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LES USINES SECONDAIRES

L'industrie du fer comprend encore, éparpillées sur tout le territoire national, plusieurs usines de moindre importance, mais qu'il importe de signaler comme le

vestige d'un passé brillant. Malgré la concurrence, elles ont pu subsister par la force de la tradition, l'habileté héréditaire de la main-d'œuvre, l'avantage de la situation géographique, la ' valeur professionnelle de leurs directeurs. Parmi les plus intéressants de ces petits groupements sidérurgiques, il faut citer les centres des Ardennes et de la Haute-Marne, dépourvus maintenant de minerais, éloignés du combustible et qui, sans prétendre à la glorieuse fortune de leurs voisins, ont su maintenir leur ancienne renommée, tout en sachant s'adapter aux méthodes nouvelles.

Dès 1869, on prévoyait, dans les Ardennes, que la fabrication de la fonte devait être réservée à la Meurtheet-Moselle et que les fonderies locales devaient se consacrer à l'élaboration du fer. Le dernier haut fourneau fut éteint en 1894, et ce n'est qu'en 1913 qu'un nouvel appareil fut allumé pour fournir de la fonte d'affinage. A cette exception près, ce sont des fonderies de deuxième fusion, alimentées par des fontes lorraines, qui fonctionnent principalement dans le département. Il vient au second rang parmi les producteurs de fers marchands; mais c'est surtout pour la fabrication des petites pièces de forges, la boulonnerie et la clouterie, qu'il tient sa place dans l'industrie nationale.

Semblablement, la Haute-Marne, productrice jadis des fontes de Champagne si réputées, n'a gardé qu'un haut fourneau. Les usines régionales se sont spécialisées dans la dénaturation. En 1888, le premier four Martin fut équipé. A côté des fours à fer ou à acier, des laminoirs sont alimentés le plus souvent en paquets de ferrailles, en blooms d'acier, expédiés de l'Est. Ils fournissent les métaux de qualité, les verges de tréfilerie, la tôle. C'est la matière qui alimente les nombreux ateliers de clouterie, de chaînerie électrique, de literie en fer, de serrurerie, de tubes, de roues en fer, d'instru-

rnents agricole*. Ici encore, comme dans les Ardennes, l'industrie du 1er est en progression. Le béton armé, adopté en architecture, lui fournira, sons peu, de nouveaux clients. Les métallurgistes de la Haute-Marne comptent, pour activer leur production, sur trois éléments qui sont d'une importance particulière. Ce sont, écrit M. de Charnacé : « la stabilité et l'habileté de la main-d'œuvre locale, leur situation heureuse entre les pays de grosse production de matières premières et les centres consommateurs de produits finis, et enfin les forces hydrauliques de la région, particulièrement précieuses dans les périodes de cherté du combustible ».

En dehors de ces deux départements, les autres établissements sont moins groupés. Les uns sont plus ou moins les filiales de l'industrie du Centre. Par exemple, les usines de Decazeville, dans l'Aveyron, sont contrôlées par la Société de Connnentry-Fourchambault; les usines de l'Horme expédient leur fonte aux aciéries de la Loire.

D'autres ont subsisté, indépendants, qui surent évoluer à temps. La compagnie d'Alais, prévoyant l'époque où l'épuisement des minerais purs et les exigences des cahiers des charges empêcheraient la fabrication de l'acier au Bessemer, a décidé d'arrêter ses convertisseurs dans son usine de Bessèges et de créer une aciérie Martin à Tamaris. « Cette dernière, écrit le rédacteur du Comité des forges, centralisera toute l'activité métallurgique du bassin à qui son éloignement même de tout autre région métallurgique, le voisinage des centres industriels, sa situation sur le réseau P.-L.-M. et la proximité des chantiers navals du littoral méditerranéen continueront d'assurer d'importants débouchés. » Ici, la transformation bien comprise de l'organisme a arrêté le déclin.

