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I. Bas et chaussette

Cet article se fabrique surtout sur les machines à tricoter. Les machines à tricoter sont ou bien la propriété des ouvrières qui travaillent chez elles et à qui le fabricant confie les commandes, ou bien elles appartiennent au fabricant qui les loue à l'ouvrière.

Mais le plus souvent, le travail est organisé en ateliers. Les ouvrières travaillent hors de chez elles sous la direction d'un chef d'atelier, contremaître ou intermédiaire, représentant le fabricant et responsable envers lui, ou bien dans l'atelier d'un façonnier, qui entreprend le travail à façon pour différents fabricants. Ce dernier mode est surtout répandu à Saint-Nicolas, qui est un centre important de la production du bas fin ; le premier est usité à Alost et dans la région qui en dépend.

Le travail en atelier est aujourd'hui préféré généralement au travail à domicile. La production en atelier est, en effet, plus régulière et plus constante. Cette régularité constitue un grand avantage pour le fabricant, elle est la condition

(l'une bonne fabrication et s'impose davantage à mesure que le produit fabriqué est moins ordinaire et plus fin.

De plus, en atelier, le travail est mieux surveillé et, par conséquent, mieux exécuté et plus parfait.

Le travail en atelier est, enfin, particulièrement recommandable pour la fabrication du bas et de la chaussette. Car, les jambes des bas et les bords des chaussettes, d'une part, les piedSy d'autre part, se fabriquent sur des machines à tricoter différentes.

Lorsque la fabrication est décentralisée et fractionnée au domicile des ouvrières, il faut continuellement transporter jambes, bords et pieds d'un endroit à un autre. La centralisation en un même atelier d'un certain nombre de machines bordetiscs ou piétetises facilite donc les opérations. De là, le nombre croissant des petits ateliers de façonniers ou de contremaîtres dépendant directement des fabricants.

C'est le régime actuellement prédominant, surtout dans la région d'Alost et de Saint-Nicolas.

Mais déjà, dans la région de Leuze, Péruwelz, Quevaucamps, une centralisation plus accentuée de la fabrication se manifeste.

Nous avons eu l'occasion de visiter à Leuze un important établissement, qui est organisé entièrement pour la fabrication exclusive du bas et de la chaussette sur un outillage mécanique perfectionné.

Auparavant, la maison avait des ateliers éparpillés dans la région flamande : à Lombeke, Oordegem, Arendonck, etc., comme à Leuze et aux environs. On y travaillait presque exclusivement sur.macljines à tricoter.

Aujourd'huï,la mafî^oîTIt Centralisé toute sa fabrication, saut pour les chaussettes grossières et ordinaires, dont les pieds continuent à se fabriquer à la machine à tricoter et au domicile de l'ouvrière, à qui le fabricant remet les bords terminés.

En fabrication centralisée : tout le tricotage a lieu mécaniquement ainsi que la couture. Il n'y a que le rebroussage (1) qui se fasse encore à la main, par des enfants: jeunes garçons, fillettes, etc.. qui travaillent à la fabrique.

L'outillage qui sert à la fabrication du tricot est très spécialisé. Il existe des machines spéciales pour faire les bords des chaussettes, les jambes des bas et les différentes parties du pied.

Les bords à côtes sont tissés sur une machine à quatre têtes : combinaison de quatre machines à tricoter, dont chacune produit une qualité particulière de tissu : qualité très fine, fine, moyenne et grosse.

Chaque tête produit par jour 12 douzaines de bords. La machine ayant quatre têtes, sa production journalière est de 4 douzaines ou de 576 bords.

Le travail se fait automatiquement. Dès qu'il y a casse de fil on un nœud, la machine s'arrête d'elle-même, par suite d'un mécanisme ingénieux commandé par l'électricité. Cette disposition réduit la surveillance au minimum. Un seul ouvrier suffit au ser\îce de la machine. L'arrêt d'une tête l'avertit de l'existence d'un obstacle au tissage, auquel il peut remédier de suite.

Les jambes sont fabriquées, soit sur le métier à diminution automatique, inventé il y a quelques années seulement et qui donne un travail admirable, sous la direction d'un seul ouvrier, soit sur l'ancien métier Cotton. Ce dernier maintient toujours

(1) Le rebroussage consiste à assembler, à souder ensemble les pieds avec les jambes elles bords des basetchausseUes, qui sont fabriqués séparément. €cue opération s*exécute soit directement sur la machine à tricoter, par Touvriére elle-même — c*est la règle générale dans la fabrique d'Alost — soit sur un peigne à plusieui*s dents, par des jeunes garçons ou des fillettes : c*est le mode usité à Leuze et à Saint-Nieolas. G*est un travail délicat, qui exige lieaacoup d*attention et de patience.

sa bonne réputation et n'est pas près d'être détrôné par les métiers plus nouveaux. C'est que le métier Cotton se prête très bien à la production des tissus fins et très fins, tandis que le métier à diminution automatique convient surtout aux tissus plus gros, qui n'atteignent pas un certain degré de finesse. La raison en est que les combinaisons de mailles fines ne résisteraient pas à la marche un peu brusque et rapide de ce dernier métier. Le métier Cotton, au contraire, peut marcher très rapidement dans les plus grandes finesses. Il est d'ailleurs construit tout différemment du précédent. Sa production est considérable. Il tisse une douzaine de paires de jambes à la fois.

