II. XV
sont nées. IJ est nécessaire de considérer de plus près ces deux faits et d'examiner les conséquences qui pourraient en être tirées.
Lorsque les premiers résultats des fouilles de Soliliemann furent connus, la question qui se posa tout d'abord fut celle de savoir qui étaient les Mycéniens (*) : Hellènes, Cariens, Phéniciens, barbares du Nord? Le débat paraît clos aujourd'hui et l'on peut affirmer que les Mycéniens étaient les ancêtres des Grecs de l'histoire.
A ce problème s'en substitua immédiatement: un autre : dès l'origine il avait été aperçu ; mais au fur et à mesure que les découvertes se multipliaient, la conviction se formait que la civilisation mycénienne avait rayonné bien en dehors de l'Argolide; sur de nombreux points de la Grèce, on en retrouvait les traces. D'où venait-elle? L'archéologie chercha son origine en Asie, sans trop pouvoir distinguer le peuple qui avait eu l'honneur d'être le maître des Grecs. On nomma l'Egypte (-), la Chaldée ('), les Hittites (*), même la Perse, et comme entre l'Orient et l'Occident, il fallait un intermédiaire, on proposa pour ce rôle les Phéniciens. Le problème se compliqua encore : les ibuilles en Egypte, en Italie, en Sardaigne, en Espagne et ailleurs,
(') Je ne touche pas à la question de savoir qui étaient les plus anciens habitants de Troie. 11 est possible qu'ils ne fassent pas Grecs, quoique leur civilisation soit la même que celle des peuplades grecques de la mer Egée.
(*) F. Pétrie The egyptian bases of Greek history J. of hell studies XI, 271-7. Notes on the antiquities of Mykenœ ibid. XII 199.
(*) Perrot Hist. de l'Art VI 452 signale l'influence assyrienne dans des objets découverts à Gortyne.
(*) S. Reinach La Crète mycénienne Anthrop. 1894, admet le caractère hittite de la civilisation mycénienne, mais le foyer primitif de cette civilisation n*est pas chez les Hittites.
mirent au jour des objets qui rappelaient ceux de Mycènes (*). On ne se découragea pas : il suffisait d'allonger les voyages des Phéniciens. Et dans ces siècles reculés, 2000 ou 1500 ans avant l'ère chrétienne, la mer Egée et la Méditerranée étaient sillonnées par leurs navires. " La Méditerranée devint un !ac phénicien „ (*).
La Sicile a été visitée à l'époque mycénienne par les Phéniciens (*). Ce sont eux qui ont recruté en Sardaigne, ces Shardanas qui, depuis Seti I (environ 1400 av. J.-C.) figurent parmi les mercenaires des Pharaons; ce sont eux encore qui ont porté dans cette île les produits de l'industrie mycénienne (*). Les maçons vont de cour en cour et bâtissent pour les souverains, des palaië dans la plaine du Caystre, ou sur les bords du lac Copaïs (*).
(*) Tombeaax à coupole en Sicile près de Syracuse, en Étrurie, en Portugal, en Sardaigne; dans les îles Baléares, des tombeaux de pierre qui rappellent les tombes à coupole. Â ce sujet, Meyer remarque qu'il est difficile de savoir s'il les faut attribuer à un développement analogue ou à une transmission. Dans ce cas, les intermédiaires seraient encore les Phéniciens, Gesch. des Altert. II 166. Meyer est plus hardi pour les emprunts faits aux Phéniciens par la Sardaigne.
^*) Meyer 1. c. II, 142.
{^} Orsi Monument! antichi II 34.
(*) Meyer 1. c. II 208. Voir sur cette identification douteuse des Shardanas et des Sardes Busolt Grr. Gesch. V 110.
Bulletin de la Soc. nation, des Antiquaires de Franpe 1897 : D'après £. de Rougé, des figurines du musée de Cagliari semblent être des représentations de ces guerriers Shardania ou Shardagnes autrefois soudoyés par les souverains d'Egypte. M. Babelon croit que les Sh. n'étaient pas un peuple localisé mais un rameau s'étendant sur toute l'Europe du Sud.
(5) Meyer 1. c. 165.
