainetos, parle d'une loi qu'il appelle '^z-zoàlixoç vôi^oq. Cette loi, dit-il, détermine exactement les cas où il y a lieu à o'.Y.oL'. asTy.AX'.xai et il cite plusieurs de ces cas. Je n'entre pas dans les détails, cette matière ayant été traitée récemment par M. Ardaillon ('). Dans l'énumération de Démosthène ne figure pas le délit commis par l'individu qui en travaillant, n'avait pas respecté les soutiens de la brèche : c'est la faute que Lycurgue reprochait à Diphile et pour laquelle il le fit condamner.

Nous ignorons quelles peines la loi autorisait les juges à prononcer contre les délinquants. Diphile encourut la mort et la confiscation totale; l'adversaire de Phainippos avait été frappé de la confiscation d'une des mines qu'il possédait.

Cette dernière peine devait être fréquemment prononcée d'après les inscriptions. CIA contient 6 inscriptions relatives aux mines : IP 782'' {^), 782, 780, 871, 783. Je les cite dans le même ordre qu'Hansen et suivant le rang d'ancienneté qu'il leur a assigné. Enfin, IV, 2, 783.

872'^ et 783 sont fort mutilées. Cependant on y peut reconnaître une rédaction très semblable à celle des autres documents.

781 parle de trois mines. La première « Artemisiacon » (^) était exploitée par le fils de Mnésithée de

(*) D'après Ardaillon 169 n. 1, cette inscription serait non de 340-830 mais de 313 V-2 environ.

(•') Chaque mine porte un nom et parfois encore un surnom.

Sphette : elle a été achetée par un individu du même bourg pour 150 drachmes. La deuxième appelée « Ctesiacon » a été dénoncée par Hypéride (^ i. Elle était

située à Besa, dans les terrains d'Epichares, X ,

l'exploitait. Elle a été achetée par trois personnes : Hypéride, Aischylides et le fils de Dicaiocratos. La troisième appelée « AppoUoniacon » a été dénoncée par le fils de Statos de Gargettos.

780 formait une liste où les mines étaient réparties en deux séries, les xaivoToiJiLa'. et les âvao-âç'.ua.

Dans la première série, il est d'abord question d'une mine achetée par Hagnotheos. Puis, de 1. 5 à 0, une deuxième « Aphrodisiacon » à Thrasylle ; elle était exploitée par Telesicles fils de Callias d'Araphai. Dans les lignes 9 à 13, il s'agit d'une mine « Demetriacon », achetée par Callimedon, fils de Callicrates de Collyte. Une autre série est désignée sous le nom d'àva(7à^t.jjLa. Elle comprend « Athenaicon » à Amphitropè ; elle semble avoir été dénoncée par Conon, fils de Conon; Ccnon l'a achetée, et « Artemisiacon » qu'aurait dénoncée Euphémide, fils de Kephisodoros d'Athmonai. Elle était située dans les terrains d'Epameinon et fut achetée par le dénonciateur 150 drachmes.

781 cite une première mine dans les lignes mutilées du début. Une deuxième « Hermaicon », Epicyde, fils de Philocyde d' Acharnai Fa dénoncée. Elle a été achetée par lui 150 drachmes. Une troisième à Sunium « Poseidoniacon » dénoncée par Theophilos, achetée par le même. Une quatrième à Besa « Leucippeion », dénoncée par Eumelides et achetée par lui.

La seule difficulté d'interprétation pourrait être soulevée par le mot (XTreypàtJ^aTo. Hansen le comprend comme s'il s'agissait de la dénonciation de la mise en exploi-

(*) D'après la lecture de Hansen.

tation d'une brèche. On sait en effet que les exploitations clandestines étaient défendues ; mais il me semble que le mot indique une dénonciation tendant à la confiscation et ce qui me paraît le prouver, c'est que ces inscriptions nomment généralement l'exploitant 0 Y^pvâvSTo qui n'est jamais la même personne que le dénon^ dateur ni l'acquéreur. Au contraire, ces deux dernières qualités se confondent toujours, sauf dans un seul cas, et encore est-il douteux, car Hansen lit [VnE]P[ElAHS] là où le Corpus porte y/'-p--- et cet Hypéride revient parmi les acquéreurs. Même dans la lecture de Hansen, l'acquéreur (ils sont trois dont Hypéride) ne se confond pas absolument avec le dénonciateur (Hypéride seul).

Les listes représentent autant de o'.aypacpai, c'est-à-dire de catalogues des mines vendues et indication de la contenance avec ce caractère particulier que les mines ont été vendues à la suite d'une confiscation (').

