CHAPITRE II
Main d'œuvre
Le travail représenté par la main d’œuvre .et le personnel technique directeur est un autre élément appréciable évalué en moyenne à 15 p. 100 du prix de revient total du navire. Les problèmes les plus intéressants qui se posent à son égard sont ceux de son recrutement et de sa rémunération. Les œuvres sociales, qui permettent aux chantiers de s’attacher leurs ouvriers, et viennent accroître de leur montant les salaires effectivement versés, sont en relation étroite avec ces questions, nous les étudierons aussi,
SECTION I
Recrutement
L'industrie des constructions navales occupe un. personnel nombreux, de 30.000 avant la guerre, pour une production qui atteignait 240.000 t., il est tombé au chiffre encore respectable de 22.000 en 1922 pour une production de 180.000 t. et s’est maintenu jusqu’en 1926 à ce taux malgré une forte diminution du tonnage construit. C’est en majorité un personnel de spécialistes, donc en gé-
néral bien payé; cependant son recrutement est parti culièrement difficile. -
Les causes en sont doubles: d’abord la concurrence: effrénée que font à cette industrie au point de vue de I: main d'œuvre, d’autres industries à la croissance étonnamment rapide, automobile, aviation, industrie mécanique, effectuant des travaux similaires et grandes consommatrices d’énergie humaine; ensuite l’instabilité du travail dans les chantiers où l’arrivée irrégulière des commandes provoque tour à tour le chômage et l’activité; il est dès lors vraiment malaisé de pouvoir conserver un personnel fixe. L’activité du chantier ralentit-elle? il faut licencier une partie des travailleurs; reprend-elle? il faut aller recruter au loin et à des prix très onéreux des ouvriers qu’on n’est pas sûr de pouvoir garder. Ce déséquilibre dans les ordres reçus nuit profondément aux chantiers, et leur cause parfois des déficits, car pour occuper et retenir leur personnel ils acceptent des commandes à perte; d’autre part il retarde leurs livraisons quand le recrutement ne peut se faire immédiatement. Aussi les chantiers possédant des industries annexes à travail continu et permanent, réparations et autres, trouvent-ils en dehors des bénéfices que ces travaux peuvent leur procurer, l’avantage de pouvoir y employer dans les périodes mortes un personnel précieux.
Dans ce personnel il nous faut distinguer les ouvriers non spécialisés, les spécialistes, les ingénieurs.
Le personnel non spécialisé, manœuvres, se divise à son tour en manœuvres spécialisés, manœuvres professionnels, manœuvres ordinaires (hommes et femmes) ; son embauchage souffre moins de difficultés, les connaissances exigées sont restreintes, la plupart des autres industries en possèdent; il existe entre leurs ouvriers une possibilité de va et vient qui permet en cas de brusque besoin, de puiser dans une autre industrie où la nécessité de personnel se fait moins sentir, la main d'œuvre manquante.
D'ailleurs cette main d’œuvre surtout employée à la manutention peut souvent être remplacée par des machines et tend de plus en plus à l’être. Le problème de son recrutement n’a aussi qu'un intérêt moindre.
C’est surtout à propos de la recherche des spécialistes œue peuvent se poser des questions souvent délicates à résoudre. Chaudronniers, riveteurs, pointeurs, mécaniciens, électriciens, dessinateurs (1), sont des métiers qui exigent un certain bagage de connaissances techniques souvent difficiles à acquérir par les ouvriers, faute d’écoles adéquates; ils subissent actuellement une crise dérivant elle-même de la crise de l’apprentissage.
Depuis longtemps cette situation a été révélée: la possibilité pour les jeunes gens de gagner de suite de l’argent dans les emplois les plus divers et leur désir d’en gagner, les charges occasionnées aux pères de famille par l’éducation professionnelle de leurs enfants, l’organisation moderne de l’usine où il est souvent difficile de former des apprentis, en sont les causes; la naissance de nouvelles industries à la main d’œuvre composée de spécialistes vint en accentuer la gravité. :
C’est cette nécessité de personnel formé, difficile à se procurer sur le marché du travail, jointe aux conditions spéciales (2) dans lesquelles se trouvent placés les chan-
(1) Voir la liste des spécialités utilisées dans l’industrie des constructions navales infra annexe III, page 163.
