LA RUT
par les représentants au Parlement des régions maritimes sont la plupart du temps bienveillamment accueillies. Nous possédons cependant des arsenaux — un trop grand nombre d’arsenaux —. Ceux-ci équipés spécialement pour la construction de navires de guerre, ayant un personnel spécialisé, des ingénieurs les plus éminents, s'occupent à des travaux secondaires, tandis qu’un peu partout, dans tous les chantiers on s’outille en vue de ces constructions. Au point de vue national il y a là nécessairement un gaspillage, une déperdition de force, préférable cependant, disent les adversaires des industries d’Etat, à l’exécution de ces travaux par l’Etat lui-même.
Que vaut cette assertion ?
Tout d’abord il faut mettre de côté le point de vue iechnique, car les bâtiments livrés par les arsenaux de Brest, Lorient ou Cherbourg, sont en tout point parfaits. Mais la construction se fait-elle avec autant d’économie que dans les chantiers privés? Les bases de comparaison font défaut, le plus souvent la marine n’assurant l’exécution que de types dont elle ne confie pas de modèles à l’industrie privée; et même si cette comparaison est possible, comme pour les contre-torpilleurs, elle ne peut être que factice, car la détermination du prix de revient est particulièrement difficile dans les arsenaux où des considérations d’ordre militaire interviennent et où le calcul et la répartition des frais généraux sont excessivement ardus (1). Quoiqu'il en soit, une amélioration notable a été faite dans ces industries d'Etat, et le rendement des ouvriers de lPar-
(1) La comptabilité administrative de la Marine diffère de la comptabilité des industries privées. Cependant on :a bien introduit récemment dans les constructions navales une comptabilité dite industrielle dans le but de permettre cette comparaison; il ne semble pas qu’elle permette les résultats visés.
senal de Brest travaillant à la série des croiseurs de 10.000 t. est bien supérieur à celui d’avant-guerre (1). |
En outre, on relève avec plaisir dans la rénovation de noire marine de guerre, une meilleure organisation des commandes. Depuis longtemps déjà elle construisait ses bâtiments par type, malheureusement elle profitait rarement des économies qui auraient pu résulter d’un tel procédé, les divers exemplaires étant répartis entre différents chantiers. Aujourd’hui il n’en est plus ainsi. Les unités étant de faible tonnage les séries sont plus longues et on a pris l’habitude de confier la plupart des navires d’une même série à un même établissement (2).
SECTION III
Clients étrangers je
En sus de l’activité qu’elles conservent à nos chantiers, ces commandes de la marine de guerrè ont d’autres heureux résultats: elles encouragent les Etats étrangers, clients politiques et économiques de la France, Petite Entente surtout, Pologne, Lettonie, Yougo-Slavie, Grèce, à confier à nos chantiers la construction de leurs unités de guerre, et les qualités de ces constructions témoignées par les records de vitesse et d'endurance que viennent de s’adjuger les nouvelles unités de notre programme naval, ne peuvent que
(1) Monsieur Escartefigue, député de Toulon, a même soutenu à la Chambre que la construction par les arsenaux maritimes était plus économique que celle par ies chantiers privés, mais il ne nous
a pas été donné de connaître les chiffres sur lesquels il appuyait son
opinion.
(2) Aux arsenaux de Brset et Lorient les croiseurs de 10.000 t.
et 8.000 t, à l'arsenal de Cherbourg et à Penhoët, les contre-tor-
pilleurs. Les Chantiers Navals français ont construit 6 DAoPeRES, ceux de La Seyne 2 sous-marins,
-les inciter dans cette voie. C’est là un utile résultat de notre
politique étrangère qui permet à nos chantiers de faire un meilleur usage du coûteux outillage dont ils ont fait les frais en vue de ce genre de construction.
À ces commandes des Etats étrangers, traditionnelles dans la politique française où en contre-partie d’un traité ou d’un emprunt consenti, on accepte des marchés au profit de quelques-unes de nos industries, sont venues récemment s’adjoindre quelques commandes de l’armement privé. Il est juste à ce sujet, de faire remarquer que pour les navires très finis, pour lesquels les dépenses de matériaux se trouvent inférieures aux dépenses de main d’œuvre, paquebots de luxe, pétroliers, nos prix sont toujours sensiblement voisins des prix anglais.
Le mouvement commença en 1923; par suite d’une. grève des charpentiers anglais, certains armateurs de ce pays envoyèrent leurs paquebots en construction se faire achever à l'étranger, notamment en France. Ce fut elle qui livra ses navires dans le plus bref délai et dans les meilleures conditions de travail. [l y eut là d’heureuses circonstances qui permirent à nos chantiers de faire connaître et apprécier leur production à l’extérieur.
La prime à l’exportation qui résulta de la rapide dévalorisation de notre devise nationale durant les années 1925-1926 joua aussi en faveur de cette industrie. Les prix intérieurs n'étant pas encore à l’échelle des prix internationaux nos constructeurs purent accepter des commandes à des prix souvent inférieurs aux prix étrangers; il y eut dès lors une série de commandes qui, si elles furent une utile réclame en faveur des chantiers français à l’étranger, vinrent aggraver leur situation financière déjà mauvaise: les prix intérieurs s'étant réajustés, ils furent en perte sur ces constructions. |
Il est regrettable que les Etats précités, clients politiques de la France, n’aient pas de marine de commerce importante, nos chantiers trouveraient là des débouchés intéres-
sants; à leur défaut nos clients sont les Danois (leurs chantiers ne peuvent produire que 30 à 40 p. 100 plus cher que les Anglais) et les Sud-Américains qui en toute occasion manifestent leur sympathie pour notre pays. Faut-il craindre que les sacrifices supportés durant cet-
te période par nos chantiers soient stériles, que les pertes
qu’ils viennent de subir ne soient pas les germes d’une abondante moisson? Ces navires ont fait connaître à l'étranger les qualités de notre construction, il appartient dès lors à nos chantiers par une sérieuse étude des prix de retenir cette clientèle, d’accélérer ce mouvement de commandes qui ne demande pas mieux que de se diriger vers nous à condition de ne pas payer plus cher qu'ailleurs.
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