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III. — Les origines de l'industrie et les phases successives

DE SON histoire EN BELGIQUE.

L'art du tricot remonte à une haute antiquité. Le Musée du Louvre conserve, en effet, parmi sa riche collection d'antiquités égyptiennes, une paire de chaussons tricotés, qui proviennent des premières fouilles faites en Egypte par Champollion et comptant environ 3,000 ans d'existence. Ils paraissent avoir appartenu à une personne jeune encore^ probablement à un adolescent de quatorze à seize ans (i).

« Ce débris de l'art ancien du tricot est, pour notre industrie, du plus grand intérêt. Joint à une résille que Ton peut voir dans la même salle, — résille exécutée au crochet et qui ressemble en tous points à celles qui se font aujourd'hui. — il est la preuve d'une véritable science pratique; et, si on rapproche ces deux objets des instruments de travail qui figurent à leur côté, aiguilles, poinçons, navettes n filet, absolument semblables à ceux que nous employons actuellement, on conclut forcément que les Égyptiens étaient parvenus à un degré de civilisation considérable (2). »

Cependant, jusqu'au XIII^ siècle les documents matériels ou écrits attestant d'une manière certaine l'existence de l'industrie du tricot font défaut.

Certains auteurs, Felkin notamment (3), ont voulu, il est vrai, trouver dans des passages de Ylliade, de VOdyssée ou de la Bible, des preuves de l'ancienneté de l'industrie qu'ils

(1) Cf. la description minutieuse qu'en fait un spécialiste, M. Mortier, l. c.» pp. 9 et 10.

(2) Mortier, Ibid., p. 11.

(3) Felkin, l.c, pp. 12-15.

étudiaient. Mais quelque ingénieuse que soit Tinterprétation qu'ils donnent des textes cités, cette interprétation parait bien hasardée et sujette à caution.

M. Mortier explique cette absence de documents par ce fait que les vêtements en tricot n'étaient pas d'un grand usage ou constituaient, comme le gant, par exemple, des objets de luxe. Us ont ainsi passé inaperçus, par suite de leur faible importance (i).

Ce n'est qu'au XIII* siècle, en France du moins, que l'on trouve les premières preuves écrites relatives à l'existence du tricot.

Dans le Livre des métiers, d'Etienne Boileau, qui date du milieu de ce siècle, on cite, à côté des chapeliers de fleurs, de paon, de feutre et de soie, les chapeliers de colon. « Certaines annotations des textes manuscrits de l'époque les désignent aussi sous le nom de chapeliers de gans de lainne et de bonnets et des appartenances et nous fixent complètement à leur sujet : ils faisaient des bonnets et étaient bien les bonnetiers de l'époque (2) ».

Un doute subsiste cependant au sujet de la nature technique des objets qu'ils fabriquaient : ces bonnets étaient-ils du tissu tramé ou du tissu tricoté?

A partir du XV« siècle, en tout cas, les preuves abondent, tant en France qu'en Angleterre, sur l'existence indiscutable de la bonneterie au tricot (5). La fabrication des bonnets précéda celle des bas tricotés, dont on constate ofiiciellement l'existence, à partir du XVI« siècle seulement, dans les différents pays.

£n France, par opposition à ce qui se passait notamment

(i) Mortier, I. c.,p- 14*

(2) Mortier, /. c, p. 16^

(3) \ù,Jbid.p.il.

en Angleterre, celte double fabrication était pratiquée par la même corporation des bonnetiers.

Cependant, la fabrication du bonnet — la bonneterie proprement dite — prit rapidement Tavance et la conserva pendant longtemps. Au XVII« siècle et surtout au XVIII®, la fabrication des bas se développa, au point de supplanter puis de refouler complètement la première, grâce au changement de mode et à l'adjonction de nombreux articles nouveaux, qui viennent enrichir l'industrie du tricot au cours du XIX® siècle.

Ces faits sont expliqués d'une manière très claire dans le passage suivant que j'emprunte au livre si documenté de M. Mortier.:

« Nous avons la preuve officielle qu'en 1534 on connaissait en France le bas tricoté et que, contrairement à ce qui se passait à la même date en Angleterre, où des acts du Parlement de 1563 mentionnent le hosier ou fabricant de bas et le knee cap maker ou fabricant de bonnets au tricot (1), les bonnetiers français étaient devenus des fabricants de bas ; sans rien ajouter à leur titre, sans le modifier, ils avaient joint peu à peu à leur industrie première du bonnet, du gant, des mitaines et « autres appartenances )>, la fabrication du bas. Maîtres de cette fabrication et forts de la rigueur des règlements corporatifs, ils entendaient ne plus s'en dessaisir.

» On peut s'étonner que les chaussiers d'alors se soient ainsi laissés déposséder de ce qu'ils pouvaient considérer comme un droit. Les haut-de-chausses et les bas de chausses qu'ils fabriquaient pour couvrir le haut et le bas des jambes, les sous'chaux, sorte de guêtres montant jusqu'aux genoux, les chaussons qui recouvraient le pied étaient faits en toile, en drap ou en soie, au moyen de morceaux taillés à la mesure du pied ou de la jambe, et assemblés par des coutures ; mais

(i) CfFELKIPÎ,!. c.,p.l6.

il ne parait pas qu'ils aient entrepris d'en faire un tricot. Se désintéressant de ce nouveau vêtement, qui couvrait le pied et la jambe d une seule pièce, ils continuèrent à faire les hautde-chausses, qui devinrent plus tard les culottes et aujourd'hui les pantalons; ils laissèrent aux bonnetiers le soin de faire les bas au tricot.