Le fabricant estime que son prix de revient est plus élevé, pour le moment, qu'avec son ancien outillage, les machines à tricoter disséminées dans les ateliers et au domicile des ouvrières. Cela tient aux exigences de l'amortissement de son capital-machines. Cet amortissement doit être rapide et par conséquent élevé, parce que les perfectionnements et les nouveaux types de machines se succèdent rapidement en bonneterie. L'outillage se renouvelle donc très vite, et le fabricant qui veut progresser doit être constamment sur le qui-vive. Il doit donc amortir très rapidement, en peu d'années, son outillage, ce qui augmente d'autant son prix de revient. Mais une fois l'amortissement terminé, il aura sur ses concurrents moins bien outillés tous les avantages d'une production plus rapide et plus régulière.

Quand les bords à côtes pour chaussettes et les jambes de bas sont achevés, ainsi que nous venons de le dire, il reste à fabriquer les pieds.

La jambe est généralement confectionnée directement avec la pièce de dessus du pied.

Puis, on tisse sur des machines spéciales, d'abord le talotiy puis la pointe, enfin, la semelle. C'est l'ordre suivi. Le rebrotis-'

sage ou la soudure de ces différentes pièces se fait, ainsi que nous l'avons dit, à la main, par des jeunes garçons et des fillettes. La couture est excutée à la machine par des femmes qui emploient pour cela des machines à coudre spéciales.

Les jambes et les bords de chaussettes, lorsqu'il s'agit de tissu uni et non à côtes, se fabriquent aussi sur des machines à tricoter et sur des métiers circulaires. Cest le mode de fabrication usité pour les articles unis et ordinaires.

IL Bonneterie de fantaisie.

On distingue de la bonneterie courante et ordinaire, qui comprend le bas, la chaussette, le caleçon, etc., la fabrication du gilet, de la vareuse, du cache-corset, celle de tous les articles nécessaires aux enfants : chaussons, mouffles, robes, capelines, etc., la fabrication des bachliks : bonnets entourant complètement la tète et recouvrant la nuque; la fabrication des châles, etc. (1).

C'est la bonneterie-fantaisie qui s'est surtout développée dans notre pays après 1860 (2). Elle a son centre à Leuze.

La grande fabrique centralisée et mécanique est encore peu organisée dans cette spécialité, sauf pour la fabrication des châles.

Les châles se fabriquaient anciennement au crochet à la main, pour une très notable partie et aussi au tricot à l'aiguille et sur le métier français, à simple fonture. Aujourd'hui, les maisons qui s'occupent de cette spécialité l'exécutent généralement sur le métier à chaine et notamment sur le métier Raschely qui constitue un superbe outillage de grande pro-

(1) La bonneterie, dite de fantaisie, produit exclusivement VarUcU coupé, sans diminutions, ni augmentations. On taille à même le tissu obtenu, la forme des différents articles que Ton veut obtenir.

(2) CI. iupra, p. 70.

duction. Ce changement d'outillage a nécessité la centralisation de la fabrication du châle, la constitution de la fabrique à côté de l'ancienne organisation du travail qui s'efface de plus en plus pour cet article.

A Saint-Nicolas, les châles se fabriquent sur le métier à tisser à la Jacquard ou sur le métier à marches. Le tissage a lieu en fabrique ou au domicile du tisserand. Les cliâles gauffrés et les châles foulés sont la spécialité de la fabrique de Saint-Nicolas. Mais, ainsi comprise, cette industrie relève moins de la bonneterie, du tricot proprement dit, que du tissage.

On fabrique encore à Saint-Nicolas un peu de châles et d'écharpes au crochet.

Pour la bonneterie d'enfants et les autres articles de la fantaisie, à l'exception du châle, l'outillage traditionnel s'est conservé avec l'ancienne organisation décentralisée du travail.

On fabrique la bonneterie d'enfants : chaussons, capelines, moufUes, robes, etc., au crochet, à la main, au tricot, à l'aiguille, sur la machine à tricoter et même sur l'ancien métier ou planche à clous : simple planche, garnie de clous, disposés suivant le dessin à obtenir et autour desquels l'ouvrière entrecroise les fils. On emploie encore cet outillage très primitif principalement pour faire les bordures de capulets, capelines, bachliks^ etc.

A cet outillage rudimentaire s'adapte parfaitement le travail à domicile et en ateliers. Telle maison importante de Leuze, qui produit exclusivement la bonneterie- fantaisie et surtout les articles pour enfants, fait fabriquer toute sa production en atelier et à domicile.