De nouvelles découvertes vinrent encore multiplier les difficultés du problème : ce n*éta\t plus seulement la civilisation mycénienne que Ton rencontrait en dehors du lieu d'origine qui lui avait été attribué; la civilisation antérieure, la civilisation égéenne, se révélait tout à coup sur les points les plus opposés, en Egypte, en Italie, en Espagne. Pour expliquer cette apparition, il suffisait de reculer dans le temps les expéditions commerciales des Phéniciens. Dès une très haute antiquité, ces hardis navigateurs servent d'intermédiaires entre les habitants des côtes et des îles de la mer Egée et ceux de l'Italie. Les Ëgéens ne restent pas inactifs et ce sont eux qui visitent l'Espagne entre l'an 3000 et l'an 2000 avant notre ère.
L'existence de très anciennes relations des habitants de la Grèce avec l'Asie et même avec certains peuples de l'Europe est un fait qui est hors de doute. Déterminer les résultats réciproques de ces relations, rechercher ce que la Grèce emprunta à l'étranger, ce qu'elle lui donna en retour ne rentre pas dans notre tâche. Nous nous contenterons d'observer que ces relations ne furent pas aussi étroites ni aussi dépendantes du côté de la Grèce qu'on ne se l'imagine parfois sous l'influence de ce que M. S. Beinach a appelé le mirage oriental.
Personne ne contestera ** d'une façon générale, l'influence de l'Egypte, de la Chaldée, de la Phénicie, sur la civilisation ancienne de la Grèce et l'Italie „ (').
(\) S. Reinach Le mirago oriental L'Anthropologie IV 1893 539 et 699. ** D'une manière générale l'influence de TÉgypte, 'le la Chaldée, de la Phénicie sur les civilisations anciennes de la Grèce et de l'Italie ne peut être révoquée en doute par aucun archéologue bien informé. Mais on doit essayier d'en préciser la nature et les dates, de mettre en lumière ce que le courant européen a fourni de matériaux, de formes et d'idées à une œuvre évidemment très complexe, qui doit être analysée avec patience et non jugée en bloc „,
D'autre part, de quel droit représente-t-on les Griacs de Mycènes, comme des barbares qui ont besoin de tout apprendre d'autres peuples? Qui saurait dire quel était le patrimoine commun des peuples aryens (*), ce que les Hellènes en apportèrent avec eux dans leur pays, ce qu'ils y ajoutèrent? Enfin, est-on bien sûr que l'Orient n'ait jamais rien reçu de l'Occident ? On peut trouver audacieuse " l'hypothèse d'une civilisation néolithique primitive ayant rayonné en éventail de l'Europe du Nord „ : on ne saurait nier la possibilité et la réalité de réactions exercées par l'Occident sur l'Orient.
Si grande que l'on fasse la part de l'originalité dans la civilisation mycénienne, elle a reçu un appoint sérieux de l'Asie; d'un autre côté, elle offre des analogies avec la civilisation primitive de l'Europe : ces analogies s'expliquent ou par des emprunts faits à une source orientale commune, ou c'est Mycènes qui imite, ou c'est elle qui est imitée. De toutes façons, entre l'Asie et l'Europe et entre les différentes régions de celle ci, des relations ont existé à une époque très reculée.
J'arrive à la question qui nous intéresse surtout. Sous quelle forme ces relations s'exercent-elles? Par la voie de mer ou simplement par la voie de terre, de proche en proche, les idées «et les formes artistiques passant de l'un à l'autre ?
Si elles prennent la voie de mer, par qui s'exercentelles, par les Phéniciens seuls, ou par eux et par les Egéens d'abord, puis par les Mycéniens?
Chez tous les peuples qui n'ont pas dépassé l'état de nature, les migrations d'idées et d'objets artistiques
(') S. Reinach Casques mycéniens et illyriens Anthrop. 1896 270 affirme Texistence d'un capital artistique primitif. Cette civilisation était celle de r£urope entière. Elle était la civilisation des peuples aryens, commune à tous.
Suivent d'abord la voie de terre. Elles supposent non un commerce maritime^ ni même un véritable commerce terrestre, mais seulement des échanges de voisin à voisin. Les produits d'une nation circulent ainsi chez les autres peuples et parfois, franchissant de nombreuses étapes, arrivent bien loin de leur point de départ.
