II
jeunes gens, vswTaTO'., les vieillards, -pc-r-jÛTaTo-, et ceux des métèques qui sont astreints au service d'hoplites, xal usToîxwv oa"0', OTrXvra». r,a-av. Les vswTaTO'. sont les jeunes gens de 18 à 20 ans; les r.pz^liùzy.'zoï sont les vieillards de 50 à 60 ans. Les vsw-aTOî. représentent l.iôO hommes ; les TrpsTS'JTaToi, 2.750. Soustrayons ces deux chiffres, soit 3.900 de Kî.OOO, nous trouvons 12.100 métèques, mais il ne s'agit que des métèques astreints au service d'hoplites, c'est-à-dire de 18 ans à 60 ans. Les hommes de 18 à 20 ans et ceux de 50 à 60 ans sont compris : le service des métèques est le service de garnison ; on peut croire qu'il commence à 18 ans et finit à 60. Pour avoir le chiffre exact des métèques adultes, il y a lieu d'ajouter les hommes de plus de 60 ans soit 2.000 : nous obtenons 14.100 métèques adultes.
Il faudrait encore ajouter les métèques qui sont dispensés du service militaire. Je n'hésite pas à croire que s'il y en avait, ils étaient peu nombreux ; la plupart des métèques exerçaient à Athènes des industries ou des métiers lucratifs; telle était la raison d'être de leur séjour à Athènes. Il devait donc y avoir peu de pauvres parmi eux. Quoi d'ailleurs de plus naturel que d'admettre qu'Athènes, en échange de sa protection, leur imposait à tous, sans distinction, l'obligation du service militaire?
De plus, tout en acceptant le texte de Thucydide, tel qu'il est, je crois que le chiffre de 16.000 hommes est un chiffre exagéré : il s'agit d'une armée de réserve et l'on sait que, dans tous les pays et dans tous les temps, les hommes d'état ont eu l'habitude de grossir l'importance de la réserve. Ce que Périclès a voulu dire, c'est que l'État pouvait disposer d'un fort contingent de métèques (12.100 d'après mes calculs) : il n'a pas voulu dire que ces métèques étaient réellement équipés et enrégimentés. Ils ne Tétaient pas d'ailleurs, comme je vais le montrer. Pour tous ces motifs, je ne pense pas qu'il y ait lieu d'augmenter le chiffre de 14.100. Contre 30.000 citoyens.
il nous donnerait la même proportion que celle du recensement de Démétrius. Je ne vois aucune raison de la changer pour le V^ siècle.
Ces conclusions ne sont pas arbitraires; on ne peut invoquer contre elles l'effectif de l'armée de Périclès, dans son expédition contre la Mégaride ('). Périclès avait avec lui 10.000 hoplites et 3.000 métèques. Cette expédition était une promenade militaire, une occasion pour Athènes d'étaler ses forces. Il était donc de son intérêt de mettre sur pied tous les métèques ; or il ne s'en trouve que 8.000, ce qui paraît montrer l'exagération du chiffre de 12.100 auquel nous avons abouti tout à l'heure ; mais on peut répondre : ce n'était là qu'une partie des métèques et ce corps remplaçait les 3.000 hoplites athéniens retenus devant Potidée. On peut répondre encore et c'est ce qui me paraît le plus probable : il est vrai, à ce moment, 3.000 métèques seulement sont en état de faire la campagne; il n'en résulte rien ni pour ni contre le chiffre de 12.100. Périclès a affirmé l'existence d'une réserve de 16.000 hommes, parmi lesquels nous comptons 12.100 métèques. Au moment du danger, il en trouve 3.000. C'est là une aventure commune dans tous les temps. Une levée complète, pour autant que l'État fût à même de l'armer, aurait pu donner le chiffre que Périclès faisait entrer dans ses prévisions ou s'en rapprocher.
