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CHAPITRE IV

Chômage périodique . — Durée du travail journalier.

La bonneterie n'est pas, à proprement parler, une industrie saisonnière. Elle subit, toutefois, pendant les mois d été, un ralentissement régulier. Ce ralentissement est particulièrement sensible chez les ouvrières à domicile, répandues dans les villages et dans les ateliers ruraux. Les ouvrières délaissent la machine à tricoter pour les travaux des champs pendant Id belle saison (1). Ce chômage périodique se place donc entre les mois de mai et de septembre. Il ne se manifeste guère dans les ateliers des villes.

La durée du travail journalier est illimitée chez les ouvrières à domicile et dépend exclusivement de leur bon vouloir et des facilités plus ou moins grandes dont elles disposent d accorder le travail industriel avec les soins du ménage. Elle est donc extrêmement variable. Nous avons déjà indiqué la durée de la journée de travail pour un certain nombre d'ouvrières dont nous avons observé les salaires. Il faut constater que le souci de s'assurer un salaire suffisant entraine souvent les ouvrières à domicile à prolonger d'une manière démesurée leur

(t) C'est là un fait général. U entrave parfois la marche régulière de Tindustrie, surtout en période de prospérité. On mande, par exemple, en août I90S, à la Rttmedu Travail (septembre 1902, p. 882), que TactlTité est très grande à Quevaucamps, en bonneterie, « maisqu*on développerait bien plus cette industrie, s'il n*y avait manque de bras, malgré Tappel d'ouvriers des villages environnants. Cette pénurie se fait sentir particulièrement à cette époque de Tannée, les ouvriers et ouvrières restant faire la moisson » .

travail journalier, qui atteint ainsi parfois 13, 14 et 15 heures (repos non déduits).

Le Recensement industriel de 1896 a réparti les entreprises et les ouvriers recensés d'après la durée du travail. Observons que le Recensement entend par durée du travaill a durée quotidienne effective du travail, repos déduits. Dans la bonneterie, le travail de nuit est inconnu, au moins d'une manière normale. Il s'agit donc du travail de jour seulement.

Cela étant, voici les données recueillies par le Recensement sur la répartition des entreprises et des ouvriers à domicile de la bonneterie, d'après la durée du travail (1).

Sur 36 entreprises de bonneterie à domicile, la généralité des ouvriers travaillent par jour (repos déduits) :

Plus de 8 à 9 heures,

dans 2 entreprises.

— Hi/2àl2 —

Un nombre variable ou indéterminé d'heures : dans 8 entreprises.

Le nombre d'ouvriers et d ouvrières de la bonneterie à domicile, dont la durée quotidienne effective du travail (repos déduits) a été recensée, était de 58.

Cette durée était de :

Plus de 8 à 9 heures, pour 1 homme et 1 femme de moins

de 16 ans.

— 9 à 10 — pour 28 personnes, dont 2 hommes e|

11 femmes de moins de 16 ans; 15 femmes de plus de 16 ans.

— 10 à 10 1/2 — pour 3 personnes : 2 femmes de moins de

16 ans; 1 femme de plus de 16 ans.

(1) Receniementinduslriel f896, vol. VIH, cadres VII et VHI. Il s'agit uniquement ici des entreprises de bonneterie à domicile occupant des ouvriers étrangers à la famille des exploitants.

Plufi de 10 t /â à il heurea* pour 12 personnes : 3 feiniues de moins de

16 ans; 9 femmes de plus de 16 ans.

— 11 à 11 1/â — pour â femmes de plus de 16 ans.

— 11 1/âà 12 — pour 5 personnes, dont : 2 hommes de

moins de 16 ans ; 2 hommes et 1 femme de plus de 16 ans.

Nombre variable ou Indéter- i 6 personnes : 1 femuie de moins de 16 ans; miné d'heures. \ 5 femmes de plus de 16 ans.

Pour les ateliers de fabrication à la main d articles de bonneterie, les opérations du Recensement ont porté sur 185 entreprises et 2,588 ouvriers et ouvrières employés dans ces ateliers.

La généralité des ouvriers travaillait effectivement :

8 heures et moins, dans 1 entreprise.

Plus de 8 à 9 heures, dans 3 entreprises.

