‹ L'industrie dans la Grèce ancienne (volume 2)Chapitre 41 sur 52 · XI 920 A · texte numérisé non relu

XI 920 A

{^) VIII 849; XI 915 E. L'interdiction des ventes à crédit se trouvait dans les lois de Charondas Theophraste Stobée, Ch. 42 : ouxot (Charondas et Platon) Tcapa)(pïj[j.a xsXeûoucn otôo'vai xal XaiJi.pàvsiv • eàv Ôè x'.ç Triaxsuar, (j.7j sTvai oi'xtjV.

tiers en sont partagés en nature entre les citoyens et leurs esclaves ; il reste un tiers que les producteurs font vendre par des étrangers ou des esclaves commis par eux.

Il est sévèrement interdit de vendre aux citoyens et à leurs esclaves. De plus, défense d'acheter pour revendre. Cependant « il est permis aux étrangers, dans les marchés qui leur sont réservés, de vendre aux ouvriers et à leurs esclaves du blé et du vin en détail ». Le commerce de la viande et des matières à brûler jouit de la même dérogation à la règle qui exclut le commerce de revendeur. En réalité, il n'y a donc même pas de commerce proprement dit, puisque, sauf ces légères exceptions, le producteur vend directement ses produits.

Telle est, étudiée surtout au point de vue de l'objet de cet ouvrage, la cité idéale de Platon. Le maître essaye ainsi de restaurer la vieille société agricole et familiale. Tout n'est pas rêve dans son livre : pour le composer, il lui a sufli souvent d'ouvrir les yeux; car cette société n'était point morte partout en Grèce. Il en recueille pieusement les restes encore vivants et il tente de lui rendre sa première et pure jeunesse. Dans cette cité qu'il a bâtie, sont entrés de nombreux et solides matériaux, engagés dans des constructions encore debout. Tout cela est de l'histoire et de la meilleure.

Du temps de Platon encore, dans diverses régions de la Grèce, les paysans vivaient à peu près comme les citoyens de la cité idéale : la ferme se suffisait à ellemême, le paysan consommait ses produits, s'habillait de la peau ou de la laine de ses animaux, brûlait le bois de la forêt voisine. Il n'allait que rarement au marché pour vendre, plus rarement encore pour acheter. Mais on sent bien qu'ailleurs c'est un passé qui s'en va. Platon voudrait le sauver tout entier, et, parti de l'histoire, il rentre dans l'utopie, par la préoccupation de créer quelque chose de définitif, en éliminant, par hypothèse, l'action du temps. Tous, nous rêvons, en quelque manière, de

soustraire nos œuvres à ce terrible destructeur. En matière politique ot sociale, les utopistes se font une société parfaitement tracée sur le papier, où tout est tiré au cordeau, aligné et fixé à perpétuelle demeure : hélas ! la vie seule en est bannie et, avec ses alternatives et ses péripéties, le progrès. Platon, lui aussi, a voulu arrêter la marche du temps, établir, ne fût-ce qu'en un roman, les hommes dans un bonheur ininterrompu ; il a rêvé une cité qui, une fois créée, ne devrait pas fatalement passer par les épreuves qui attendent toute société humaine et pour la mettre à l'abri de tous les orages, il lui a paru que le moyen le plus sûr était de retrancher de ses destinées le progrès matériel : pas de commerce ni d'industrie, si ce n'est dans la limite des nécessités inévitables ; la vie purement agricole ; pas d'affaires, pas d'argent. Et pourquoi ces sacrifices ? Pour supprimer les deux plus grands maux de ce monde : la richesse et la pauvreté. « La défense de travailler à s'enrichir d'une manière excessive est très propre à inspirer la modération et toutes les lois qui entrent dans notre plan d'éducation tendent au même but (*). »

Et d'autre part : « si quelqu'un s'avise de mendier et d'aller ramassant de quoi vivre à force de prières » les magistrats le chasseront « afin que le pays soit tout à fait débarrassé de cette espèce d'animal » (-).

En dernière analyse, tout ce rêve tend, pour reprendre un mot de Taine, à faire entrer les hommes dans un grand couvent Spartiate. Pour y être heureux, ils devraient être tous des saints. Platon a-t-il cru réellement qu'ils pourraient l'être jamais ? Il a du moins pris plaisir à se les figurer tels et un pareil songe d'un si grand esprit nous relève à nos propres yeux.

(*) XI 936 C : OTuw; tj y^wpa toO toioutou ^mo^j xaOapà Yt'yvrjTa'.

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