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I. Raisons qui motivent cette production

On considère parfois la préparation du veau pour la boucherie en Creuse comme le fait d’une force de l’habitude qui pousse le paysan de cette région à livrer ses veaux au commerce plutôt que de les faire grandir. Et l’opinion courante veut que ce paysan souvent venu

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tardivement à la culture, n’a pas la science de l’élevage et ne sait pas faire grandir. :

En réalité il faut chercher ailleurs les raisons qui sont. d’un ordre différent.

a. Les ressources fourragères du pays permettent à

l’éleveur l'entretien convenable de son bétail mais elles

ne lui permettent le plus souvent l’engraissement complet …

des adultes qu’à l’étable et, bien souvent, sur un nombre restreint d'animaux. | |

Cette opération est généralement minutieuse, longue et coûteuse, l’entretien en stabulation permanente à

l’étable pendant l'hiver exige d'importantes réserves de

fourrage. Il naît de ce fait dans chaque ferme un nombre

de veaux plus grand que celui qu’il est possible de faire grandir et d’entretenir ensuite comme adultes jusqu’à ‘ce qu'ils puissent être engraissés pour la boucherie.

b. Une autre raison est la fermeture des débouchés pour les animaux maigres ; les bœufs de trait furent pendant longtemps un important débouché de l'élevage creusois. Ces animaux étaient généralement vendus dressés vers l’âge de 3 ou 4 ans; ils étaient dirigés vers les régions de grande culture. Ils sont à l’heure actuelle très peu demandés et, pour effectuer les travaux de la culture dans ces régions, ils sont remplacés par les chevaux ou la traction mécanique. ,

La production actuelle des bœufs de trait ne dépasse guère les besoins de la nécessité locale dans les régions

où ils sont encore utilisés aux travaux des champs.

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La vente des animaux maigres ne s’est révélée jusqu'alors que peu rémunératrice. Les animaux creusois

d’une conformation qui n’est pas toujours irréprochable

n’ont généralement pas attiré ou retenu l'attention des

éleveurs et des emboucheurs des régions voisines, de l’Allier et du Cher, aussi l’éleveur n’a pas intérêt à élever d’une façon intensive des animaux qu’il est obligé de vendre pour un faible prix.

c. Une autre raison déterminante est la difficulté de production d’une grande quantité de lait et aussi la difficulté de l’utilisation de celle-ci. L’éleveur se trouve

donc amené à transformer cette quantité de lait en

viande, de façon à en tirer un bénéfice plus grand. La

principale raison qui empêche la production d’une grosse

quantité de laït tient surtout aux races exploitées :

les vaches de race, charolaise et limousine, ont une apti-

tude laitière peu importante et même si l’éleveur avait persisté à élever des animaux de race marchoise, il ne serait pas beaucoup plus favorisé sous ce rapport car ces vaches ne donnaient guère que 10 à 12 litres de lait par jour, quantité peu supérieure à la quantité fournie par les races qui les ont remplacées.

Ces, animaux avec une production annuelle de 1.800 à 2.000 litres resteraient encore très loin derrière les vaches des races spécialisées dont la production dépasse souvent 3.000 litres par an.

Le climat sec et assez rigoureux ne se prête pas non

plus à une sécrétion lactée intense et les éleveurs qui

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ont tenté l'importation de vaches laitières ont vu la quantité de lait fournie par celles-ci considérablement baisser. ee

Le lait produit est cependant de bonne qualité, ce qui tient sans doute au régime pastoral pendant la belle - saison et aux distributions copieuses de farines, de son et de légumes verts ou cuits au cours de l'hiver.

Si la production laitière ne s’est pas développée et si l’on n’a pas cherché à améliorer l’aptitude laitière des races dans cette région, ceci tient surtout au fait qu’il: n'existe pas de ville ou de centre industriel capable d’absorber chaque jour une grosse quantité de lait frais.

La production locale, quoique faible, dépasse presque toujours la consommation, seuls quelques propriétaires situés à proximité des villes ou des bourgades de quelque importance ont le privilège de veñdre le lait au litre au prix fort et d’en tirer des bénéfices importants.

L'industrie laitière est peu développée en Creuse et n’a qu’une faible importance. Il existe cependant un certain nombre de laiteries qui ont surtout en vue la transformation du lait en fromage. Ces établissements éprouvent de grosses difficultés à se procurer une grosse quantité de lait car les propriétaires ne leur livrent en effet que la quantité de lait donnée par les vaches après l’engraissement du veau. Les quantités de lait toujours peu importantes sont en outre très irrégulières.

Les frais de ramassage sont toujours élevés par suite

des longues distances à parcourir, de la dissémination

DRGhe dans la campagne des habitations groupées en hameaux de faible importance. Le lait n’est de ce fait payé au litre qu’un prix peu élevé donc peu rémunérateur pour le propriétaire. , |

La vente du lait en nature ne laisse pas de sous-produits à la ferme et, pour parer à cet inconvénient, beaucoup de propriétaires ont acquis une écrémeuse dans le but de transformer directement à la ferme l'excédent de lait en beurre, mais outre l’achat d’un matériel d’un prix assez élevé la fabrication du beurre entraîne des manipulations longues et minutieuses. La quantité produite est peu importante, de qualité moyenne et les beurres se vendent généralement mal.

Elle présente cependant l’avantage de laisser tous les sous-produits à la ferme. Ceux-ci servent à l’alimenta- - tion des porcelets, rarement à celle des veaux qui reçoivent presque toujours le lait complet.

La production des fromages ne dépasse guère le cadre de la consommation familiale ; ils ne font autant dire jamais l’objet d’un commerce.

Quant aux autres formes d’utilisation industrielle : poudres de lait, laït condensé, aucune autre tentative, depuis celle de Martin Lignac rapportée par A. Sanson dans son Traité de Zootechnie, n’a été entreprise. Ces entreprises subiraient les mêmes inconvénients que la laiterie proprement dite, elles nuiraient à l’engraissement des veaux et auraient l’inconvénient de ne pas laisser

Jes sous-produits du laït à la ferme.

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