Matières premières
Les matières premières principalement travaillées en bonneterie sont surtout la laine et puis le coton. Le lin ne lest plus guère et la bonneterie de soie n'a jamais été très développée dans le pays.
Parfois, pour certains articles ordinaires, on mélange la laine et le coton.
Beaucoup de fabricants achètent leurs laines à Roubaix,
dont les filatures sont particulièrement bien outillées pour le fil de bonneterie. Cependant, les filatures de laine du pays ont réalisé des progrès sous ce rapport et les bonnetiers s'approvisionnent aussi maintenant pour certaines qualités de fils à Verviers, Péruwelz, Tournai, etc. Les fils de coton proviennent généralement du pays, de Gand principalement, mais aussi d'Angleterre. .
Les fabricants achètent d'habitude leur laine en fils. Nous en avons rencontré cependant qui préfèrent acheter les laines en peignés sur la place de Roubaix, pour les faire ensuite teindre et filer à façon dans le pays. L'avantage de ce système est le suivant : il permet au fabricant de mieux se rendre compte de la nature et de la qualité de la laine, qui se manifestent plus clairement dans les peignés que dans les filés.
La laine de Buenos-Aires convient surtout à la bonneterie , celle d'Australie est plus recherchée pour la draperie.
Sur la place de Roubaix, les laines sont généralement achetées livrables par mois, au fur et à mesure des besoins et payables à trois ou quatre mois. Les transactions pour solde donnent lieu souvent à un crédit de six mois.
Nous avons recueilli à diverses reprises les doléances des fabricants sur les droits de douane élevés qui grèvent à l'entrée en Belgique les fils de laine et de coton {i) et aussi sur le préjudice que leur cause V Association cotonnière de Belgique (2), syndicat des filateurs de coton, constitué en novembre 1899 et qui a pour résultat de maintenir à un taux élevé le prix des filés de coton.
Les consommateurs de ces filés, tisseurs et fabricants de bonneterie, tirent argument de l'existence de ce syndicat pour
(1) Cf. Annexe 1.
(2) Cf. De Leener, Les syndicats industriels en Belgique, Bruxelles, Misch cl Thron, 1903, pp. 249-251.
réclamer plus énergiquement que jamais Tabolition des droits d entrée sur les fils de coton, sinon sur les fils de laine.
Nous n avons pas à prendre position dans cette polémique. Il nous suffira, pour en caractériser le ton et pour marquer le point de vue des fabricants de bonneterie, de citer le passage suivant d'une conférence faite à la Société belge des ingénieurs et des industriels de Belgique, par Tun d'entre eux, M. Behaegel-Denys, de Saint-Nicolas (1).
<c Les fabricants de tissus et de bonneterie paient actuellement jusqu a 20 et 25 centimes sur les fils de coton et de laine, ce qui dans les temps ordinaires équivaut à 10 p. c. sur le coton et 5 p. c. sur la laine qu ils emploient. J'appelle « temps ordinaires » pour les filés de coton, ce qui existait avant la formation du syndicat, dont je toucherai un mot tantôt, et pour les fils de laine, ce qui existe aujourd'hui.
» Les associations industrielles de Courtrai et de Saint- Nicolas n'ont cessé de demander au Gouvernement l'abolition des droits. Vains efforts! La filature est considérée comme « industrie nationale » probablement parce qu'elle est représentée par quelques personnalités de poids, exerçant sur nos gouvernants une influence prépondérante et irrésistible, tandis que les fabricants de tissus sont de trop modestes gens pour entrer en ligne de compte. Et cependant, ils sont cent contre un filateur! Et ils emploient infiniment plus de bras qu'eux. Les tisserands belges sont-ils donc moins « nationaux » que les ouvriers fileurs?
» Les agissements anti-nationaux de V Association cotonnière de Belgique sont cependant de nature à ébranler les sentiments de bienveillance que le Gouvernement porte à la filature. Messieurs les filateurs de coton ont, en effet, trouvé
(1) Des moyens de facilUer l'exportation des produits belges, Bruxelles, rimprimerie nouvelle, société anonyme, 1901, pp. 6 et 7.
104 LES INDijSftllES À DOMICILE EN ÈELG^QUÈ
bon de se âyrldl^dèi» et d'imposer aux fabricants belges des prix de fatHiirtë (4); tandis qua l'étranger, ils vendaient les rtiêities fils lO à 15 p c. ttieilleur marché. Cela leUr à si bien rélissi ^Ue lès filaiteûrs de laine vont être lèrités de suivre leur exetaple, ddns la mesure de leurs forces.
» Pourquoi Cette protection de lafilatdfe? De quel droit ces filateUrs prétendent-ils s engraisser par continuation du sang de l'industrie du tissage ?
» l^fe satons-tious pas tous qu'ils exportent letirs fils de laine et de cotôn — et cela dans d'excellehtes conditions — dans là plupart des pays de TEurope? C'est la preuve irréfutable que la (ilattl^e belge a depuis longtemps fait ses dents et h'à puis, par Conséquent, besoin de protection.
>> tl est dOhc évident que le Gouvernemerit tient eh main un moyen puissant de favoriser l'exportation des tissus et de la bonneterie, deux industries similaires à tel poirit (|ne très souVent l'on confond l'une avec l'autre, et deux industries qui oëfeupënt beiiucoup plus de bras qUe toutes lés filatures de lâlile et dé cotoh réutiies. »
UHe âUtrë circonstance qUi amène aussi du trouble dans i'itidUstrife, C'est l'instabilité dans le prix des matières premiètes et notamment dte la laine.
Le marché des laines brutes est réglé sur les places de Lbhdtes et de kbUbaix-Tourcolng. Dans la seule année 1900, le prix (lu kilogramme à ftoubalx a varié de fr. 3.70 à 6.75!
(i) Ilehiâi*q(k'ohs cépendàiit, adkl d'exposer imparUalement Tétat de la qùestiôt), que VAuoicialîon doU)nnière « a pu démontrer, dans un mémoire rëntis à ce sujM au Ministre des finances, à la fin de Tannée 1900, que ses prix étaient, saiif une seule excepUon, restés constamment en-dessous des prix des filés anglais, déduction faite des droits d'entrée et du coût du tran$t>ort » . De Leener : /. c, p. 251. — Le correspondant gantois de la Revue du Travail a résumé avec beaucoup de précision les arguments invoqués de part et d'autre par les tisseurs et les filateurs : cf. Revue du Travaît : juin 1901, pp. 658 à 661; juillet 1901, pp. 756, 757; octobre 1901, p. 1085.
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C'est l'écart qui s'est produit dans une période de 7 à 8 mois.
La laine que le fabricant belge payait, en 1900, 8 francs lé kilo, ne valait plus que fr. 3.50 fin mai 1901 .
De semblables fluctuations doiveht nécessairement amener de sérieuses perturbations dans Tindustrie, en bannir la confiance et la sécurité. Les fabricants n'osent acheter de peur d'une baisse à venir, qui rendra plus tlifficile l'écoulement du produit fabriqué, et lès clients réservent leurs achats en prévision d'une baisse éventuelle (1).
La spéculation exagérée explique sans nul doute, en grande partie tout au moins, cette situation particulière de l'industrie lainière, qui se résout parfois en des crises violentes, comme celle de l'année 1900 (2).