D'où proviennent ces haches de jade que Schliemann (*) a rencontrées à Hissarlik? Leur provenance la plus lointaine est le centre de TÂsie, dans les monts Kuen-Lun. La précieuse pierre a passé de main en main depuis son lieu d'origine jusqu'aux rives de TAsie- Mineure.
Un autre exemple nous esb fourni par ces petites idoles grossièrement modelées, qui représentent une femme dont les mains croisées sur la poitrine pressent les seins. C'est la déesse qui personnifie l'éternelle fécondité de la nature. " C'est en Chaidée que ce type a dû prendre naissance, puis, de proche en proche, il s'est répandu chez les nations voisines. Il paraît être arrivé, par l'intermédiaire des populations syro-cappadociennes, jusqu'aux riverains de la mer Egée „ (*). Et faut-il rappeler les migrations mystérieuses de l'ambre et de ^ l'étain ? (')
Est-ce là le seul moyen par lequel, aux époques égéenne et mycénienne, l'Europe et l'Asie ont été mises en communication ?
Les premiers, les Phéniciens ont créé le commerce maritime et international. Ce petit peuple était admirablement placé pour accaparer tout le marché des pays que baigne la Méditerranée. Il avait derrière lui ou à côté, les grands empires de l'Orient, l'Assyrie, la Perse,
(') Schliemann Bios 299.
[*) Perrot Hist. de TArt VI 740.
(3) Infra, Livre I, Ch. II.
rÉgypte ; devant lui, la mer. Il prenait pied d'abord dans l'île de Cypre ; de là, une courte navigation condaisait à Rhodes où s'entrecroisaient les routes commerciales vers la mer Egée ('). De Bhodes, trois lignes se dirigent, par la mer Egée : Tune, le long de la côte occidentale de l'Asie vers le Nord, l'autre à travers les Cyclades, vers le golfe Saronique et la baie d'Argos; la troisième par la Crète et Cythère vers la côte Sud du Péloponèse et la mer Ionienne et la mer de Corinthe. Les Phéniciens prirent possession de ces lignes ; ils ne tardèrent pas à les prolonger et ainsi s'établirent en Afrique, en Sicile, en Sardaigne et poussèrent même jusqu'en Espagne.
Mais de quand date leur domination dans la mer Intérieure ? De quand datent leurs relations suivies avec la Qrèce ? Comment, si le commerce international des Phéniciens est dans toute sa prospérité, dès l'époque mycénienne, comment retrouve-t-on à Mycènes, si peu d'objets que l'on puisse, d'une façon certaine (*), attribuer à l'art phénicien (') ?
\^) O. Noël Histoire du commerce du monde Paris 1891 T. I Temps anciens et moyen- âge.
(^) Images d'Astarté, etc. Helbig Hom. Epos^ 83. Et de même poar TEspagna : on n'y a découvert qu'un seul monument phénicien de la basse époque.
(^) S. Beinacb Le Mirage oriental 729. Il y a eu un temps où, dans le premier acte de l'histoire grecque, les Phéniciens tenaient le rôle principal. On ne se contentait pas d'en faire de hardis navigateurs : on les appelait en Grèce même. Ils y fondaient des colonies. Corinthe était l'un de lears premiers établissements. Depuis lors, ils ont considérablement déchu : on est généralement d'accord pour leur refuser des colonies. Même leurs relations commerciales avec la Grèce ont perdu de leur intensité. Meyer Gesch. d. Alt. Il 174 reDire l'opinion émise I 204 que la plupart des objets de métal trouvés dans le domaine
Ce n'est point un fait fortuit, si, chez Homère, les marchands Phéniciens sont plus rares dans les parties anciennes que dans les parties modernes des épopées : un certain intervalle de temps s'est écoulé depuis la
de la civilisation mycénienne et à Troie seraient phéniciens et qoe le style géométrique serait d'origine phénicienne.
Les Phéniciens ont de nouveau regagné du terrain depuis le mémoire de W. Helbig sur la question mycénienne Mém. Acad. Inscr. XXXV 1896 ; tous les produits de la civilisation mycénienne seraient phéniciens; les objets en métal et même les céramiques auraient été importés par le commerce phénicien. D'après M. Pottier, la céramique serait indigène, mais fabriquée d'après les modèles orientaux, Musée national du Louvre, Catalogue des vases en terre cuite 1'® partie. Cf. du même auteur Rev. Et. Gr. VII 1894 117.
