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CHAPITRE I

Recrutement de la main-d'œuvre. ^ L'apprentissage.

Les anciens métiers à bas, français ou anglais, exigeaient pour leur maniement une dépense de force considérable, qui conférait, en fait, aux hommes seuls le monopole du tricotage au métier. .

Ils nécessitaient, de plus, un apprentissage de 4 à 5 ans, dont la tradition familiale se maintenait, comme pour la verrerie et d^autres spécialités, dans un cercle forcément restreint : Tournai, Leuze, Péruwelz.

Cette localisation traditionnelle du métier, ce monopole au profit d une région ou d un sexe, a été rompu, ainsi que nous lavons remarqué déjà, à Tavènement de la machine à tricoter. Le maniement facile de cet outillage permet, en effet, un apprentissage rapide et s*adapte parfaitement à la maind'œuvre féminine et infantile de toutes les régions.

Aussi voyons-nous, à dater de ce moment, cette maind'œuvre refouler progressivement la main-d'œuvre masculine et la supplanter presque entièrement dans une industrie oii

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elle avait jusque-là régné en maîtresse. Et le nouvel outillage, ainsi que rindustrie transformée sous son impulsioii, se répand largement dans les campagnes des Flandres, où se rencontre précisément une main-d'œuvre féminine abondante, à bon marché et inoccupée.

Le recrutement des ouvrières n'est guère organisé dans l'industrie que nous étudions. L'absence d'une bonne organisation du marché du travail se fait particulièrement sentir dans les périodes de prospérité, comme celle qui vient de favoriser la bonneterie. Nous avons signalé, dans le chapitre précédent, la grande pénurie de main-d'œuvre dont l'industrie bonnetière a souffert d'une manière générale au cours de ces dernières années. La difficulté de se procurer des ouvriers et surtout des ouvrières, a été particulièrement ressentie dans le ïournaisis, à Leuze et à Quevaucamps, notamment. Elle a été moins sensible dans la région flamande, où existent de plus grandes réserves de main-d'œuvre. Il faut mentionner aussi les bons offices rendus, sous ce rapport, aux manufacturiers d'Alosl par la Bourse communale du travail de cette dernière ville.

L'apprentissage du tricot à la machine exigerait quelques semaines au plus, pour une personne un peu habile. Les enfants ou les jeunes filles qui font soi-disant leur apprentissage dans les ateliers des ouvrières à domicile ou les ateliers de fabrication à la main perdent un temps considérable à des travaux accessoires, pour lesquels ils sont peu ou pas payés. Il existe parfois de ce chef une véritable exploitation des apprenties et de la main-d'œuvre infantile. « A côté des ouvrières tricoteuses connaissant leur métier, il y a des apprenties qui les assistent, mais ne gagnent rien ou très peu de chose : quelque pourboire après la deuxième année d'apprentissage. Ce sont des petites filles de 10 à 12 ans qui s'occupent à bobiner la laine ou le coton, à ramasser les mailles échappées, à coudre les bas, à les attacher, etc. Leur pour-

boire est payé par la maîtresse ouvrière façonnière ou par Touvrière tricoteuse qu'elles servent » (1).

La loi de 1889 en interdisant l'emploi dans les ateliers d'enfants de moins de 12 ans a^ dans une certaine mesure, enrayé ces abus, mais la prescription légale n'est pas toujours observée (2). Quant aux ouvrières à domicile, ce sont le plus souvent leurs enfants qui les assistent dans leur travail.

Il n'y a donc pas d'apprentissage véritablement organisé et l'instruction professionnelle laisse beaucoup à désirer dans l'industrie de la bonneterie. Un industriel de Saint-Nicolas signalait récemment encore cette lacune dans une brochure que nous avons déjà citée. « Actuellement, disait-il, combien de tisserands y a-t-il qui comprennent le mécanisme d'un métier Jacquard et combien de tricoteuses s'expliquent celui de leur machine Lamb ? Nos ouvriers sont moins intelligents que les ouvriers allemands, parce qu'ils sont moins instruits professionnellement et — il faut bien le dire — parce qu'ils sont moins instruits autrement » (5).

S'il faut constater d'une manière générale le caractère routinier ou inorganisé de l'apprentissage, on nous a signalé toutefois que chez un certain nombre de façonniers de Saint- Nicolas, à côté des ouvriers auxiliaires, on admet de véritables apprenties qui s'initient assez rapidement au maniement de la machine à tricoter.

L'apprentissage, dans ce cas, se paie 25 francs. Il intéresse généralement des fillettes de 13 à 15 ans, qui commencent

ij Cf. Notes Goossens-Neernians (ancien fabricant) dans : Élémenis d^enquête sur le rôle de la femme dans l'indusirie^ les œuvres, les arts et Us sciences en Belgique, (publié à Toccasion de l*£xposition de Chicago). Bruxelles, Société belge de librairie, 1893, p. 61 •

(2) Cf. infra : La législation du travail,

(3) Behaegel-Denys : Des moyens de faciliter l'exportation des produits belges. Bruxelles, 1901, p. 8.

à faire le rebroussage, puis se mettent à tricoter. Elles ne sont pas payées pendant les 5 ou 6 premières semaines. L ouvrage qu'elles font au cours de cette période de début et qui est naturellement de qualité très médiocre, appartient au chef d'atelier.

Nous devons mentionner encore que les ateliers de fabrication, dirigés dans certains villages des Flandres par des prêtres ou des religieuses et dont nous avons parlé plus haut (1), contribuent dans une mesure appréciable à la diffusion du métier et à la formation de la main-d'œuvre.

Ils sont certes à première vue des ateliers de fabrication travaillant pour compte d'un fabricant et c'est à ce titre que nous les avons décrit». Mais ils sont aussi des ateliers d'apprentissage et l'on peut dire que c'est là leur fonction capitale. Ils visent moins au bénéfice, au profit industriel, qu'à fournir du travail à nombre de personnes, qui faute d'occasion ne trouveraient pas à s'occuper au village, surtout pendant la mauvaise saison.

Tel de ces ateliers que nous avons visité, à 0..., dans la Flandre orientale, est dirigé par des religieuses. Créé par le curé de l'endroit, il y a une dizaine d'années, il a introduit dans la région l'industrie de la bonneterie qui y était inconnue. Une centaine d'ouvrières y ont été formées et deux autres ateliers industriels se sont installés depuis dans la commune pour utiliser la main-^l'œuvre formée à l'atelier d'apprentissage.

Telle est donc l'utilité de ces ateliers, dans lesquels le caractère industriel s'efface en quelque sorte pour laisser apparaître au premier plan celui d'école professionnelle.

(i) Cf. supra : p. 93.

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