CHAPITRE VI, L'association
Les groupements professionnels sont rares, tant entre fabricants qu'entre ouvriers.
Les fabricants s'unissent parfois à dautres fabricants d'industries différentes, dans des associations régionales d'un caractère général, destinées à veiller aux intérêts de l'industrie dans une région déterminée, comme, par exemple, la Ligue industrielle et commerciale du Pays de Waes, mais nous n'avons pas rencontré d'associations spécialement com-: posées de fabricants appartenant à l'industrie bonnetière, qui semble n'avoir pas encore élaboré son individidualité spécifique.
Sauf dans certaines circonstances spéciales, par exemple pour adresser des pétitions aux pouvoirs publics pour la revision des tarifs douaniers ou autres questions similaires, les fabricants ne prennent guère contact entre eux.
Signalons toutefois qu'en 1887, les fabricants de bonneterie de Leuze constituèrent entre eux un cartel, dans le but de relever les prix des gilets de chasse, dont le prix de vente était tombé en dessous du coût de production. « Le cartel établit un prix minimum et des pénalités. Mais le relèvement du prix fut cause d'une contraction dans la demande et le& fabricants, sous le besoin de faire rentrer de l'argent, firent des remises de 10 p. c. sur le prix minimum facturé. Faute
de preuves suffisantes, les amendes ne purent être appliquées et le syndicat se désagrégea » (1).
La même absence dorganisation se remarque chez les ouvriers et ouvrières.
Les syndicats proprement dits d'ouvriers bonnetiers n'existent pas. Dans certains centres, comme à Alost, par exemple, les ouvriers de la bonneterie sont affiliés aux syndicats socialistes ou antisocialistes des travailleurs du coton (Jiatoenbewerkers) ou des fileuses.
Ailleurs, on ne rencontre guère, en fait d'associations ouvrières intéressant les travailleurs de la bonneterie, que des sociétés de secours mutuels. A Saint-Nicolas, ville manufacturière à main-d'œuvre féminine très développée, utilisée dans l'industrie bonnetière et l'industrie cigarière, s'est constitué un Vrouwenbond antisocialiste, qui groupe plus de 1,500 femmes et filles-ouvrières. Le Bond der Breidsters, qui s'est organisé au sein de cette fédération, assure à ses affiliées, en outre de certains avantages d'ordre moral et récréatif, des secours en cas de maladie et l'affiliation à la Caisse de retraite de l'État.
Parmi les organisations socialistes, il nous faut mentionner une société coopérative de production et de consommation, fondée à Leuze en 1900, sous le titre de Le Bonnet Rùuge.
Cette société a pour objet la production et la vente d'articles de bonneterie de toutes espèces. Elle a également pour objet d'être une société de consommation, afin de créer des magasins fournissant les marchandises dont les ouvriers ont besoin, et toutes les autres institutions de nature à satisfaire aux besoins intellectuels, moraux et matériels de la classe ouvrière (art. 4 des statuts).
Pour être admis comme sociétaire, il faut, entre autres
(1) Cf. De Li:ener. Les syndicats industriels en Belgique, Bruxelles, 1903.
L LNDLSTRlt: DE LA BONNETERIE ioV
contlilions, selon Tari. 10 des statuts, faire partie depuis un mois d'un groupe, ligue, syndicat, etc., reconnu ou affilié au Parti ouvrier belge (1). ' .
Cette clause révèle le caractère politique de cette société coopérative, sur le fonctionnement et les résultats de laquelle il nous a été d'ailleurs impossible d'obtenir des renseignements précis et concluants.
(1) et Recueil des Acles,,.. annexé nu Moniteur belge du 7 avril i900, p. 155, w^ 1612.