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LE SUCRE D'ÉRABLE EST UN ARTICLE DE LUXE

Si tous les fabricants de sucre et de sirop d'érable se rendaient bien compte que leurs produits sont des friandises de luxe, s'ils apportaient à leur fabrication et à leur emballage tous les soins qu'ils méritent, la demande ne tarderait pas à se développer dans de très grandes proportions, non seulement au Canada mais à l'étranger. La Grande-Bretagne nous achètera, quand nous le voudrons, une grande quantité de marchandises de choix.

La France elle aussi a appris à connaître la valeur du bon sucre d'érable et déjà la demande pour ce produit est considérable dans ce pays. De grandes quantités de sucre d'érable ont été distribuées aux soldats canadiens pendant la guerre, et la population française a eu souvent l’occasion d’y goûter. On compte qu'il en résultera une demande de produits de l'érabie parmi les consommateurs européens. Un produit de qualité inférieure n'aurait aucune chance d’être bien accueilli par un consommateur difficile. Nous n’en sommes plus aux jours des blocs de sucre grossiers de couleur foncée, peu attrayants et le fabricant devrait aujourd'hui se rendre compte que la production de ce genre de sucre ne rapporte plus.

Voilà assurément une source importante de bénéfices, et pourtant ce n'est qu'un aspect de la question. Il s'agit également de soustraire à la hache et d'améliorer des centaines de milliers d'acres de forêts qui font l'orgueil de tout Canadien. Nous avons saccagé nos superbes bois d'érables pour alimenter nos moulins et chauffer nos maisons, et dans beaucoup de régions autrefois couvertes de ces arbres, il n’en reste plus aujourd'hui que quelques-uns en bordure de la route, pour rappeler aux passants l'emblème canadien. Assurément la forêt devrait faire place à la charrue, là où les terres étaient propres à la culture; mais on a dénudé de vastes régions rocailleuses, impropres à toute autre exploitation, et cela est inexcusable. Une forêt d'érables constitue par elle-même un capital qui augmente rapidement de valeur, et lorsque, à la valeur du bois d'œuvre et de chauffage, vient s'ajouter, tous les ans, celle d’un sucre assez exquis pour constituer un article de luxe, cette forêt ne mérite-t-elle pas le nom de verger”. Quand une érablière atteint l'état de verger—et c'est 1à un titre auquel aueune autre forêt n'a jamais pa prétendre elle devrait être en quelque sorte inviolable, I semble done que ee soit le devoir, et nous pourrions dire le privilège de tous, législateur, cuitivateur et autres citoyens, de s'efforcer, par tous les moyens, de protéger et d'encourager l'industrie du sucre d'érable.

L'avenir s'annonce brillant pour le producteur canadien qui se rend bien compte de l'importance et de la noblesse de son industrie. Qu'il produise des articles de choix, et tous les gens aisés se les disputeront pour son plus grand avantage. Mais, pour eu arriver là, il faut, de toute nécessité, qu'il it un outillage moderne et qu'il veille avee soin à tous les détails de la fabrication. comme fait le fabricant de beurre. de choix. Il se souviendra qu'il poursuit, dans sa sphère, un but commun à cinquante mille Canadiens, le salut d'une industrie menacée; il travaille non seulement pour lui-même mais pour les générations à venir. Lei, comme dans toutes les grandes entreprises, d'union fait la force». La jeune société coopérative des produeteurs de sucre et sirop d'érable purs 4. devant elle, une grande tâche à accomplir. Ses intérêts sont ceux de tout cultivateur qui entaulle un arbre. I faut que tous le reconnaissent et accordent à l'organisation naissante leur <vmpathie et leur appui.

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