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L'ORGANISATION SOCIALE ET COMMERCIALE

L'importance prise par l'industrie du fer exigeait, pour sa défense, la création d'organismes nouveaux, inutiles à l'époque où la fonte au coke suffisait aux

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demandes modestes d'une clientèle essentiellement localisée. La substitution du combustible minéral au combustible végétal, les découvertes deBessemer, l'essor de la métallurgie anglaise, les tarifs libre-échangistes de 1860, tous ces événements d'ordre technique, économique et politique décidèrent, en 1864, la création du Comité des Forges de France, syndicat professionnel avant pour but exclusif « l'étude et la défense des intérêts économiques, industriels et commerciaux de l'industrie sidérurgique », à l'exclusion de tout acte de commerce.

Sur ce terrain, le Comité a pu, en 1914, réunir 252 adhérents qui représentent 97 p. 100 de la production de la fonte française et 93 p. 100 de l'acier, représentant un capital de 1 150 000 francs, employant un personnel de 200 000 ouvriers ou employés, distribuant par an 400 millions de salaires. On conçoit, d'après ces chiffres, l'autorité de cette association dans les délibérations des Chambres et dans la Presse.

Sous l'action directrice du Comité, fonctionnent diverses chambres syndicales : constructeurs de matériel de chemin de fer, constructeurs de navires et de machines marines, constructeurs de matériel de guerre,

construction métallique, électro-métallurgie, etc Le

Comité des Forges et les Chambres syndicales font partie de l'Union des industries métallurgiques qui groupe 53 chambres syndicales.

C'est là l'organisation sociale de l'industrie du fer. A ses côtés, l'organisation commerciale correspond à une nécessité économique. « Elle était si indispensable, écrit M. Tribot-Laspière, qu'elle est apparue dans tous les pays, principalement aux États-Unis et en Allemagne, et c'est peut-être pour l'avoir méconnue que l'Angleterre voit son industrie sidérurgique rester stationnaire quand celle de ses voisins progresse. »

L'union n'a été réalisée en France, ni sous la forme violente et autoritaire des trusts américains, ni sous la forme inquisitoriale des cartells allemands. Le comptoir français, moins intransigeant, plus respectueux de la liberté individuelle, se contente d'inscrire les commandes et de les répartir entre les associés, proportion. nellement à la production déclarée. Aussi chaque comptoir ne traite que d'un produit dont la fabrication est obligatoirement similaire dans chaque usine, pour éviter les réclamations de la clientèle et pour unifier les prix de vente. Ainsi le comptoir métallurgique de Longwy ne vend que des fontes brutes et le comptoir des poutrelles que des profilés, dont les caractéristiques sont soigneusement fixées.

Le comptoir est un organisme régulateur : il stabilise les prix de vente. Il arrête les hausses exagérées qui déprimeraient la clientèle. Entre 1895 et 1904, la hausse des charbons a été de 22 p. 100 en Allemagne où existaient des ententes; tandis qu'elle a atteint 134 p. 100 en France, 147 p. 100 en Belgique, 193 p. 100 en Angleterre, où des associations analogues manquaient. En France, dans la même période, les fers marchands vendus librement par les usines ont subi une hausse de 08 p. 100, tandis que les poutrelles, vendues par le comptoir, ne montaient que de 33 p. 100. Par contre, dans les périodes de baisse, le comptoir ne peut maintenir les prix syndicataires. En 1921, le comptoir de Longwy a rendu la liberté à ses adhérents.

Le comptoir est aussi un instrument de propagande. C'est grâce à l'organisation de Longwy que les maîtres de forges lorrains ont pu faire connaître leur fonte, un moment si décriée, même dans la clientèle nationale. Grâce au comptoir d'exportation des fontes et à celui des poutrelles, notre industrie est parvenue à prendre place sur les marchés étrangers. En (! ans, l'exporta-

tion des poutrelles et des rails a quintuplé : elle est passée de 40 000 à 200 000 tonnes.

Au moyen de ce mécanisme ingénieux, les métallurgistes sont arrivés à protéger la liberté de leur industrie, à régulariser la production, à sauvegarder les droits du consommateur, à lutter contre la concurrence étrangère à l'intérieur, à lui reprendre des marchés à l'extérieur.

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