Ailleurs, l'emploi d'une nouvelle force suscite les

initiatives et décide d'un nouvel essor. En 1820, deux industriels de Toulouse avaient eu l'idée d'utiliser la chute du Sabo, sur le Tarn, à Saint-Juéry, en vue d'alimenter une fabrique d'acier pour faux et faucilles. Plus tard, son directeur, M. Paulin Talabot, dont nous avons déjà signalé l'activité dans la métallurgie du Centre, lui adjoignit la fabrication d'objets destinés principalement à l'exportation : des ressorts pour carrosserie et pour chemins de fer. Mais la grande prospérité de l'usine date de 1906. A cette époque, la chute d'eau fut utilisée pour l'affinage électrique, en même temps que des fours Martin étaient construits. Pareillement, ce fut l'énergie des torrents pyrénéens et l'emploi de la manutention électro- mécanique qui ont permis à la Société de l'Ariège d'élargir le chanip de ses opérations, de passer à la fabrication des aciers fins, des aciers Martin, des aciers au creuset, d'aborder l'élaboration des obus de rupture et des métaux spéciaux pour outils.

Cette utilisation de la force hydraulique en métallurgie est particulièrement intéressante. Une première fois la puissance des eaux a orienté ses destinées; elle a fixé, à l'origine, le fourneau et la forge sur les rivières et sur les étangs : elle peut encore, transportée par câble à longue distance, faciliter l'établissement de nouvelles usines, d'aciéries tout au moins, en des régions riches en minerais, pauvres en houilles. Le four électrique, fonction de la force hydraulique, est l'avenir de la sidérurgie.

Sans doute, dans la production de la fonte nationale, les usines littorales et les centres secondaires entrent pour une faible part : 11,1 p. 100 du total. Mais, en dehors de leur valeur absolue qui est fort importante, leur intérêt devient considérable en cas de crise aiguë,

de grève ou de conflit armé avec nos voisins. Par suite de la découverte de Thomas et de Gilchrist, par suite de la situation géographique des gisements de minette, toute notre métallurgie s'était concentrée, avant la guerre, le long de la frontière de 1870. Cette situai ion a empiré depuis le traité de Versailles. En 1914, à la veille des hostilités, 82 p. 100 de la fonte française était produite par des usines échelonnées depuis Nancy jusqu'à Dunkerque, à quelques kilomètres de nos limites; soqvent même, elles étaient situées sous le canon des places fortes de l'ennemi.

C'était, sans doute, comme l'a montré M. Robert Pinot, une nécessité inéluctable qui découlait de l'obligation de rechercher des prix de revient fort bas. C'était une conséquence de la concurrence étrangère, très âpre, et par surcroît fortement avantagée par le prix du combustible. Un fait demeure cependant. Six semaines après l'ouverture des hostilités, 62 p. 100 de notre production de fonte se sont trouvés dans la zone envahie, et 19 p. 100 dans la zone des armées, ne laissant en pleine production que 19 p. 100 de nos moyens. C'est une gloire pour l'activité nationale d'avoir fait face à cette situation désespérée. Mais il a fallu gagner du temps au prix de sacrifices considérables en capitaux et en hommes. Pour réussir, on a dû réaliser ce paradoxe : la France est le pays d'Europe qui possède les gisements de fer les plus puissants et, cependant, pendant la grande guerre, elle a importé des masses énormes de fonte.

Des usines locales, éparpillées sur tout le territoire, placées à proximité du minerai, alimentées par des houilles anglaises ou américaines, utilisant la houille blanche et le four électrique pour l'affinage, ces usines littorales et ces centres secondaires eussent évité le désastre. Reste à leur trouver une utilisation pratique

en temps de paix, une fabrication qui leur permet de vivre et de prospérer. La mise en œuvre des produits dénaturés, des produits cliers, séparables des produits marchands, apanage de la grosse industrie, doit être concentrée dans les fabriques du littoral et dans les centres secondaires.

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