V. — LES GISEMENTS SECONDAIRES
L'extraction globale des autres gîtes français représentait 3 p. 100 de la production française, c'est-à-dire que leur valeur disparaissait dans le tonnage total. Ils
ont cependant gardé un intérêt, soit qu'ils aient été l'origine d'industries aujourd'hui disparues, soit qu'ils alimentent encore des hauts fourneaux, trop éloignés des grands bassins ferrifères et dont l'importance, relativement restreinte, se contente de tonnages modestes.
La mise en valeur des gisements lorrains décida l'arrêt des mines qui approvisionnaient les petites métallurgies des provinces voisines. Celles qui subsistent ont, le plus souvent, arrêté leurs fourneaux pour garder leurs aciéries. Elles sont soutenues par les capitaux des sidérurgies lorraines qui leur expédient des fontes et même du minerai.
Dans la Franche-Comté, les gisements bajociens de Laissey et d'Ougney ont perdu toute leur valeur par suite de leur faible teneur en fer (24 à 28 p. 100); après avoir fait la fortune des forges comtoises, ils ne sont plus utilisés que pour fournir la castine aux usines locales.
En Bourgogne, les gisements hettangiens de Mazenay et de Change, qui fournirent si longtemps le Creusot en fontes phosphoreuses, ont été définitivement délaissés en 1915.
En Champagne, le seul gisement en activité se trouve dans les formations néocomiennes, entre la Marne et la Biaise. Les facilités d'extraction et le voisinage des établissements de Saint-Dizier l'ont sauvé de l'abandon. Depuis l'ouverture des chantiers, il a fourni plus de 5 millions de tonnes. Mais toutes les autres mines de la Haute-Saône, de la Haute-Marne, des Ardennes, origines des célèbres forges de Champagne, ont fermé leurs chantiers.
Semblablement, les facilités de la circulation, l'épuisement partiel des gîtes locaux, la proximité de la minette, ont presque complètement arrêté l'extraction dans le Nord et le Pas-de-Calais. Les usines du Nord
ont sondé, avant-guerre, pour trouver le minerai dans la région de la Haute-Deule, au pied même des sièges charbonniers. Les espérances ont été déçues et la métallurgie du Nord est restée la cliente des gisements lorrains pour la fonte Thomas, des gisements pyrénéens, espagnols ou algériens pour la fonte hématite.
D'autre part, le groupe métallurgique du Centre a détourné son attention des nombreux gîtes qui entourent le massif central, depuis qu'il a abandonné la fabrication des produits marchands pour se consacrer à la fabrication des produits finis. Seules ont gardé quelque intérêt les couches proches des usines dont elles avaient jadis suscité l'établissement. Ainsi les hauts fourneaux de Pouzin exploitent encore les minerais bajociens de la Voulte dans l'Ardèche; les hauts fourneaux de Tamaris et de Bessèges sont alimentés par les minerais hettangiens d'Alais dans le Gard; ceux de Decazeville par les couches bajociennes de Mondalazac dans l'Aveyron; ceux de Fumel par les minières de la Dordogne et du Lot-et-Garonne situées dans leur voisinage; ceux du Creusot par les minières creusées dans le calcaire jurassique de l' Indre, après avoir abandonné celles du Berry ; ceux de la Chasse par les filons tertiaires de l'Isère et de la Vienne. Encore ces derniers gisements sont-ils à leur déclin. Après avoir fourni de 1878 à 1879 plus d'un million de tonnes au Creusot, leur extraction a atteint 10 000 tonnes seulement en 1914. Dans le Var, les gisements de Beausoleil ont été délaissés et si des travaux ont été entrepris dans la Lozère, sur le gisement de Masseguin, c'est que l'analyse révélait du manganèse dans le minerai.
Si menus qu'ils paraissent par rapport aux masses ferrifères de la Lorraine, de l'Ouest et des Pyrénées, ces petits gisements valaient d'être énumérés. Ils ont eu leur heure. Ils ont été les auxiliaires précieux de la
sidérurgie, au début du xixe siècle, à l'époque où elle essayait le coke daus ses appareils; ils sont les derniers témoins de l'industrie minière antérieure à la Révolution. Alors, il n'existait point de province française qui ne possédât dans ses limites ou dans ses environs immédiats, des filons, des couches ou des minières, capables de fournir à ses besoins, fort peu importants d'ailleurs.
