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B. — LE CHARBON DE BOIS

Les déplacements des forges volantes permettaient aux métallurgistes de trouver sur place le combustible nécessaire. L'établissement des fourneaux dans la partie supérieure des vallées, l'accroissement de la production changèrent les données du problème. Les maîtres de forges coupèrent tous les bois dont ils étaient propriétaires ou qui leur étaient concédés comme affouage, sans s'inquiéter des droits des borduriers : les ressources s'épuisèrent rapidement aux environs des usines. La consommation croissante du charbon rendait illusoire toute prérogative des concessionnaires sur les forêts complètement rasées.

Dès les débuts des hauts fourneaux, l'épuisement des forêts se fait sentir dans les régions où l'industrie métallurgique s'est implantée. Le dauphin Humbert II, à la demande du pape Pie II, qui en avait fait une condition sine qua non pour l'instauration de l'Université de Grenoble, ordonna en 1339 la destruction des fourneaux et des martinets situés dans le voisinage de la ville : « ces fourneaux étant des abîmes à forêts, des gouffres voraces de bois; il était à craindre qu'en abattant les forêts des montagnes, les torrents ne grossissent la montagne et qu'ils n'incommodassent la ville et les héritages de ses habitants. » Jusqu'à la fin du xvme siècle, les plaintes furent générales.

Dans le Comtois on se plaint que les bois deviennent rares et on demande l'extinction des hauts fourneaux. Les forges du Comté de Foix, pour se procurer les combustibles indispensables, sont obligées d'échanger les minerais pauvres de Vicdessos contre les charbons de Couserans. C'est un premier essai de cette double circulation qui devait se régulariser au xixe siècle. En Bourgogne, l'intendant avoue que « la multitude des

forges et fourneaux fait fleurir une branche de commerce d'autant plus importante qu'elle est la seule qui ait réussi dans cette partie de la Bourgogne », mais la question se pose de savoir si cet avantage « l'emporte sur l'inconvénient trop réel de la disette et de la dégradation des bois ». L'intendant d'Alencon écrit qu'il faut supprimer une partie des forges qui ont fait augmenter le prix du bois depuis 20 ans. Une ordonnance de 1723, par crainte de disette, avait interdit de créer de nouveaux fourneaux; elle était restée lettre morte.

En dehors de la nécessité de posséder une chute d'eau, l'établissement d'une forge dépend du domaine forestier attribué au haut fourneau. Suivant un rapport de 1779, les forges de Bretagne consomment 32 725 000 livres de charbon, soit la production de 3 816 arpents de coupes réglées de 18 à 25 ans, suivant la constitution des forêts et l'usage établi, ce qui suppose un fond de 83 950 arpents de forêts. Le voisinage des forêts très denses de la Montagne Noire décida la création de petites forges autour de Sorrèze; la proximité de bois touffus sur les bords de l'Allier fut l'origine de la fortune métallurgique de Montluçon, au début du xvme siècle.

Cependant, à la même époque, en Angleterre, des mesures législatives étaient intervenues pour réserver les hautes futaies à la Marine et pour substituer le coke au bois dans les hauts fourneaux. Des essais furent tentés dans ce sens en France. Le Conseil du commerce avait diminué les droits sur l'importation des charbons de terre provenant du Hainaut, de Flandre et d'Ecosse ; mais les métallurgistes, incapables d'adapter le coke à la fusion des minerais impurs, étaient restés fidèles à la vieille méthode. L'instant était critique. A la fin du xvme siècle, les hauts fourneaux, en plusieurs provinces, menaçaient des'éteindre, faute decharbon de bois.

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