Je ne puis donnerici à Pexamen de ces questions tous les développements qu'elles méritent : deux thèses sont en présence, la thèse " phénicienne ,, de Helbig et la thèse ^ anti-phénicienne „ de Be^och. Les considérations sur lesquelles s'appuie cette dernière thèse me paraissent très fortes. Il me semble en outre que, pour rendre son argumentation tout à fait probante, M. Helbig devrait dater d'une façon certaine, les objets trouvés à Mycènes, qu'il attribue aux Phéniciens. Il est vrai, dans l'épopée, ce sont ces derniers qui apportent en Grèce les œuvres d'art les plus précieuses; il ne nous est pas démontré que les trésors artistiques de Mycènes ^ne se sont pas formés, en partie, dans les derniers temps de l'époque mycénienne.
L'hypothèse de M. Helbig peut rendre compte de certains faits, tels que l'extension dos types mycéniens; mais elle manquera de base solide, tant que nous resterons dans l'ignorance des productions anciennes et de l'histoire de l'art phénicien. La thèse ^ antiphénicienne ^ n'exclut d'ailleurs pas toute relation entre la Grèce et la Phénicie : c'est l'intensité du commerce, à ces époques reculées, qui est contestée. On pourrait admettre l'importation de bon nombre des objets mycéniens : encore le commerce qui les aurait apportés ne serait-il pos nécessairement un " grand commerce maritime et international „, puisque cette importation se répartirait sur plusieurs siècles.
composition des premiers chants ('). Les Phéniciens, durant cet intervalle ont étendu leurs entreprises ; dans les siècles contemporains des premiers essais de Pépopée, ils sont semblables à ces oiseaux de passage qui ne se montrent que de loin en loin, selon les hasards des saisons ou des années : plus tard, ils vont et viennent de l'Asie à l'Europe ; les Grecs se sont familiarisés avec enx, leur ouvrent leurs ports et s'habituent à recevoir de leurs mains «les marchandises qui forment la cargaison des navires.
Si même, dès avant Homère, les Mycéniens ont été visités par les commerçants phéniciens, ils ne se sont pas laissé tenter par leur exemple. Ils n'étaient pas étrangers à la navigation ('). Mais à l'époque d'Homère encore, le Grec contemple la mer avec terreur. Son imagination peuple les régions lointaines, de monstres redoutables. Lisez tout spécialement l'Odyssée : vous aurez cette impression que la mer est cruelle, que son immensité est peuplée d'épouvantes, que ses colères sont subites et irrésistibles. Le poète qui a conté les voyages d'Ulysse n'appartenait pas à une race habituée à la mer. Les peuples maritimes aiment l'Océan, même dans ses fureurs. Les Vikings d'autrefois se raillaient de ses
(*) Beloch G. G. I 73. Le même Die Phoeniker im aegeiscben Meer Rh. Mus. 48 1893. Voir encore sur l'apparition relativement tardive du commerce phénicien dans la Méditerranée, v. Dahn Gesch. Campaniens 142 ; cf. Helbig Hom. Epos* 21. D'après les découvertes archéologiques, relations commerciales actives entre la Phénicie et la Crète au 8» et au 7e siècle, F. Halbherr et P. Orsi Museo Italiano II 1888 689.
(*) On a même remarqué que les Grecs se sont familiaripés avec la mer, à une époque antérieure à celle de leurs relations avec les Phéniciens. On en donne comme preuve que les termes de marine sont purement grecs, Schrader Handelsgeschichte und Warenkunde lena 1886 43.
emportements et de ses mystères. Sur leurs frêles embarcations, ballottées par les flots et les vents, ils luttaient des avirons et de la voile et, entraînés par les courants ignorés, ils s'en allaient hardiment à la découverte des nouveaux mondes.
Il faudra bien longtemps pour que le G-rec acquière cette hardiesse, pour que la mer cesse de lui inspirer une certaine peur. Cette impression ne s'est pas dissq)ée à l'époque d'Hésiode (Vil* siècle) (') ; le marin ne se risque pas en toute saison; l'on dirait un novice qui craint de perdre de vue la côte et qui, au moindre coup de vent, tremble pour sa vie.