Enfin IV, 2 783 contient les lignes du début d'un 3 inscription semblable à celles dont nous venons de parler, c'est-à-dire un catalogue des mines vendues par les polètes TiwXTiTal... {ji£TaX).a TaSs dr.éùovzo, mais rien n'indique que ces mines aient été l'objet d'une confiscation C)'

Quel droit acquérait le concessionnaire d'une mine confisquée ? Si cette mine est située dans le domaine de l'Etat, la réponse n'est pas douteuse. L'adjudicataire est

(') Harpocration Aiaypacprj • tj oia-cÛ7rw(Ti<; twv 7r'.7rpaaxoti.£va)V |i.£":âXXa)V OTjXouaa o'.à ypajAixaTtov aTco Trot'ai; àpyr^ç (^^/p- ''^ôio'j TT'.TrpàaxôTat Tripa^o; (Zonaras, Suidas).

[*) On a découvert plusieurs bornes des exploitations minières : CIA IV 1078b KpwTïtOTjÇ xaTsXa^s àvaaà^tij.ov [xsTaXAov 'Acp'.8va?o;. 1078 c A'.oysvTjç xaTsXa^Sc [j.£TaXXov. 1078 d 4>'.XT,{xovtaxôv {jLÉTaXXov • covTjTTiç IIoX J[jLr,Xo; Aa[ji.-Tpîu;. Inscriptions hypothécaires CIA II 1123, 1123.

un locataire à terme. En est-il de même si cette mine était une propriété privée ?

On pourrait dire qu'elle rentre dans les immeubles confisqués que les polètes sont chargés de vendre : âvaypâ^o'ja-t. oï xal Ta '/(à^ioL xai Ta; oûia; [Ta aîcoypacpJsvTa xal TTpaQÉvTa ev tw ùixoLiTr^piiô • xal yàp TaOB' o'jtoi ttwXoO- »..v(').

L'opinion contraire me paraît préférable : partout la qualité de l'exploitant est indiquée par le mot wvt,t7,; ; il en est ainsi dans nos inscriptions relatives aux mines confisquées; nous ignorons, il est vrai, si elles ont été confisquées sur de simples concessionnaires ou sur des propriétaires. Le même mot wvT,Triç revient sur plusieurs bornes. Il semble donc qu'il soit général pour désigner celui qui a reçu de l'État un droit d'exploitation. En réalité ce droit consiste en une location ; mais les Athéniens le considèrent plutôt comme un droit d'exploiter ; ce droit fait l'objet d'une vente à terme. De là, le langage d'Aristote : les polètes vendent tzwXo'jo-',, les mines de l'État.

Les inscriptions déjà citées énumèrent un certain nombre de mines confisquées, elles nomment la personne qui a dénoncé la mine ô aTrsypâtJ^aTO, celui qui l'exploitait 6 âTTTipyàÇeTo, celui qui l'a achetée. Ce qu'il y a de plus frappant, c'est l'identité du prix dans les cas où il a été conservé. Si je comprends bien Hansen, cette somme de 150 drachmes représente le 24'^ dû par l'exploitant; il n'en est rien : la somme est bien le prix d'une vente, dans le sens qui vient d'être indiqué, le nom de l'acquéreur étant précédé de la désignation tovr.T-/.;.

L'identité du prix se comprend aisément, si on se rappelle que les dénonciateurs avaient droit à une partie du produit de la confiscation. Ils avaient donc un avan-

(1) Pol. Ath. 47,3.

tage marqué et qui devait écarter les autres amateurs et l'on peut supposer que la somme de 150 drachmes représente la mise à prix fixée par l'État, déduction faite de la prime allouée au dénonciateur.

Tout exploitant, propriétaire ou non de la mine, payait un 24" ('), non du produit net, mais du produit brut; telle est du moins l'opinion de Boeckb (-). Cet impôt était perçu par des fermiers.

En revanche, les mines n'étaient pas comprises dans le montant de la fortune soumise aux liturgies : du moins Boeckh l'affirme. Il est à remarquer cependant que le texte du discours contre Phainippos sur lequel il s'appuie porte TrAY.v to)v ev zoi^ epyo'.ç, -zoiq oLZY'jpzw^ç o^ol ol VOIJI.O'. àTsXf, 7r£-o'//.xa'7',v, ce qui semblerait indiquer une exemption partielle ("').