Le récit de la levée en masse en vue de l'expédition de Délion semble offrir plus de difficultés. Démosthène avait emmené avec lui 600 hoplites. Hippocrate enrôla en masse les Athéniens, les métèques et même les étran-
(1) Thuc. II, 31 : [xupt'wv yàp o-X'Ttov oùx sXàacro'jç ^aav auTol 'A6r,vaTot (ywpl? oè au~oTc; o\ h IIoT'.ôaïqc TpioryîXto'. ^aav), {jlsto'.xo». os Ç'jVEaSjSaXov o'j>c èXao-ao'j^ -p'.T/ùJxo'^ oTrX'.Ttov, ywpU oè 6 à'XXoç o'jjl'.Xos •L'.Xiov oùx oXtyoî.
gers ('). Les Béotiens rangèrent en bataille, à Délion, 7.000 hoplites, 10.000 soldats armés à la légère '^iCaoij 1.000 cavaliers, 500 peltastes. Les Athéniens (-) avaient autant d'hoplites, mais ils avaient sensiblement plus de 4"Ao( que les Béotiens (^). Donc, supposons-le : 15.000. Ces chiffres semblent, à première vue, contredire mes conclusions tant en ce qui regarde les hoplites athéniens qu'en ce qui regarde les métèques. Il s'agit d'une levée en masse et, en tout et pour tout, on trouve 7.000 hoplites, aussi bien parmi les citoyens que parmi les métèques et tant dans l'armée active que dans la réserve. Au début de la guerre, la première comprenait 13.000 hommes. Dans la seconde, Périclès, d'après nous, comptait 12.100 métèques, 1.150 citoyens de 18 à 20 ans, 2.750 citoyens de 50 à 60 ans, en tout 16.000 hommes environ. Le total est de 29.000 hommes et il s'est tout à coup fondu : il ne reste que 7.000 hoplites. Mais il faut se souvenir que des 12.100 métèques, 3.000 seulement possédaient l'équipement des hoplites. En réalité donc, le corps des hoplites des deux divisions comptait, armée active et réserve, au début de la guerre {^)j 19.900 hommes, qui sont réduits à 7.000. On venait de passer par la terrible peste des premières années de la guerre du Péloponèse ; elle avait enlevé 4.400 hoplites athéniens (^). La guerre avait aussi fait de nombreuses victimes. Démosthène avait avec lui 600 hoplites ; d'autres étaient retenus, ailleurs; les épibates devaient
(/) Thuc. IV 90 : o ci 'iTiTTOxpâxT,; àvaTtr,7a; 7:avoTj|j.£'', a'JTOo; xac ':oùç [xi-oUo'jc; xal çevojv ocjo- -aprjjav.
(2) Thuc. IV 93.
(^) Ibid. 94 : ôvtî; -oXXaTrXâa'.oi ^tov ÈvaVTttov. (*) Citoyens : 13.000 -f 1.150 -j- 2.750 -f métèques : 3.000 = 19.900.
(3) Thuc. III 87.
être à bord des navires. Enfin il y a lieu de tenir compte d'un fort déchet pour maladies et infirmités dans les classes de 50 à 60 ans.
Hippocrate emmenait avec lui 15.000 soldats armés à la légère. C'étaient des thètes d'abord, c'étaient ensuite les étrangers, c'étaient les métèques, non équipés, pour servir comme hoplites. J'ai obtenu sur 30.000 citoyens majeurs, 9.400 thètes, dont il faut déduire les hommes de plus de GO ans qui sont dispensés du service; il reste environ 7.800 thètes de 18 à 60 ans; j'y ajoute 9.100 métèques, car je déduis des 12.100 métèques qui sont en état de porter les armes, les 3.000 qui sont équipés comme hoplites : total 16.900. On voit tout de suite combien ce chiffre se rapproche des 15.000 ^O.oi d'Hippocrate, car il faut de nouveau tenir compte des ravages de la guerre et de la peste, de la présence à bord des navires d'un grand nombre de thètes et de métèques et aussi du déchet qui se produit toujours dans les levées en masse, surtout dans la partie de la population qui n'a pas fait le service militaire régulier. Les étrangers, ç£vo{, ne forment pas compensation; à ce moment, ils ne doivent pas être fort nombreux à Athènes.