Mais où sont, dans l'Iliade et dans TOdyssée, les commerçants grecs? Et cependant ces poèmes marquent le sommet de la civilisation mycénienne : faudrait-il admettre qu'en se développant, elle serait retournée en arrière, à la phase agricole (') ? On l'a remarqué d'ailleurs, les plus anciennes cités de la Grèce sont bâties à une certaine distance de la mer (^). Mycènes en est éloignée de 15 kilomèti es, Troie etTirynthe en sont plus rapprochées, mais elles paraissent avoir été bâties plutôt pour dominer la plaine. S'il n'y a pas eu, chez les Ëgéens ni chez les Mycéniens, de commerce maritime, bien moins encore y a-t-il eu une véritable industrie. Certes les remparts de Mycènes ne sont pas l'œuvre grossière d'une peuplade de sauvages : ils attestent la connaissance de l'art des fortifications. Â Tirynthe,
(•) Œuvres et jours.
(*) C'est ce que ne criaiiit p.is de soutenir Scliuchhardt : les Achéens étaient un peuple de navigateurs et entretenaient des relations commerriales avec les îles de la mer Egée et les côtes d'Asie. Plus tard ils abandonnèrent le commerce avec ces régions aux Phéniciens, Schuchhardt Schliemann's Ausgrabungen.
(^) Thucydide a déjà fait cette remarque I 7.
comme à Mycènes, des peintres, des ornemanistes, des sculpteurs ont travaillé à la construction des palais. Les vases sont Tœuvre d'artistes expérimentés : les objets d'or demandent des mains habiles et exercées.
De tous les produits de Part mycénien, ce sont surtout, sinon uniquement, les vases qui se sont répandus en dehors de la Grèce. Admettons même qu'ils aient été tous fabriqués en Ârgolide, ce qui est douteux; ils ne peuvent fournir un aliment à un commerce considérable, ni susciter une industrie prospère. Ils supposent quelques artistes, créant les formes et les décors. Ils représentent des objets de prix, qui, tant qu'ils sont apportés de l'extérieur, ne sont encore acquis que par les princes et les nobles (').
L'érudition contemporaine se figure volontiers, dans une très haute antiquité, les mers traversées par des
(^) Ce que dit Sittl, vrai pour Tépoqae historique, Test encore bien plus pour l'époque mycénienne. Sittl Kunstarcb. 168 : Da« Altertum kennt, wie das Mittelalter, nur Hausindu-itrie welche je nach den Leben-und Vermôgen Yerhâltniese eines Volkes vorwiegend von Sklaven oder Frauen, auch von dem Herrn des Hanses ausgeùbt wird und das professionsmâssige Handwerk, dagegen keinen eigentlichen Fabrikbetrieb ; dadurch ist die geisttôtende Massenherstellung nach einem Modeli ausgeschlossen. Die ordinàre Arbeit Flechtwerk, Gewebe, grobe Tôpferwaaren und Holzarbeiten) verbleibt zum grossen Teilo der Hausindustrie ; der strebsame Geworbetreibende griibelt also nicht ûber Yerbilligung und Beschleunigung seiner Arbeit nach, sondern bemûht sich nur um deren Yerwollkomnung. Das antike Handwerk ist im grossen und ganzeu Kunstgewerbe und Luxusindustrie. Jeder einzelne arbeitende bedeutet ausser der mechanischen Arbeitskraft auch eine Summe von erlerntem Kônnen und est ist kein Wunder dass die Wôrter « ityyr^ » und « ars », Wissenschaft, Handwerke und Kiinste in dem Gedanken dass jegliche nicht maschinenmassige Arbeit eine Knnst sei, eintrâchtig umfassen.
navires chargés de marchandises : la mer était encore une vaste solitude dont les chemins n'étaient parcourus que par de rares explorateurs. Elle voit à côté du palais du roi, l'atelier, même l'usine, le travail industriel créant la richesse : les Grecs de Mycènes, comme ceux d'Homère, soldats et pillards, s'enrichissent par la guerre. Ils ont de vastes domaines, des troupeaux, des vignobles. L'épée (') et la charrue : voilà les deux instruments qui alors créent le^capital.