(2) Ces écoles sont particulièrement utiles pour les chantiers situés en dehers des grandes villes; les fils des employés et la jeunesse du lieu n'ayant pas d’autre école professionnelle à leur portée se dirigeront vers celles-ci, qui leur apprennent d’ailleurs un métier honorable et rémunérateur, et entreront à leur tour dans le personnel du chantier. Ainsi peu à peu celui-ci se forme un personnel stable, car ayant été élevé dans le pays, y étant retenu par des liens de famille, l’ouvrier se resoudra plus tard difficilement à le quitter.
tiers de constructions navales qui ont poussé la plupari d’entre eux à créer dans leur orbite des centres d’apprentissage. Ils espèrent par ce moyen remédier partiellement à la pénurie de main d’œuvre dont ils sont victimes.
Deux systèmes sont employés dans ces écoles: dans l’un, celui en vigueur aux chantiers de la Seine maritime et le plus généralement répandu, les apprentis travaillent aux ateliers où ils gagnent un salaire, mais ils sont astreints
jusqu’à un certain âge (1) à suivre des cours professionnels
organisés par le chantier, cours où ils acquièrent une formation théorique venant heureusement compléter les connaissances techniques apprises à l’atelier. Des leçons de mécanique, de géométrie plane et descriptive, d'électricité, de technologie et de dessin, dont le cycle est de trois années, leur sont faites. D’ailleurs à mesure que leur instruction s’accroît, des cours de degré supérieur sont ouverts, permettant ainsi aux apprentis de la pousser jusqu’à un fort haut degré. Ces mêmes chantiers ont créé aussi une section commerciale où leur personnel appartenant à cette branche et les fils de leurs employés désirant y entrer, apprennent et se perfectionnent dans la comptabilité, le droit, l’orga nisation du travail. Enfin un cours d’instruction générale est à la portée de ceux dont la largesse d’esprit ne peut se contenter d’un seul enseignement technique.
Un autre système est pratiqué par la société de Penhoët qui groupe, tant à ses chantiers de St-Nazaire, qu’à ceux de Normandie, 300 apprentis. Dans cette conception celui-ci ne quitte pas l’école où il est cependant rémunéré; il peut opter entre trois sections, mécanique, tôlerie chaudronnerie, bois.
Les Chantiers Navals français, les Forges et Chantiers de Ja Méditerranée, la Société Provençale de constructions navales, les chantiers L. Normand, possèdent aussi des centres
(2) De 14 à 21 ans. :
d’apprentissage; il semblerait donc que par de telles mesures ils se fussent désormais mis à l’abri de toute crise de main d'œuvre; mais ils ne récoltent pas toujours la moisson issue de leurs semailles, des industries prospères travaillant avec gros bénéfices leur enlèvent avec de forts salaires les apprentis et ouvriers qu’ils ont formés. Cependant la main d'œuvre ne jouissant pas de la même facilité de déplacement que les produits, ne se porte pas toujours là où les prix sont les plus élevés: des raisons psychologiques, des souvenirs, des intérêts, des liens de famille peuvent retenir l’ouvrier sur les lieux du chantier et faire bénéficier ce dernier de salaires inférieurs à ceux du marché. Mais il ne peut en être ainsi que si dans les parages ne se trouve pas une industrie similaire ayant elle aussi un pressant besoin de main d’œuvre, auquel cas celle-ci ira là ou elle est le mieux rémunérée. C’est ce qui se pro: duit actuellement pour les chantiers proches des arsenaux maritimes; le recrutement local seul susceptible de fournir un personnel stable, y est particulièrement ardu eu égard aux avantages (1) que présente le iravail dans une industrie d'Etat. Ces chantiers sont obligés de faire appel à un personnel étranger (2), d’un rendement moindre, instable et toujours prêt à se diriger là où les salaires s’élèvent (3). £
(1) Ces avantages sont nombreux: en sus des salaires parfois plus élevés, les ouvriers des arsenaux bénéficient d’une retraite, de soins médicaux gratuits, de congés payés. D’autre part de par leur influence éiectorale sur leur patron, l’Etat, ils sont à même d’obtenir plus facilement des améliorations que des ouvriers, même syndiqués, ayant pour patron une société privée.
(2) Aux Forges et Chantiers de la Méditerranée à La Seyne, établissement situé à côté de l'arsenal de Toulon, 70 p. 100 du personnel est de nationalité étrangère.