Le récit de la bataille de Délion ne contredit pas nos précédentes évaluations; mais il nous indique que le nombre des métèques est descendu, depuis la guerre, tout comme celui des citoyens (').
Si au chiffre de 14.100 métèques, pour l'époque de Périclès, avant la peste, nous appliquons les constatations de la statistique contemporaine, nous aurons à
(*) Il n'y a pas à se dissimuler que le récit de la bataille de Délion n'est pas facile à mettre d'accord avec le discours de Périclès. Beloch tranche la difficulté, en supposant, dans ce dernier, une erreur de copiste : au lieu de 16.000, le texte original aurait porté 6 000: il y aurait donc eu seulement 10.000
ajouter : enfants mâles en dessous de 18 ans : 8.800, soit 22.900 hommes. Donc 45.800 métèques, hommes et femmes, contre 90.000 athéniens, hommes et femmes (').
Athènes aurait eu, d'après cela, une population libre adulte de 30.000 citoyens et de 14.000 métèques. C'est un peu moins peut-être, car on doit tenir compte des vieillards, qu'il ne faudrait pour justifier cette affirmation de Périclès (^) : il répond à cette crainte, que l'ennemi pourrait débaucher les étrangers qu'Athènes emploie à bord de ses navires et quand même cela arriverait, dit-il, nous et nos métèques, nous embarquant, nous suffirions à lui tenir tête.
On peut croire que Périclès exagère, mais pas de beaucoup : la plus forte des flottes qu'Athènes ait équipée comprenait 250 navires ('') : en admettant 200 hommes par vaisseau, cela fait 50.000 hommes ; donc une évaluation qui en faisant la part de l'exagération, se rapproche de très près de la nôtre. Réunissons les chiffres qui concernent les citoyens et ceux qui concernent les métèques :
Au IV'' siècle, 317-307 : 21.000 citoyens; 10.000 métèques.
métèques adultes environ. Stalil, dans la 3o édition de Thucydide par Poppo, cherche la solution dans une autre correction : il biffe ÔTot ÔT.M-zoL'. ^aav; le chiffre de 3.000 métèques ne dit plus rien pour la statistique.
(^) Inutile de faire remarquer combien en ce qui regarde les métèques, ce calcul est incertain, car rien ne nous dit qu'ils étaient dans les mêmes conditions de famille que les citoyens.
(2) Thuc. I 143.
(^) Remarquez que dans le texte de Thucydide II 13, cité plus haut.. Périclès parle de 300 trières, une exagération semblable à celle qu'il a commise pour l'armée de réserve.
Au V* siècle, avant les guerres du Péloponèse : 30.000 citoyens, 14.000 métèques environ.
Il ne s'agit que des hommes de plus de 18 ans. La conclusion saute aux yeux, si nous essayons une statistique approximative des professions. Les métèques ne peuvent être propriétaires, donc nous devons prélever sur les 30.000 citoyens le contingent de l'agriculture : impossible de l'évaluer; mais on peut dire que les 15.000 métèques forment le gros du contingent de l'industrie et du commerce.
Les Esclaves.
Pour la connaissance exacte de l'état économique et social des cités grecques, rien ne serait plus précieux que la possession de chiffres certains ou tout au moins d'évaluations quelque peu autorisées qui nous permettraient de faire la statistique de la population servile. Nous n'en sommes pas là malheureusement et nous devons nous contenter de chiffres probables seulement ou vraisemblables, tant sont imparfaits les moyens dont nous disposons pour les établir. Les textes ne manquent pas, mais il suffit de les lire pour que l'exagération de leurs données saute aux yeux. D'après les convives du banquet d'Athénée ('), le recensement de Démétrius de Phalère aurait révélé, en Attique, la présence de 400.000 esclaves. L'autorité invoquée à l'appui de ce chiffre est Ctésiclès; mais deux autorités bien plus grandes sont encore citées : c'est Aristote avec le chiffre de 470.000 esclaves pour Ègine ; c'est Timée avec 460.000 esclaves