12 heures, dans

Nombre variable ou indéterminé d*heures : dans 25 entreprises.

Si Ton fait abstraction de ces dernières, la durée de la journée de travail était donc comprise entre 9 et 1 1 heures dans 150 entreprises sur 160.

Le personnel ouvrier occupé dans les ateliers de fabrication à la main était de 2,588 personnes, dont %lSi femmes et 206 hommes.

La durée de leur travail effectif était de :

8 heures et moins .... pour 23 personnes : 17 femmes de moins

de 16 ans ; 6 femmes de plus de 16 ans.

Plus de 8 à 9 heures : pour 8 personnes : 4 femmes de moins de

16 ans; 4 femmes de plus de 16 ans.

— 9 à 10 — pour 565 personnes : 134 femmes de moins

de 16 ans; 9 hommes de pins de 16 ans;

422 femmes de plus de 16 ans.

L INDUSTRIE DE LA BOxNNETERIE 1 5 1

Plus de iO à 10 1/2 heures pour 505 personnes: 20 hommes et 196

femmes de moins de 16 ans; 20 hommes et 269 femmes de plus de 16 ans.

— 10 iy2 à 11 — pour 818 pci*sonnes : il hommes et 181

femmes de moins de 16 ans; 60 hommes et 566 femmes de plus de 16 ans.

— 11 à 11 1/2 -^ pour 289 personnes : 8 hommes et 72

femmes de moins de 16 ans; 59 hommes et 150 femmes de plus de 16 ans.

— Ill/2àl2 — pour 40 personnes : 3 femmes de moins

de 16 ans; li hommes et 2.3 femmes de plus de 16 ans.

— Ï2 — pour 22 personnes : 4 femmes de moins

de 16 ans; 18 femmes de plus de 16 ans.

Nombre variable ou indéler- \ ^*\' "« P*Tîî'* ' ** ^'""lîî*? *•' """?' miné d'heures. ) ""f *«, "7, ' " •""""'«« " »' f«'""'«« *'"

' plus de 16 ans.

Telle est la situation de fait, constatée en 1896. Mais il existe pour les ateliers de bonneterie une journée du travail légale^ établie, en vertu de la loi du 13 décembre 1889, par Yarrété royal du 26 décembre 1892 (1), relatif aux conditions du travail dans rindustrie lainière.

Art. 2. — La durée du travail effectif des enfants et des adolescents âgés de moins de 16 ans, ainsi que des filles et des femmes âgées de 16 et de moins de 21 ans, ne peut dépasser onze heures et un quart par jour.

Art. 5. — Les heures de travail doivent être divisées au moins par trois repos, dont la durée totale ne sera pas infé-

(1) On avait, au Comeil supérieur du baoaU (séance du 7 novembre 1897, Compte rendu, p. 110), soulevé la question de savoir quel serait le régime applicable dans les flubriques où, d'après les saisons, on tisse soit le coton, soit la laine et dans celles où Ton fabrique des tissus laine et coton? Serait-ce le régime des ûlatures et tissages du lin, du coton,du chanvre et du jutCiOrganisé par un autre arrêté du 26 décembre 1892, ou bien uniformément le régime applicable à l'industrie lainière? il u*a pas été répondu à cette question, et c'est le régime de l'industrie lainière que l'on applique aux ateliers de bonneterie.

lieure à une heure et demie. Le repos du milieu du jour ne sera pas inférieure à une heure.

La journée légale de 41 1/4 heures nest strictement applicable dans les ateliers de bonneterie qu'aux personnes protégées : enfants et adolescents de moins de 16 ans, filles et femmes de plus de 16 ans et de moins de 21 ans. Mais, comme ces personnes protégées se rencontrent en majorité dans les ateliers, on peut considérer ce régime comme normal et général. C'est ce qui 'découle dailleurs des constatations du Recensement.

Rien n'empêche cependant les femmes âgées de plus 21 ans de prolonger leur travail au delà de cette limite.

