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Chapitre premier LE MINERAI DE FER

La France, pauvre en combustibles minéraux, possède les gisements de minerais de fer les plus considérables de l'Europe. Si, dans l'enquête conduite en 1910 par le congrès de Stockholm, elle ne figure qu'au second rang, derrière l'Allemagne, elle doit cette place à la grande prudence de ses ingénieurs et à l'insuffisance des recherches minières. Dans les années qui ont précédé la guerre, des prospections nombreuses ont déterminé plus exactement la valeur de nos réserves.

Actuellement, les estimations les plus modérées portent à 3 milliards de tonnes la puissance des gisements du département de Meurthe-et-Moselle; à 1 830 millions celle du département de la Moselle; à 1 800 millions celle de l'Anjou, de la Bretagne et de la Normandie; à 100 millions les gisements pyrénéens; à 100 millions également les mines et minières

répandues sur le reste du territoire national. Si l'on ajoute la valeur ferrifère de nos possessions nord-africaines, évaluée à 150 millions, les réserves françaises peuvent être comptées, sans exagération pour 7 milliards de tonnes, soit 57 p. 100 environ des ressources de l'Europe entière (12 032 millions de tonnes). Nos richesses dépassent considérablement celles de nos concurrents les plus proches : l'Allemagne (1 370 millions) et l'Angleterre (1 300 millions).

Au point de vue géologique, les minerais se répartissent aux étages les plus divers : dans les micaschistes de l'Aveyron, le silurien de Bretagne, d'Anjou et de Normandie, le dévonien des Pyrénées- Orientales, le houiller de la Loire et du Gard, le trias de Saône-et- Loire et de l'Isère, le lias de la Moselle et de Meurtheet-Moselle, le bajocien du Jura et de l'Aveyron, le bathonien du Var et de l'Ardèche, le néocomien du Doubs, le wealdien du Boulonnais, l'urgonien de Champagne, l'aptien des Ardennes et de l'Aisne. Enfin, tous ces filons, toutes ces couches, tous ces amas ont fourni des dépôts de remaniement dans les poches superficielles, principalement en Bretagne, en Lorraine, en Aquitaine : ils ont été fort exploités à l'origine de l'industrie (fig. 1, p. 8 et 9).

La nature minéralogique des minerais n'est pas moins variée. Les minerais oolithiques sont prépondérants, par suite de l'étendue du gisement lorrain. On trouve également des hématites brunes dans les Pyrénées- Orientales, la Loire-Inférieure, le Maine-et- Loire, le Var, le Tarn, l'Algérie ; des minerais hydroxydés dans le Gard, la Haute-Marne, la Saône-et-Loire, la Nièvre; des hématites rouges dans le Calvados, l'Orne, l'Ardèche, l'Oranie, le massif du Zaccar; des carbonates cristallisés dans les Pyrénées-Orientales, l'Orne, le Calvados, l'Aveyron, l'Isère; du fer oxydulé dans le

Maine-et-Loire, les Pyrénées et l'Algérie; du ier oligiste dans les Pyrénées.

Les minerais français et algériens sont donc de tons les types : comme tels, leur composition est essentiellement variable. La silice, le phosphore, le soufre, l'arsenic s'y rencontrent à des états divers. Leur teneur en fer, pour les sortes exploitables, descend jusqu'à 27 p. 100 en Lorraine pour atteindre 62 p. 100 dans l'Ouenza. L'analyse complète de chaque gisement dépasserait le cadre de cette étude. Certains d'entre eux, de trop faible tonnage pour tenter la grande métallurgie, n'ont guère qu'un intérêt historique. En définitive, l'industrie minière est presque entièrement localisée dans les trois bassins de la Lorraine, du massif ancien de l'Ouest et de la chaîne pyrénéenne : ces gisements concentrent 95 p. 100 de nos réserves en minerais de fer. Ils possèdent chacun des caractères différents et correspondent à une production différente des usines sidérurgiques.

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