(3\ Ces renseignements nous ont été aimablement donnés par Monsieur l'ingénieur général Duchez, directeur du service des Constructions Navales à Toulon; nous lui adressons l'expression de- notre respectueuse gratitude,
salaires, le personnel qui leur a été enlevé.
Dans ces conditions, une augmentation trop subite des commandes pourrait trouver des chantiers insuffisamment équipés; cependant, si une ère de prospérité s'ouvrait pour
eux, il est probable qu’ils pourraient mieux se défendre, et
même reconquérir, eux aussi, par une augmentation des
Le recrutement du personnel directeur, des ingénieurs, présenterait de vives difficultés (il n’existe aucune grande école préparant à cette profession) si les sociétés de constructions navales n’avaient la possibilité de trouver dans le corps des ingénieurs du génie maritime de la marine nationale, ceux qui leur sont indispensables.
Sortant de l’école Polytechnique, spécialisés dans cet art par un stage à l’école d’application du génie maritime, ayant la pratique dérivant de l’exercice de leur profession durant quelques années dans les arsenaux maritimes, ces ingénieurs se laissent souvent tenter par les brillantes perspectives que leur offre l’industrie privée; ils sont alors très heureux de faire bénéficier de leurs connaissances et expérience les chantiers de constructions navales en quéte de leur collaboration. Ainsi, dirigés par des techniciens remarquables, nos chantiers peuvent offrir à leur clientèle des navires ingénieusement conçus et soigneusement exécutés. |
L'école Polytechnique, les écoles d’Arts et Métiers et d’Arts et Manufactures, sont les autres pépinières où se recrutent les cadres directeurs.
Nous constaterons, au cours de notre étude, une netts inclination à la construction par type, des navires; cette tendance qui permet au personnel technique directeur de faire face avec le même effectif à une production plus grande est une assurance qu’en cas de production accrue dans l’avenir, il n’y aurait nullement à redouter une crise des cadres dans le corps des ingénieurs des constructions navales.
SECTION Il
Salaire
Le personnel recruté il convient de rémunérer son activité. Sur ce point nous bornerons notre étude au seul salaire des ouvriers, spécialisés ou non, le traitement des ingénieurs étant minime par rapport aux dépenses totales des salaires nécessitées pour la construction d’un navire, et d’autre part, les conflits de travail qu’ils suscitent, na se posant pas pour eux.
Sur ce chapitre, il semblerait que par rapport à leurs concurrents étrangers les constructeurs français jouissent d’un avantage. |
La France à toujours été un pays à vie relativement peu chère —— ce point n’était contesté par personne avant la guerre de 1914 — et elle a encore conservé cette situation favorable, quoique sa réalité apparaisse aujourd’hui plus difficilement aux Français.
Les indices officiels du coût de la vie dans les différents pays (1), convertis en valeur-or, s’établissent de la façon suivante en septembre 1928:
Béléique AD NRA Ann nt et. 1209 SUCCESS MR ne ML rt de AT = 72 HA DTES 0e RER te nt ee La a eo L7O Anplotéree M RAMAN Mes Ne te es TES A Henagne AM A A les de Laure ROZ
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(1) Le coût de la vie est calculé d’après les dépenses d’une famille ouvrière de quatre personnes. On prend pour base l’indice 100 en
Les nombres indices sont pris dans: La Labour Gazette, pour j'Angleterre; La Revue du Travail, pour la Belgique; La Sociala
C’est donc en France que le coût de la vie a le moins augmenté; notre pays a conservé son avantage vis-à-vis de ceux ayant un coût de la vie plus élevé, l’a conquis vis-àvis de ceux ayant un coût de la vie inférieur. Comme à la longue, la valeur des salaires sé modèle sur celle du coût de la vie, il est peu téméraire d’en déduire que les salaires sont, en France, inférieurs à ceux de l’étranger (1).
Cet avantage notable dont bénéficie notre industrie vient heureusement contre-balancer les surcharges qui nous handicapent par ailleurs.
Trois bases de rémunération différentes sont pratiquée: dans l’industrie des constructions navales selon les conditions dans lesquelles s’effectue le travail.
Le salaire à temps, le moins productif certes, mais souvent le seul possible, est employé dans tous les cas où il est difficile de mesurer quantitativement le travail; il se décompose en taxe d’affutage proprement dite, ou salaire normal, auquel s’ajoute une prime d’activité, supplément fixe, uniforme pour tous dont le nom ne se justifie plus aujourd’hui, et une indemnité de cherté de vie.
