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I. — LE BASSIN LORRAIN

Le bassin lorrain, le plus important, s'étend entre Nancy et Luxembourg, sur 120 kilomètres en longueur et sur 20 kilomètres, au maximum, en largeur; il couvre 120 000 hectares, répartis dans le département de Meurthe-et-Moselle (73 000), dans celui de la Moselle (43 000), en Luxembourg (3 600), en Belgique (400). Ses réserves sont estimées à plus de 5 milliards de tonnes. C'est la réserve ferrifère la plus puissante d'Europe, la deuxième du inonde, après la masse des gisements du lac Supérieur, aux Etats-Unis. En 1913, elle a fourni le cinquième de la production mondiale de la fonte.

La formation toarcienne, qui contient le minerai, la minette, peut atteindre 40 mètres d'épaisseur. Le nombre des couches exploitables est essentiellement variable : il diminue à mesure que l'on s'avance vers le Nord et vers le Sud. On a reconnu 7 couches à Fontoy, 2 à Moyeuvre, 1 à Ars-sur-Moselle. Généralement, 4 couches sont exploitées : la rouge, la grise, la verte et la noire.

La minette affleure à l'Est dans les côtes qui dominent la Moselle; elle plonge à l'Ouest sous le bassin parisien. Pour ces raisons, l'extraction a lieu souvent à flanc de coteau en Lorraine désannexée, tandis qu'en Meurtheet-Moselle il faut procéder par puits, d'autant plus profonds dans la direction de l'Ouest : les morts terrains du jurassique atteignent 61 mètres à Jœuf et 240 mètres à Con flans. Par ailleurs, dans cette partie du bassin, des venues d'eau considérables nécessitent des travaux et des appareils fort coûteux. Ces installations grèvent le prix de revient. Aussi les mines étaient-elles équipées pour réaliser de fortes extractions. Briey possédait les sièges les mieux outillés de France. Plusieurs sociétés pouvaient produire 2 à 3 millions de tonnes par an. Grâce à ces dispositions le prix de revient sur wagonmine ne dépassait pas 3 francs avant guerre. Il oscillait, en Lorraine désannexée de 1 mark 59 à 2 marks 99.

Comparés aux gisements de Meurthe-et-Moselle, ceux de Moselle sont désavantagés par la teneur en fer. D'après M. Kohlmann, l'ancien directeur de l'école des mines de Thionville, la teneur en fer varie de 24 p. 100 à 40 p. 100; en réalité, la teneur moyenne ne dépasse pas 30 p. 100. En bien des cas, elle n'est pas supérieure à 28 p. 100, tandis que dans les bassins de Longwy et de Nancy, elle se maintient entre 33 et 40 p. 100 et dans celui de Briey, entre 36 et 40 p. 100. Cette teneur plus élevée et plus constante, explique

le grand développement du bassin et le succès de ses minerais sur les marchés de l'exportation. D'une manière générale, sur une même partie de la couche, la richesse de la minette augmente d'Est en Ouest, en s'éloignant de l'ancienne ligne de rivage de la mer toarcienne; et, dans la couche, les parties les plus riches sont les parties géologiquement les plus basses.

En dehors de cette teneur modeste en fer. l'élément caractéristique est le phosphore; sa teneur varie de 0,7 à 2 p. 100. Cette impureté a entravé l'industrie lorraine, jusqu'au jour où Thomas et Gilchrist ont trouvé le procédé pour déphosphorer les fontes.

Par contre, les gangues, c'est-à-dire les autres matières associées au fer dans le minerai, varient suivant la situation géographique. D'une manière générale, elles sont siliceuses au Nord de la Fentsch et au Sud de l'Orne : elles sont calcaires entre ces deux rivières. Dans le bassin de Briey, la teneur en chaux est de 10 p. 100 en moyenne; elle varie suivant les couches ; la grise paraît la plus favorisée. Cette forte proportion concourt à assurer au minerai une précieuse qualité : la fusibilité. La plupart des hauts fourneaux lorrains travaillent sans castine. Ils trouvent sur place, ou à proximité, les sortes qui fournissent le fondant nécessaire. Ces différences de constitution minéralogique étaient, avant guerre, la raison des échanges entre mines calcaires et mines siliceuses, des deux côtés de la frontière.

Par sa masse considérable qui diminue le prix de revient, par ses propriétés physiques et chimiques favorables à la fusion, mais impropres à la production des fontes pures, la minette lorraine convient essentiellement à la fabrication de l'acier Thomas, à l'élaboration des produits marchands : rails, poutrelles, tôles, fers blancs et généralement tous les produits auxquels

le laminoir donne une forme définitive. La minette lorraine a été la cause de l'essor de l'industrie en Lorraine, en Belgique, dans la Sarre, jusqu'en Westphalie.

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