M Réunis entre les mêmes mains, dans la même corporation, les deux industries du bonnet et du bas tricotés auraient dû, tout au moins à leurs débuts, se développer parallèle-^ ment. La fabrication du bonnet, néanmoins, prit rapidement l'avance sur celle des bas. Mieux que celle-ci, en effet, elle répondait à des besoins immédiats (Smyrne et Chypre envoyaient encore des quantités considérables de bonnets en France en 1600) et la grande consommation de ces produits, assurée par leurs bas prix et leur facile production, lui donna de suite un essor considérable ; elle prit immédiatement rang parmi les industries classées de Tépoque.

» Il n'en fut pas de même de la fabrication du bas. Objets de luxe plutôt que de nécessité, les bas se portèrent, selon toute probabilité, concurremment avec les sous-chaux; d'une production relativement difficile, ils furent coûteux à l'origine et restèrent à la portée seulement d'un petit nombre de consommateurs ; pour ces mêmes raisons, les artisans qui les produisaient travaillaient en dehors de toutes les conditions qui caractérisent la production industrielle, et il faudra attendre jusqu'au milieu du XVIP siècle pour voir leur industrie sortir de cet état d'infériorité.

»' Rien d'étonnant, dès lors, à ce que la bonneterie ou fabrique de bonnets ait été l'industrie caractéristique des articles faits au tricot. Les bonnets furent les premiers objets tricotés, fabriqués industriellement ; les bas, les camisoles, ne vinrent que plus tard.

» Notre bonneterie actuelle, mal dénommée comme on le voit, n'est donc qu'une branche de l'ancienne bonneterie ou fabrique de bonnets. Celle-ci a, pour ainsi dire, disparu avec l'usage de son principal produit, mais le nom est resté (1). »

En ce qui concerne la Belgique, les quelques documents épars que nous avons pu retrouver sur l'histoire de la bonneterie montrent que cette industrie a suivi un développement analogue à celui que nous venons d'esquisser pour la France.

La bonneterie était adonnée primitivement à la fabrication des bonnets et les ouvriers qui la pratiquaient étaient groupés en corps de métiers.

A Tournai, les bonnetiers constituaient le << corps du mestier de aumucherie et bonneterie »• {Ordonnance de 1450.) Nous avons sous les yeux trois ordonnances y relatives, dont deux concernent certaines teintures permises ou prohibées (2) et le troisième le chef-d'œuvre (3). Mais nous ignorons l'organisation et l'importance économique de l'industrie à cette époque. Des recherches d'archives plus étendues amèneraient peut-être des éclaircissements à ce sujet.

A Gand, les bonnetmakers ou bonnetreeders faisaient partie de la corporation des merseniers. Une ordonnance du 9 août 1505 contient le code complet des règlements et des prescriptions relatives au métier (4).

(1) Mortier, /. c, pp. 18-20.

(S) Ordonn. du 20 juillet 1450. Arch. de Tournai. Regist. 397b fol. 370 r>. Ordonn. du 31 mai 1546. Arch. de Tournai. Chartrier, farde : bonnetiers, chaussetiers (1546-1800) .

(3) Ordonn. du 1«' avril 1566 (n. s.). Ibid.

(4) Archieven. StadGent. Inventaris. Charters n^ 260.

Elle fut rendue, nous dit le préambule, pour l'utilité, le profit commun et le gagne-pain de beaucoup de pauvres habitants de la ville.

La réglementation porte d*abord sur la nature et les qualités de la matière première. Cette matière était la laine, qui provenait non seulement de la Flandre, mais d'Angleterre, d'Espagne, d'Ecosse, de Castille. Un fil spécial était employé à la fabrication des bonnets, et tout fabricant ou marchand qui travaillait ou détenait des ouvrages faits avec d'autres fils, soit de drapiers, de tapissiers, de chapeliers, etc. , s'exposait a la confiscation de l'ouvrage et à une amende.

Afin de prévenir les vols de matière première, il est interdit d acheter directement la laine à desesbrousseuses(noppeuses}, peigneuses, cardeuses, fileuses ou tricoteuses et les warderers du métier ont mission de faire des perquisitions aux domiciles de ces ouvrières pour s'assurer qu'elles ne détiennent et ne travaillent pas de la « marchandise déloyale ».

Les bonnets fabriqués sont naturellement de diverses espèces et qualités, pour chacune desquelles l'ordonnance prescrit minutieusement le mode de fabrication, les teintures à employer, etc.

Elle distingue notamment :

1 . Les bonnets de toute première qualité, dont la douzaine vaut 50 scellings de gros et davantage ;

2. Les bonnets doubles, qui valent 12 scellings de gros la douzaine et plus et oeux qui valent moins de 10 scellings ;

3. Les bonnets simples valant en moyenne 5 scellings la douzaine (1).

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