Mais toutes les fois que le travail accompli peut être effectivement chiffré et l’ingéniosité des directeurs permet d’étendre de plus en plus ce domaine (2), les constructeurs préfèrent user des salaires avec prime ou à la
Meddelanden, pour la Suède; La Wirtschaftund .Statistick, pour l’Allemagne; Le Bureau of Labour Statistics, pour les Etats-Unis.
(1) Nous nous excusons d'employer une démonstration si elliptique, mais nous n’avons pu, malgré nos nombreuses recherches, obtenir des renseignements plus précis sur la différence exacte des salaires français et étrangers. M. Moreux (journal de la Marine marchande, 1928), évalue à 15 p. 100 cette différence dans l’industrie qui nous concerne. ;
(2) Monsieur Cacaud, le si actif directeur des Chantiers de La Seyne, nous confiait qu’il avait pu étendre le salaire à la tâche jusqu’à la plupart des manœuvres,
tâche, qui, encourageant par un supplément l’activité de lPouvrier, améliorent grandement son rendement. Un grand nombre de travaux d’atelier jouissent de ce régime plus difficilement applicable aux travaux de bord.
En sus de cela, et quelle que soit la manière dont l’ou- -vrier est payé, il faut adjoindre les allocations pour charges de famille, obligatoirement dues à ceux occupés aux travaux fournis par l’État, et que la plupart des chantiers allouent à tout leur personnel: allocation fixe pour la fem: me, fixe ou progressive pour les enfants selon leur nombre (1).
Les variations du coût de la vie provenant soit des fluctuations de la valeur des monnaies, soit d’une non adaptation de la production à la consommation, peuvent détruire l’équilibre toujours difficilement réalisé entre le travail et sa rémunération (2).
Les réadaptions sont pénibles, peuvent engendrer des grèves ,des lock-outs, en tout cas des conflits âpres entre patrons et salariés; et cependant ces luttes sont aussi néfastes aux uns qu'aux autres: d’un côté, perte de salaire, misère, de l’autre, non emploi de l'outillage, désorganisation du travail, retard, perte d’argent.
Il importe de les prévenir et d’en fixer les règles de résolution une fois pour toutes; c’est ce qu’ont compris certains des groupements intéressés, syndicats patronaux et ouvriers, entre autres, ceux de la région marseillaise et de la Loire, où se localise une grosse partie de l’industrie que nous étudions. « Le statut régissant les rapports entre les industriels de la métallurgie, les constructeurs
(1) Aux Chantiers de la Seyne l'allocation est de O fr. 75 pour la femme et de 1 fr. par enfant.
(2) C’est par l'intermédiaire de Monsieur le commissaire général Crochepierre, directeur du service de l’Intendance maritime à Toulon, que nous avons pu nous procurer la plupart des renseignements qui vont suivre; nous ne serions trop dire combien nous lui en savons gré.
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et réparateurs de navires de la région marseillaise et leurs ouvriers » prend pour base à tout changement, le salaire payé aux différentes spécialités en 1923 alors que l'indice du coût de la vie était entre 322 et 347. A toute variation de 18 points au delà de ces iermes en correspond une de même sens égale à 5 p. 100 de ce salaire. Aïnsi tout conflit est évité et les ouvriers voient toujours, certes avec un léger retard (1), l’équilibre rétabli en leur faveur.
Un tel système a des inconvénients, il s’appuie sur une base, les salaires payés en 1923, dont la légitimité n’a jamais été établie, il fait d’autre part totalement abstraction de la loi de l’offre et de la demande et risque par là de se révéler insuffisant; enfin il vient troubler les prévisions des constructeurs et apporter la perturbation dans leurs devis. Cependant à une période où les variations ne peuvent être que légères comme il est souhaitable de l’espérer maintenant, les inconvénients de ce système se trouvent largement atténués, son rôle pacificateur seul subsiste.
SECTION III Œuvres Sociales
Une bonne entente entre patrons et ouvriers est indispensable pour obtenir un bon rendement dans la production. La plupart des constructeurs suivent une telle politique et font tous leurs efforts pour resserrer la collaboration du travail et du capital. Leurs chantiers, aussi bien à l’intérieur, où des ambulances et des cantines sont organisées, que sur la périphérie territoriale sur laquelle
(1) Pour éviter des variations anticipées de salaires, on est contraint de ne les admettre que lorsque l'indice marque une certaine stabilité, aussi n’ont-elles lieu que lorsane l'écart de 18 points s’est maintenu durant 32 jours.
s’étend leur action, sont des centres d’œuvres sociales. Maisons à bon marché, écoles, coopératives, mutualités grèvent d’une manière notable leur chapitre des frais généraux, mais contribuent à un meilleur accord dont il est difficile de chiffrer le véritable prix.