Nous remarquerons aussi que ces 11 heures ne représentent pas, en fait, la durée effective et utile du travail journalier, « la fille la plus robuste ne pouvant manœuvrer son métier à jet continu pendant vingt minutes. Aussi ne lefait-^lle pas : elle interrompt son travail par autant de repos qu'il lui plait d'en prendre, de sorte que la meilleure ouvrière ne dépasse pas 9 heures par jour, et il n'y en a pas dix sur cent qui donnent cette somme de travail ; beaucoup d'entre elles ne travaillent pas plus de 7 heures des \ 1 heures qu'elles sont à l'atelier, le reste du temps étant perdu en déplacements inutiles et en repos, avec ou sans causeries (i) ».

Dans certains ateliers d'apprentissage, dont nous avons parlé, la journée de ti*avail ne dépasse pas 10 heures et l'aprèsmidi du samedi est libre (2).

D'autre part, comme la journée de travail ne subit aucune limitation légale dans les ateliers dits familiaux, où ne sont employés que des membres de la famille, sous l'autorité soil' du père ou de la mère, soit du tuteur {loi du 13 décembre

(Ij D'après les observations de M. Behaegel-Denys, /• c, p. 10. (2j Cf. supra, p. 444.

1889, art. i), on constate assez souvent que les ouvrières, après avoir achevé leur journée à l'atelier, continuent à travailler clans ces ateliers familiaux ou bien, si elles restent chez elles, s'occupent encore à divers travaux de bonneterie : remmaillage de bas, etc. (1).

Une question connexe à celle de la durée de la journée de travail, est celle du rendement utile du travail de l'ouvrier ou de l'ouvrière.

A ce sujet, il nous paraît intéressant de transcrire ici les observations d'un fabricant, consignées par lui dans une brochure que nous avons eu l'occasion déjà de citer à diverses reprises (2).

« On constate généralement, dit-il, que le rendement est le moins élevé le premier jour de la semaine : c'est la fatigue du dimanche « jour de repos » qui influence le travail du lundi ; l'ouvrier arrive énervé à la fabrique et tient difficilement en place. Aussi dans beaucoup d'établissements commence-t-on plus tard le matin et le soir cesse-t-on le travail plus tôt. Le mardi se ressent encore du lundi et ce n'est que le mercredi que le rendement devient normal ; il atteint son apogée le jour précédant celui de la paie. La semaine avant la kermesse annuelle se distingue des autres par un rendement plus élevé dun cinquième ou d'un quart (3).

» Généralement un ouvrier se fixe lui-même sa tâche hebdomadaire, il ne tient pas à aller au delà, à moins d'une cir-

(i) et. supra, p. 140; Behaïxïel-Denys, /. c, p. 10.

(2) Behaegel-Denys, /. c, p. 11.

(3) A Tappui de cette observation, nous prions le lecteur de se reporter à la page 141 de cette étude, où nous avons reproduit une liste de salaires payés dans un atelier de façonniers de Saint-Nicolas pendant une période de trois semaines. On remarquera que les salaires de la troisième semaine, du l'** au 8 décembre, qui n'a compté que cinq jours de travail, ne différent guère pour plusieurs ouvrières des salaires des deux autres semaines, où Ton a travaillé six jours.

constance extraordinaire comme celle que je viens d'indiquer, son salaire se maintient durant toute Tannée à peu près uniforme. Ceux qui déploieraient une activité anormale seraient fort mal vus de leurs camarades d^atelier. C'est une des raisons pour lesquelles les ouvriers à domicile produisent davantage, l'autre raison, c'est qu'ils travaillent pendant un plus grand nombre d'heures.

» Ce qui précède s'applique tout aussi bien aux ouvriei's qu'aux ouvrières; j'ai constaté dans un atelier de tricot assez important, que les salaires se répartissent habituellement comme suit :

» Lundi :

1/16^ du salaire hebdomadaire.

» Mardi :

» Mercredi :

» Jeudi :

» Vendredi :

» Samedi :

» Dans ce même atelier, il y a une ouvrière qui ti*availle les 6 jours de la semaine avec une égale activité ; on l'appelle a de sclirok » (la goulue) ! »

Ces constatations se rapportent à la situation dans la ville de Saint-Nicolas. Il est probable qu'elles pourraient se vérifier ailleurs encore. Nous attirons l'attention sur le fait du rendement supérieur des ouvriers à domicile, qui s'expliquerait d'abord par leur isolement même, à l'abri des influences des camarades d'atelier et ensuite par la durée plus longue de leur journée de travail.

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