Il n'y a pas d'atelier central, de fabrique proprement dite, mais seulement des magasins où se centralisent et d'où sont expédiés les produits achevés. La fabrication est disséminée dans les villages des environs de Leuze où la maison est en

rapports avec une cinquantaine de maitresses-ouvrières qui distribuent louvrage à des ouvrières au crochet ou au tricot ; celles-ci confectionnent sous leur direction des chaussons d'enfants» capelines, etc. La maison possède aussi, à Leuze même, un certain nombre d'ateliers où le travail s exécute sur la machine à tricoter; des ateliers de couseuses, de garnisseuses, etc. Chaque atelier est dirigé par un maître -ouvrier ou une maîtresse-ouvrière, à qui le fabricant remet la commande et qui est responsable du travail et de son exécution. Telle autre maison, qui fabrique spécialement les châles, est organisée en fabrique mécanique pour cette spécialité, mais la fabrication de tous les autres articles fantaisie qu'elle produit en outre reste décentralisée.

Pour résumer ce qui précède, nous insisterons sur les faits suivants :

La bonneterie produite par les aiguilles à tricoter n'existe plus que pour certains articles de fantaisie. Tout le travail du tricot est exécuté mécaniquement, . soit sur la machine à tricoter, au domicile des ouvrières ou dans les petits ateliers des intermédiaires et des façonniers, soit au moyen d'un outillage très varié et parfois très perfectionné, dans des fabriques mécaniques.

Toutefois, cette concentration de la production en fabrique n'avance que lentement. La fabrique décentralisée domine encore largement et les établissements mécaniques aujourd'hui en activité maintiennent presque tous, à côté de leur atelier central, l'ancienne organisation du travail pour un certain nombre d'articles.

Dans les pays concurrents, en Angleterre, en Allemagne, en France, c'est la situation inverse que l'on constate. Là, le régime de la grande fabrique est devenu la règle et laisse de moins en moins de place au travail à domicile ou en petits ateliers.

Comment expliquer cette différence?

Nous en trouvons une première raison dans le marché restreint dont dispose le fabricant belge et dans les exigences peu élevées de sa clientèle.

Les débouchés de la bonneterie belge — nous y reviendrons dans un prochain chapitre — se limitent presque totalement au marché intérieur. Et sur ce marché national les articles de bonneterie s'adressent largement aux classes populaires, dont le goût peu raffiné influe sur le mode de fabrication et les procédés de travail.

La clientèle populaire belge est, en effet, à un degré extrême, dédaigneuse de l'aspect élégant de la marchandise. Elle renonce facilement à celui-ci pour la moindre différence de prix.

Ces dispositions particulières de Tacheteur permettent au fabricant de vendre des articles mal achevés, irréguliers, mais à bas prix et ne le stimulent guère à soigner la régularité, la toilette et Tapprèt de ses produits.

Il en résulte que le fabricant reste facilement attaché à l'organisation décentralisée du travail, malgré l'irrégularité et les défauts de ses produits, d'autant plus, comme nous allons le dire, qu'il y trouve son intérêt immédiat.

Au contraire, les industriels qui visent à l'exportation ou s'efforcent tout au moins de soutenir la lutte contre la concurrence étrangère sur le marché national, parce qu'ils s'adressent alors à une clientèle plus raffinée, s'ingénieront à réaliser la régularité et l'uniformité dans la reproduction en masse du type vendu sur échantillon, de soigner la toilette et l'aspect de leurs produits, et préféreront en conséquence s'outiller selon les exigences du progrès et centraliser leur production, de manière à la soumettre à une surveillance continue et sévère.

De plus, le fabricant ordinaire, n'étant pas sollicité par les

exigences de sa clientèle régulière à perfectionner ses procédés de fabrication, maintiendra son organisation traditionnelle et décentralisée, qui remporte fréquemment et pour beaucoup d'articles, au point de vue du bas prix, sur la fabrication supérieurement industrialisée. C'est là un fait d observation générale, qui se vérifie pour la plupart des industries à domicile, en concours avec des formes supérieures de production.

La production décentralisée supprime, en effet, les installations coûteuses de bâtiments et de machines, les frais de chauffage, d'éclairage, etc. Elle fournit à certaines catégories de travailleurs (ménagères, jeunes filles, ouvrières agricoles, etc.), un travail d'appoint et met ainsi à la disposition du patron de la fabrique collective une main-d'œuvre peu exigeante et peu coûteuse.

Ces raisons expliquent donc le maintien de l'ancienne organisation jusqu'à l'heure actuelle. C'est le mode de travail qui s'adapte le mieux à une production ordinaire, commune et à bas prix. Mais à mesure que Ton s'élève vers une fabrication plus rafiinée et plus achevée, on voit l'atelier se substituer au travail à domicile et la fabrique munie d'un outillage perfectionné supplanter l'atelier.

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