De plus, Eschine (^) accuse Timarque d'avoir vendu des spyaTTr.p'.a pour échapper aux liturgies, ce qui, il est vrai, n'implique pas nécessairement que, d'une façon directe, on tenait compte des intérêts miniers. Il n'est

(') Suidas, 'Aypâcpo'j ixôtocX/ou oixtj :... à-Eypàcpov-o -rou ■ziAvy £V£xa to) Ofj[j.t}j elx.oixTt'^ TîtacpTTjv tou xatvoO [jLs-aÀXou. Ardaillon a montré p. 188 les difficultés que soulève ce texte. Il faut le prendre, comme tant d'autres témoignages des grammairiens, à défaut de mieux. Le sens qui est donné aux paroles de Suidas dans le texte les rend exactement. La traduction d'Ardaillon p. 190, est, si je puis le dire, tirée aux cheveux. D'après cela, il n'y aurait pas eu d'impôt proportionnel, mais les exploitants payaient un fermage établi à raison de 4,16 "/o sur le produit (éventuel) " de la mine nouvelle „. La fixation du fermage à un taux déterminé n'est pas compatible avec la mise aux enchères des mines. M. Ardaillon est obligé de supposer p. 195 que 4,16 »/^ était la première mise à prix.

(«) Boeckh 34.

(5) Lipsius Att. Process IV- 1822.

donc pas bien certain que l'exemption dont jouissaient les mines quant aux liturgies était générale. Boeckh, néanmoins, invoquait cette exemption générale comme argument décisif en faveur du droit de propriété de l'État. Je ne vois pas la force de cet argument. Je crois plutôt qu'à la supposer même générale, l'exonération avait pour but de faire un régime de faveur aux industriels miniers et d'encourager leurs efforts.

J'ajouterai quelques mots sur Fbistoire de l'industrie et sur sa productivité aux diverses époques. Boeckh a traité des procédés employés; Bliimner (') a repris le même sujet et enfin Ardaillon, avec une grande richesse et une grande précision de détails.

Nous ignorons le nombre des travailleurs employés dans les mines : les modernes ont tenté diverses évaluations. Le seul chiffre quelque peu précis est celui qui a déjà été cité et que nous donne Thucydide : lors de l'occupation de DécéliC; 20.000 esclaves, pour la plupart artisans, passèrent à l'eunemi (^j. Il est probable qu'ils appartenaient à la population du Laurion et qu'ils en formaient une forte partie.

M. Ardaillon discute la question de savoir si les ouvriers employés au Laurion étaient réellement tous recrutés dans la classe des esclaves. C'est l'opinion commune; je la crois vraie : tous les faits que nous connaissons nous montrent qu'il en est ainsi; rappelons le témoignage déjà cité de Thucydide, ceux d'Andocide, d'Hypéride ; partout des esclaves. Le témoignage le plus frappant est celui de Xénophon : pour remettre à fruit les mines, il ne songe même pas à faire appel aux hommes libres; tout son plan repose sur l'emploi de la main d'œuvre servile. Il se peut que par-ci par-là quelques hommes

(*) Technologie.

(«) Thucyd. VIII 27.

libres se soient comme égarés parmi les esclaves; ceux-ci forment l'immense majorité, sinon même la totalité du personnel ouvrier.

Le district minier (*) comprenait les dèmes d'Anaphlystos, Besa, Amphitropê et Thorium et diverses localités, Laurion, Thrasyllum, Maronée, Aulon. Peut-être que la désignation générale du district était Laurion, mot dérivé de Xa-joa»., passages étroits^ galeries.

Nous igDorons à quelle époque avait commencé l'exploitation des mines. Aristote semble placer ce fait sous l'arcbontat de Nicodème. dans la période qui précède immédiatement la guerre de Xerxès : « la troisième année, après ces événements, sous l'arcliontat de Nicodème 488/2, comme avaient été découvertes les mines de Maronée wç Êcpàvr, Ta fJLSTa/.Xa Ta év Mapwvsia (^) o ; mais peut-être ne veut-il parler que des mines situées à cet endroit ; d'autres pouvaient être exploitées ailleurs (') ; celles de Maronée étaient particulièrement riches (^). Elles devaient l'être, puisque, d'après le même auteur, elles avaient produit, en très peu de temps, pour l'Etat, la somme énorme de 100 talents. D'où provenait cette somme? Elle ne représente pas la valeur de tout le minerai extrait; l'Etat n'a jamais exploité lui-même et Xénophon, dans son traité des Revenus, préconise cette mesure, comme s'il était le premier à l'avoir imaginée. Il faut donc croire que les 100 talents représentent le montant du prix ou loyer des concessions temporaires

(^) Sar l'éteudae du district minier et ses principales localités, Ardaillon o. c. 210 et la carte.

(*) Pol. Ath. 22.

(') C'est ce que rendent probables ces mots de Xénophon, Rev. 4, 2 : Ooxo'jv Hzi ]xh tztj'j 7raXa"ta âvEpyà taxi -jraa'. aaoc'ç • ouoûç Youv o'jSs TTî'.pa-ra'. Xe'y&tv aTio ttoi'o'j ^po'voo eTr&ye'.pTjÔT^.

