I. — Définition. Qu'est-ce que la bonneterie
L'industrie de la bonneterie, depuis l'époque où elle s'occupait presque exclusivement de la fabrication du légendaire bonnet de coton, qui lui a donné son nom, s'est développée dans des proportions dont on peut se faire une idée, en parcourant l'un ou l'autre des catalogues que les grandes maisons de vente, telles que le Bon Marché^ le Printemps, la Grande Maison de Blanc, etc., ont coutume de publier à chaque changement de saison.
Ce qui frappe à première vue, c'est l'extrême variété des articles qui figurent au rayon de la bonneterie. Ils sont répartis en trois catégories : bonneterie pour dames, bonneterie pour hommes, bonneterie pour enfants. Les bas et les chaussettes de toute matière : laine, coton, soie, fil, de toute taille et de tout prix forment l'article-type. Puis les caleçons, les gilets, les chemises de tricot; les camisoles, spencers, jupons et cache-corsets; les jerseys, vareuses et gilets de chasse; les
capelines, robes d*enfants, manteaux, écharpes, chaussons, moufles; les gants, les châles, etc., etc. La bonneterie fabrique aujourd'hui un nombre considérable d'objets d*habillement. Elle produit toute espèce de vêtements, sauf l'antique bonnet, qui est passé de mode ( I ) .
Aussi, le terme même qui sert à désigner cette branche importante de la fabrication est-il devenu très impropre et mieux vaudrait lui substituer le terme plus exact d'industrie du tricot.
Car, quelle que soit la variété et la diversité extrême des produits de cette industrie, ils présentent tous un même caractère, qui leur confère un même air de famille. Tous les articles de bœineterie sont^ en effet, des tissus à maUles^ issus du point de tricot, diversement combiné.
ce Le tissu tricoté a pour caractéristique d'être produit par Tenchevètrement de boucles ou mailles pouvant glisser les unes sur les autres et à la formation desquelles un seul et même fil suffit; grâce à cette mobilité relative de ses éléments constitutifs, le tissu tricoté est élastique dans tous les sens. .
c( Il tient beaucoup du tissu pour filet de pèche; celui-ci, en effet, est également formé de mailles obtenues à l'aide d'un seul et même fil; mais il a de plus, à chaque maille, des points d arrêt ou nœuds qui font perdre aux mailles la faculté de glisser les unes sur les autres et différencient le tissu à filet du tissu tricoté (2). »
(1) Le bonnet de coton ne se Cibrique plus en Belgique que trèa exceptionnellement et en minimes quantités pour certains vieillards des hospices, etc. En France, à Falaise, dans le Calvados, on en ftibrique encore autant quil y a 50 ans. « Le Midi est le grand débouché du bonnet de coton, il tro«ve une place importante dans tous les trousseaux. Dans le Midi et en Bretagne, il a un emploi macabre : on en coiffe les morts. En dehors de rariide courant, on fait un bonnet fin pour les environs de Caen et de Bayeux. » (ârdouin-Duma- ZET, Voyage en France, 6« série, p. 168.)
(2) AcfiusTE Mortier, Le tricot et Vindustrie de Ui bonneterie. Troyes, Léopold Lacroix, 1891, p. 9.
D'autre part, la différence entre ce tissu et le tissu tramé réside techniquement dans ce fait que ce dernier se constitue par le croisement à angle droit de deux fils : le fil de chaîne et le ftl de trame. Le tissu tricoté, lui. n'exige qu'un fil, indéfiniment roulé sur lui-même.
<c Tandis que les tissus sont formés d'un système de fils parallèles, liés par une deuxième série de fils parallèles également, mais perpendiculaires aux premiers, les tricots sont constitués soit par un fil unique, soit par un ou plusieurs groupes de fils parallèles qui se lient entre eux. Cette particularité caractéristique, le liage des fils, différencie complètement le tissu du tricot : avec le premier, les fils de chaîne sont tendus sur la longueur et passent sous un nombre variable de dtiites (fils transversaux) en suivant le chemin le plus court; avec le tricot, les fils isolés décrivent de nombreuses sinuosités, dont l'élément fondamental, en forme de double S symétrique (SE), constitue la maille. De là, une grande élasticité, qui permet d'étirer le tricot en longueur et en largeur, sans nuire aux fils. De là aussi l'emploi du tricot pour les vêtements de dessous ajustés, tels que les caleçons, gilets, manchettes, etc., comme pour les vêtements de dessus, jaquettes, jerseys, costumes d'enfants, etc. Cette qualité précieuse des étoffes tricotées leur assure une place de plus en plus importante dans l'industrie vestimentaire (1). »
Enfin, les tricots eux-mêmes, selon qu'ils sont constitués! par un seul ou bien par une série de fils parallèles, se divisent en deux groupes, nettement distincts par leur aspect et leur contexture : les tricots à mailles cueillies et les tricotschaîne.
a On entend par tricots à mailles cueillies les étoffes for-
(1) FiUNz Reh, La fabrication de la bonneterie. Manuel pratique, traduit de ralleniand par André Simon, manufacturier. Paris, Roussel et O^, 1893, (actuellement Baudry et Q«), pp. 29-30.
mées au moyen des rebouclements d'un fi! unique sur luimême, et par tricots-chaine (suivant une expression analogue a la chaîne du tissage) les étoffes résultant de révolution d'une ou plusieurs séries de iils parallèles, d'une ou plusieurs chaînes reliées les unes aux autres (1). »