Notre deuxième période (VIII*, VIP, VP siècles) voit naître et se développer le commerce et l'industrie. Cependant, ils ne marchent pas de front : le commerce devance l'industrie.
Comme on l'a vu, les Grecs ont commencé par habiter dans des villages ouverts : ceux-ci n'ont entre eux que des relations peu suivies. Il n'existe que l'unité assez relâchée de la peuplade. Cependant, par-ci par-là, certains villages sont montés au rang de villes et de capitales d'états. L'unité d'un gouvernement régulier, se faisant sentir sur tous les points d'un canton et fondant tous les habitants en un même état, devient de plus en plus solide. Dans certains cantons, particulièrement au Nord de la Grèce, cette transformation ne S'accomplit pas et jusque bien tard; ils ne connaissent que les groupements de villages ('j. Ailleurs, à Corinthe, à Athènes, à Mégare, etc., elle est achevée ou en voie de s'achever au VIII'' siècle. L'unification du pays
(') Cf. les vers du Cretois Hybrias Ath. XV 695 F. ''Htzi |xoi tiXoOto; lAsya; odpu xal çiîpo; | xal tô xa/ov Xausïov, •Kpo^Xr^^t-x ypojTo;. I TO'JTOJ yàp àpdi, 'zoj-zty Oîpt'ïto xtX.
(^) Kuhn Die Ëutstehung der Stâdte der Alteu.
s'opère sous la direction du gouvernement central et l'indépendance première des bourgades s'efface peu à peu.
A ce premier fait s'en rattache immédiatement un autre, car il reçoit de celui-là son caractère.
Depuis qu'il s'est manifesté, c'est-à-dire depuis plusieurs siècles déjà, le mouvement colonisateur ne semble pas s'être un instant ralenti. Mais le théâtre sur lequel il se produit, s'est bien élargi. Dans l'Odyssée, l'horizon géographique est déjà plus étendu que dans l'Iliade. Elle connaît d'une façon plus précise l'Italie, l'Egypte. Les Grecs se familiarisent avec ces régions éloignées et peu à peu les débarrassent des monstres dont l'Odyssée les peuplait encore et c'est vers l'Italie que tout d'abord se dirige l'émigration. Celle-ci a pris un nouveau caractère. Aux siècles antérieurs, elle est livrée au hasard : ce sont des bandes qui s'en vont au-delà des mers et se répandent en désordre. A présent l'émigration est mieux disciplinée et mieux dirigée : c'est qu'elle part d'états plus fortement organisés et qu*ici comme ailleurs, l'autorité substitue des plans raisonnes aux entreprises aventureuses des individus. Toutefois ce changement ne s'accomplit pas du premier coup : ainsi la colonisation achéenne et la colonisation locrienne en Italie ressemblent encore aux anciens exodes qui ont peuplé l'Asie Mineure. Il n'est pas inutile de nommer les états de la Grèce propre qui, au VHP et au VII* siècle, prirent une part prépondérante à la colonisation de l'Italie et de la Sicile; ce furent Chalcis (fonda Naxos, Cames avec Erétrie) (^), Corinthe (fonda Corcyre, Syracuse). Athènes à qui l'on attribue un si grand rôle dans
{^^) Ces fondations de Chalcis, d'Érétrie et de Corinthe ne sont citées qu'à titre d'exemples. On trouvera plus de détails dans Busolt G. G. 1*, Beloch G. G. I.
la première colonisation s'abstient : les villes que je viens de citer l'ont dépassée au point de vue de la richesse et de la puissance.
Bientôt, le mouvement se dirige vers les côtes de la ïhrace et ici encore Chalcis et sa voisine Érétrie tiennent la tête.
Au VIP siècle ('), les Grecs tentent la colonisation des côtes de la Mer Noire et cette fois, c'est Milet qui joue le rôle principal. Elle établit dans le Pont 90 villes. La côte européenne, comme la côte asiatique, se couvrent de cités grecques. Mégare mérite aussi une mention pour la fondation de Mégara Hyblaea en Sicile et pour celle de Byzance et de Chalcédoine.
Au milieu du VIP siècle, l'Egypte s'ouvre aux Grecs et ils y fondent d'importants établissements.