Des cités ouvrières gravitent fréquemment autour des chantiers, certaines mêmes, comme celle si coquette du Trait, ont droit au titre supérieur de cités jardins. Les unes furent créées par nécessité, d’autres révèlent la conscience, qu'ont eue les patrons, de leur rôle social.
La nécessité de loger en rase campagne, où par suite d'avantages économiques a du être construit le chantier, les ouvriers appelés à y travailler, l'obligation pour les chantiers des villes d’abriter le fort supplément d’ouvriers venus à la suite d’une importante commande alors que les seules ressources de la ville seraient insuffisantes pour cela, est souvent la cause de ces constructions. En tout cas elles sont toujours un sûr moyen de s’attacher un personnel stable qui prenant l’habitude d’un agréable foyer aimera y rester.
Mais reconnaissons, à la grande louange de nos constructeurs, qu’alors que le but direct qu’ils se proposent devait les inciter seulement à fournir à leurs employés un logement pourvu du strict essentiel, ils n’ont pas hésité à créer de véritables villages aussi remarquables au point de vue du confort que de l’hygiène (1) et où souvent même l’esthétique n’est pas oubliée. C’est le cas de la cité du Trait entre autres, sur laquelle, grâce à l’admirable ouvrage de Monsieur Nitot « Les cités-jardins » et à lobligeance de la direction, nous possédons les renseignements les plus précis. En cet endroit, le village possède un jardin
(1) Très souvent sans augmentation de prix, en tout cas avec une augmentation minime, des pièces supplémentaires sont mises à la disposition des familles quand par suite des naissances la famille s'accroît.
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publie avec courts de tennis, de larges avenues plantées d'arbres le loug desquelles s’émaillent au milieu de jardins fleuris de riantes maisonnettes, toutes du style régional le plus pur et cependant d’une fort grande diver-. sité; des concours, portant sur l’ornementation des jardins et l’aménagement des intérieurs, dotés d’intéressants prix fournis par la direction, ont lieu annuellement, et permettent à cette gentille cité de conserver et même d’affiner son allure si coquette. ;
Les ouvriers célibataires ne sont pas oubliés, de vastes bâtiments comportant des chambres et des restaurants à prix réduit leur sont ouverts.
- Ces divers logements cédés au personnel à bas prix, ne laissent au capital ainsi employé, déduction faite d’un amortissement normal et des dépenses d’entretien, qu’un minime intérêt de 1 à 2 p. 100. =
Mais là ne se bornent pas les sacrifices faits par les constructeurs en faveur de leurs ouvriers: ils créent des coopératives qu’ils logent et subventionnent, fondent des écoles qu’ils entretiennent, aident les œuvres sportives, artistiques, mutualistes qui sous leur impulsion voient le jour (1).
En général poursuivant avec désintéressement leur œuvre d'éducation populaire ils abandonnent l4 direction
(1) Listes des œuvres sociales du Trait (Chantiers de la Seine Maritime). S
Œuvres relatives à l'hygiène et à la santé publique: infirmerie des chantiers, réfectoire ouvrier; au dehors des chantiers, infirmerie dispensaire, centre d’examen médical, habitations ouvrières.
Œuvres relatives à l'éducation populaire: école ménagère, œu-
vre du trousseau, cours d'enseignements professionnels, bibliothèque
populaire,
Sociétés: Coopérative d'alimentation, association des anciens militaires, Lyre des Chantiers, club artistique, société du bouchon, union sportive, club nautique, sou des écoles, mutualité enfantine,
À toutes la: Maison Worms donne son aïde et procure des facilités.
de ces œuvres à leurs propres ouvriers; renonçant à V’attitude pourtant si vraie en l’occurence du bon patron, ils leur laissent l'illusion de ne devoir tous ces avantages qu’à leurs seules facultés d’organisation, les délivrent d’une chaîne de reconnaissance toujours lourde à porter, les font participer à la vie collective et contribuent à les intéresser à un large mouvement social qui ne pourra triompher intégralement que par eux.
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