Sans doute, la valeur de la pierre de myne était fort inégale en quantité et en qualité suivant les centres sidérurgiques; mais, telle qu'elle était, elle pouvait alimenter partout les petits fourneaux. Car si la France est un pays relativement pauvre en minerais riches et purs, elle est un pays extrêmement riche en minerais pauvres et de moyenne qualité.
C'est une conclusion qu'il ne faut jamais perdre de vue quand on étudie l'évolution de l'industrie du fer dans notre pays. Elle explique la dissémination à l'époque de la fonte au bois, les difficultés pour adopter la fonte au coke et les grandes découvertes techniques du xixe siècle. Elle est la raison, en dernier ressort, des efforts actuels pour la conquête des marchés extérieurs.
Ouvrages à consulter.
La répartition des minerais de fer dans le monde a fait 'objet d'une enquête au IXe Congrès international de géologie : The iron ore Resources of the world. An inquiry mode uponihe initiative of the Executive Committeeof the xi th International Gcological Congress, Stockholm, 1910, icith the assistance of Gcological Survey and niining geologisls of différent counlries. Edited by the général secretary of congress. Stockholm, 1910, 2 vol. et atlas in-folio. La partie française est l'œuvre de Nicou (P.) ; elle a été tirée à part sous le titre : Les Ressources de la France en minerais de fer (Paris, H. Dunod, 1911, in-8). M. de Launay a rendu compte de ces travau ans les Annales de Géographie (XXI, n° 115,
15 janvier 1912), sous la rubrique : Les réserves mondiales en minerais de fer.
On trouvera de bonnes cartes des gisements ferrifères du monde dans la publication de I'United states geological survey : World Atlas of commercial geology. Part I. Distribution of minerai production (Washington, 1921).
Les gisements français ont été examinés en détail par M. de Launay dans son Traité des gîtes minéraux et métallifères (Paris et Liège, Béranger, 2e édition, 1913, 3 vol. in-8). Chaque monographie est complétée par une bibliographie copieuse qui s'arrête le plus souvent à l'année 1910. Parmi les ouvrages parus postérieurement, on lira utilement :
Minerais lorrains : Villain (Fk.). Les gisements de minerais de fer oolithique de la Lorraine (Annales des Mines, Xe série, 1, 1912; à part, Dunod, 1921, in-8). — Guillain (A.). Le minerai de fer en Lorraine française (Revue de Métallurgie, 8e année, 10, 1911). — Langrogne (M.) et Bergerat (M.). Notice sur le bassi?i ferrifère de la Lorraine désannexée (Annales des Mines, XIe série, 1, 1920; à part, Dunod, 1920, in-8). — XXIIIe-XXIVe bibliographie géographique, 1913-1914 (Paris, Armand Colin, s. d.), n° 512 (Lorraine. Bassins miniers).
Minerais de l'Ouest : Cayeux (L.). Les minerais de fer oolithique de la France. Fascicule I. Minerais de fer primaires (Paris, Imprimerie nationale, 1909, in-4). — Id. Rapport sur l'inventaire des minerais de fer armoricains. Travaux préparatoires du Congrès du Génie civil; session nationale, mars 1918 (Paris, Hôtel de la Société des ingénieurs civils, 1918, in-8 ; compte rendu dans les Annales de Géographie, XXIX, n° 157, 15 janvier 1920). — XXIIIe-XXIVe bibliographie géographique, 1913-1914 (Paris, Armand Colin, s. d.), n° 536 (Normandie, Anjou, Bretagne. Minerais de fer).
Minerais africains : Dussert. Etude sur les gisements de fer de l'Algérie (Annales des Mines, XIe série, 1, 1912). — Ginestoits (P.). Esquisse géologique de la Tu)iisie (Tunis, Picard, 1911, in-8).
Chapitee II LA FONTE AU BOIS