(*) Sur l'emplacement de Maronée, Ardaillon 138.

et le produit des taxes perçues sur les exploitants. S'il en est ainsi, ces nouvelles mines étaient d'une richesse extraordinaire.

Des citoyens, continue Aristote, proposèrent de partager les 100 talents entre le« citoyens; mais Thémistocle les fit affecter à la construction des navires. Hérodote (') raconte les mêmes faits : les chiffres diffèrent. La part revenant à chaque citoyen eût été de 10 drachmes et comme, ailleurs (^), il fixe le nombre des citoyens à 30.000, la somme à distribuer eût été de 50 talents. Stein fait remarquer, que ])eut-être l'historien établit son calcul, sur le revenu des mines à son époque, vers 430. Cependant cette époque même est celle de la grande prospérité de cette industrie : elle est attestée par le nombre des ouvriers qui y étaient employés ("'). C'est vers ce moment, c'est-à-dire vers la fin du V** siècle aussi, que Nicias acquérait dans le Laurion son immense fortune, que d'autres, Hipponicus, Callias, Philoménidès, s'enrichissaient de la même façon (^).

Immédiatement après l'occupation de Décélie par les Spartiates, les revenus que l'État tirait des mines avaient diminué (^) et cette décadence se faisait encore sentir vers le milieu du IV"" siècle. Xénophon, dans son traité des E.evenus, étudie les moyens de rendre à l'industrie son ancienne prospérité. Les conseils qu'il donnait ne furent pas suivis; mais de nouvelles recher-

(') VII 144. Hérodote signale les mêmes usages dans l'île de Siphnos : l'Etat retirait le dixième des mines d'or et d'argent, III57;Paus.Xll, 2.

('j Thuc. VIII 27 : les 20.000 esclaves qui passèrent à l'ennemi lors de l'occupation de Décélie.

{*) Ardaillon 147.

{^) Xen. Memor. III 6, 12 : le revenu des mines est inférieur à ce qu'il était plusieurs années auparavant.

ches amenèrent la découverte de filons plus riches, ou simplement, le succès obtenu par quelques-uns attira les spéculateurs; à l'époque de Lycurgue, l'exploitation était en pleine activité. Les enrichissements rapides se reproduisent comme au V* siècle : les exploitants font, en quelques années, de grandes fortunes. On connaît l'histoire de l'adversaire de Phainippos dans le plaidoyer de Démosthène : il est parti d'une fortune insignifiante et il est arrivé en quelques années à être parmi les plus riches d'Athènes. Après, il a eu des revers; il n'en reste pas moins dans une situation très enviable. Epicrates, dont parle Hypéride ('), aurait acquis, dans les mines, une fortune de 200 talents. Diphile s'était fait une fortune de 160 talents que Lycurgue distribua au peuple. Cependant cette industrie n'était pas sans risques : Xénophon (-) nous dit que rarement on ouvrait des xa'.voTojjLÎa'. et l'adversaire de Phainippos (^) raconte que tout récemment l'industrie a été fort éprouvée. Elle employait de nombreux esclaves; le renchérissement des vivres devait être ruineux pour elle. Le fait s'était précisément produit à l'époque dont parle l'auteur de ce discours. Nous n'entendons plus parler des travaux du Laurion dans les siècles suivants jusqu'à Posidonius (*) qui raconte qu'à l'époque des guerres civiles de Sicile, 103 avant J.-Ch., les esclaves se soulevèrent contre leurs gardiens, et établis dans les châteaux forts du Laurion , ravagèrent pendant longtemps l'Attique. Strabon et Pausanias ne purent plus que constater l'abandon des travaux (^).

(') pro Euxenippo § 36.

(^) Revenus 28 s.

(5) Dem. c. Phain.

(*) Ath. VI 272 E.

(^) CIA III 1, 73 et 74 : un esclave Ij'cien Xanthos, employé par un maître romain aux mines du Laurion, fonde au second

Je n'ai pas besoin d'insister sur l'importance de cette industrie dans l'organisation économique de l'état athénien. Elle pouvait lui fournir, du moins en grande partie, le moyen de payer ses importations.

siècle do notre ère un sanctuaire en l'honneur de Mén Tyrannos. Inscription fanéraire d'Atotas de Paphlagonie (Ille siècle), Ms-aÀXs'Js du Laurion BOH 188S 246, Th. Reinach Rev. Et. grecques 1889, 94. Pour plus de détails sur l'histoire des Mines du Laurion, Ardaillon Ch. VII.

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