Tout à la fin du VIP siècle, de nouvelles régions sont découvertes. Hérodote raconte qu'un vaisseau samien allant en Egypte fut saisi par la tempête et jeté en Espagne, à Tartessos, le riche pays de l'argent (•).
Vers la même époque (vers 600), Phocée fondait Alalia, dans l'île de Corse, et Marseille. Marseille ellemême envoyait comme autant d'essaims peupler Emporiae vers la côte d'Espagne, Nice, Antipolis, etc. sur la côte de Ligurie.
Enfin sur la côte de la Lybie, s'élevait Cyrène. Les Grecs prenaient pied en Afrique.
Au VP siècle, un arrêt se produit. La Grèce se heurte à des puissances rivales. La principale est Carthage. Les Grecs rencontrent les Phéniciens en Afrique d'abord,
(*) Les dates de fondation des colonies sont, on le comprend, fort incertaines. Cf. Pauly-Wissowa : Apoikin.
(*) Hérod. IV J52. Hérodote remarque que ce marché était encore intact, n'avait pas encore été visité, xo oè £|jL7rdp'.ov toOto YÎv àxTÎpaTov ToOtov Tov yprjvov. Il était tout au moins encore ignoré des Grecs.
puis en Sicile, enfin en Espagne. En Sicile. .les deux nations se tiennent en échec. En Espagne, les Phéniciens acquièrent un monopole. Us s'en constituent un pour le commerce avec l'Atlantique : les navires étrangers sont exclus des eaux carthaginoises (*j.
Les Grecs eurent aussi à compter avec un peuple, alors dans tout son éclat, avec les Etrusques : ils les trouvèrent en Campanie. Us les rencontrèrent sur mer et la bataille d'Alalia (vers 535) livrée contre les flottes réunies des Carthagin is et des Etrusques, détermina l'abandon de la Corse par les Phocéens et l'arrêt de la colonisation dans ces régions.
Je ne crois pas que ce soit la seule cause : il y en a une autre dans les changements qui s'opéraient alors dans le régime économique de beaucoup de cités grecques. La coutume ancienne, qui faisait de la terre un patrimoine inaliénable et indivisible, s'en allait. Autrefois Taîné seul avait eu l'administration (*) du lot de terre, du kléros ; le plus souvent il ne suffisait pas à l'entretien de la famille entière et les cadets, plutôt que de rester à la charge de l'aîné et de vivre avec lui et les siens dans la misère, émigraient; ou bien si ce n'était pas la misère qui les chassait de chez eux, fatigués d'être dans la dépendance d'autrui, ils partaient pour la conquête de la fortune et de la liberté. Au VI* siècle, dans beaucoup d'états, ces vieilles coutumes se dissolvaient et d'ailleurs les cités, enrichies par le développement relativement considérable du commerce et même de l'industrie, subvenaient plus aisément aux besoins d'une population plus nombreuse.
L'empire que la Grèce avait conquis restait immense et jamais peuple de l'antiquité ne fut mieux placé pour
(1) Strab. XVIIl, 19.
(') Peut-être méin& la propriété. Cf. Swoboda Kolouisatiou (griechische) Handwôrt. der Staatsw. Suppl. 1897.
le commQroe et pour Pindustrie. Oet empire ne formait qu'une frange, une bordure tout autour des mers (*). Les Grecs étaient semblables à des grenouilles au bord d'une mare (*).
Derrière cette bordure, il y avait des peuples industrieux et riches, comme TEgypte ou les empires de TAsie; ailleurs, des peuples barbares encore, simples dans leur vie, mais nombreux, comme les G-aulois et les Italiens. La Grèce pouvait acquérir chez tous ces peuples une vaste clientèle.
Les cités grecques elles-mêmes offraient un marché des plus étendus et de besoins fort variés. La Sicile et ritalie avaient leur blé ; la Grèce d'Europe et les îles (Athènes, Chio, Rhodes, etc.) avaient le vin ; les villes de la Crimée, le blé encore ; ailleurs, comme en Thrace, le bois; dans le Pont, le poisson, le cuir, les métaux; en Asie (Milet), en Europe (Mégare, Athènes), la laine.
Quand se place le changement que nous venons de constater, quand apparaît le commerce en tant que facteur social, à côté ou en dessous de l'agriculture?
On peut fixer comme date le VHP siècle, mais surtout le VIP siècle {').
(^) Cic. de Rep. II 4. lia ut barbarorum agris quasi adtexta qusddam vider et ur ora esse Graeciee.
(*) Plat. Phed. 109 B.
(^) Beaucoup d'auteurs, par exemple MûUer Privatalt. 476 et Grote Hist. of Greece III Chap. XXI introduisent ici et même au siècle précédent, un événement qui, s'il était certain, serait considérable. La Grèce, disent-ils, s'affranchit alors des Phéniciens et de leur monopole commercial, bien plus, elle institue contre ses anciens fournisseurs une concurrence victorieuse. Sans doute au YII» siècle, le commerce grec est né, il va grandir, mais il n'a pas chassé les navires phéniciens des ports grecs, qu'ils ne visitent d'ailleurs d'une façon régulière et suivie que depuis le siècle précédent. J. Beloch article cité Rh. Mus.
Le VII* siècle est le siècle de l'apparition de la monnaie en Grèce. Aristote (*) en a admirablement décrit la fonction : les hommes débutent par des échanges en nature; mais le cercle des échanges s'élargit et pour assurer, malgré l'éloignement, la circulation des produits dont les uns ont besoin, dont les autres possèdent un surplus, on emploie tout d'abord une matière comme le fer ou l'argent. Cette matière utile par elle-même était aisément maniable ; on la pesait et on la mesurait. Plus tard on y frappa une empreinte qui en indiqua la valeur. Et la conséquence fut le commerce de détail, excessivement simple dans l'origine, mais qui, perfectionné bientôt par l'expérience, révéla, dans la circulation des objets, les sources et les moyens de profits considérables (').
Aristote n'exagère pas la portée du fait qu'il signale : monnaie et commerce sont deux phénomènes concomitants. De plus sous cette nouvelle forme, la richesse devient plus mobile; une plus vaste carrière est ouverte à la spéculation; la monnaie facilite l'enrichissement des uns, la ruine des autres. Enfin, sous cette forme maniable, la richesse est plus tentante : elle sollicite davantage l'avidité, elle excite la cupidité. L'or et l'argent fournissent à l'avarice des joies inconnues et des moyens de les satisfaire. Tels sont les crimes que Platon et Aristote lui reprochent. A leurs yeux, ils ne compensent pas ses bienfaits. Tout n'est pas imaginaire dans ces accusations {^). Pour le moment, il suffit de marquer la grande date que fut, dans l'histoire économique et sociale, l'introduction de la monnaie.
(1) Polit. I 1257 a 30, trad. B. Saint-Hilaire.
(^) Canningham Western civilization in its économie aspects Cambridge 1898 81 : les effets de Tinvention de la monnaie y sont heureusement décrits.
(5) Cf. infia, Livre IV, Ch. II.
Les premières monnaies officielles furent frappées en Lydie, sous Gygès, dans le premier tiers du VII" siècle. Cet exemple fut imité par les cités ioniennes, Milet, Samos, etc. Enfin, un peu avant le commencement du VI* siècle, Égine adopta la monnaie, puis Chalcis et Érétrie, plus tard Corinthe et enfin, au début du VI* siècle, Athènes.
Cette histoire de la monnaie est l'histoire même du développement économique des cités grecques d'Europe : elle marque le rang et l'importance de chacune dans l'ordre même où elles viennent d'être nommées.
Le VII'' siècle n'est pas seulement le siècle de la monnaie, il est aussi celui des inventions industrielles et d'abord la soudure du fer; jusque là, l'ouvrier, fabriquant une cuirasse ou un bouclier, forgeait chaque pièce à part et formait un ensemble à l'aide de rivets et de crampons. C'est ainsi que s'y prend Héphaïstos pour le bouclier d'Achille dans l'Iliade (*). Glaucos de Chios, au dire d'Hérodote (*) trouva le moyen de souder le fer. Peu après, deux Samiens, contemporains de Crésus, Rhoecos et Théodore découvrirent la fonte et le coulage du bronze (^). La céramique fait de son côté de notables progrès (*). Au VUP et au VIP siècle, les types commencent à se diversifier et à se perfectionner.
Il faut noter la création des premières flottes de guerre : elles attestent de grands progrès dans la construction des navires (';. Elles assurent aussi la liberté des mers