‹ L'industrie et la morale considérées dans leurs rapports avec la libertéChapitre 11 sur 20 · DES PEUPLES NOMADES. Î · texte numérisé non relu

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pellera, dé luer quiconque il lui désignera, de considérer dorénavant sa parole comme une.

épée' :il ne met plus de bornes à sa dépendance. *

Enfin , tandis que dans Fintérieur du camp tout le monde subit quelque espèce de sujétion arbitraire , la horde' tout entière est dans un péril continuel d'être assaillie, pillée, asservie. C'est la suite toute naturelle des violences qu'elle ne cesse de commettre, de l'état permanent d'hostilité dans lequel elle vit avec d'autres tribus. L'homme, à cet âge de la société, n'est encore qu'un animal de proie; les nations ne sont que des bandes de voleurs. L'universelle occupation est de chercher où l'on pourra trouver du butin à faire , et d'aviser par quel moyen on parviendra le plus sûrement à s'en saisir \

Fergusson veut que la liberté ne soit pas incompatible avec un tel ordre de choses. /< Dans les âges de barbarie, dit- il , les hommes ne manquent de sûreté ni pour leurs personnes ni pour leurs biens. Chacun , il est vrai, a des ennemis ; mais chacun aussi a des amis; et si l'on court

(i) Fergussou, Hist. de la soc. ciy.^ p. i56. (2) Ib., p. i5o el i5i.

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le risque d'être attaqué , pu est sûr d'être se-

couru '. >^

Ce râisonuement est un pur sophisme. Il est véritabtement insensé de placer ici la sécurité au sein de la guerre et des alarmes ; autant vaudrait dire que , sur un champ de bataille^ il j a aussi de la sûreté pour les personnies et pour les biens. En effet ^ si on a les ennemis en face , n'est*on pas entouré de ses amis^ et si Fattaque est imminente^ la défense n'est-elle pas assurée? Cependant qui oserait dire qu'on est en sûreté sur un champ de bataille? Eh bien ! on ne l'est pas davantage dans l'état social que je décris. La terre, à cet âge de la civilisation, n'est qu^un vaste champ de guerre où les hommes sont perpétuellement aux prises, où chacun est, tour à tour, assaillant ou assailli^ pillard ou pillé, massacreur ou massacré , maître ou esclave. Il n'y a pas de sûreté dans l'Arabie, même pour les pasteurs arabes \ L^s Tartares s'entr'exterminent au sein de leurs déserts; les Germains, les.no-

( I ) Fergusson, page 162. « In ihe rude âges, ihe persons and properties of indiyiduals are secure; because each bas a friend , as well as an ennemy ; and if the ohc is dispose to molest, ihe other is ready to protect. » •

(2) Voj: la peintui*e animée qiie Gibbon , t. X de son bis-

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mades , toutes les hordes de barbares qui à différentes époques se sont précipitées du nord de FEurope sur le midi , ne jouissaient d'aucune sûreté dans le cours de leurs déprédations et de leurs ravages : les destructeurs, comme dit Montesquieu', étaient perpétuellement détruits.

7. Bien donc que les peuples pasteurs, considérés dans leurs travaux industriels, et dans leur morale personnelle et sociale, soient un peu plus avancés que les peuples chasseurs ,• il est certain que , sous tous ces rapports , ils font encore un usage très grossier et très violent de leurs facultés, et qu'à cet âge de la vie sociale, par conséquent, l'homme ne peut encore jouir que d'une liberté for^imparCaite.

8. Se dois ajouter que le principe des vio*lences et de la brutalité des peuples pasteurs est dans la manière même dont ils pourvoient à leurs besoins, dans leur état de nations pastorales. Quoique la terre, dans ce iiouvel état, puisse nourrir un peu plus d'habitans que sous le ra-

toirej, fait des dissentiens furieuses et interminables des Arabes, bédouins.

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gime économique des peuples chasseurs , la quantité d'alimêns qu'elle peut produire est encore excessiveipent bqrnée , et les hommes , comme au premier âge de la civilisation , sont invinciblement entraînés à lutter pour leur subsistance.

La vie pastorale a ceci de particulier qu'elle est de tous les modes d'existence celui où l'homme obtient avec plps de facilité les ressources propres à chaque manière de vivre. Le chasseur ne trouve et n'atteint ordinairement sa proie qu'avec beaucoup d'efforts ; l'agriculteur ne féconde son champ qu'avec de grandes peines ; le pasteur , au contraire , recueille presque sans fatigue ce que peuvent lui donner ses pâturages et ses troupeaux. Cette manière d^ vivre est donc celle où doit se produire et se renouveler le plus facilement, non pas une population très forte, mais une population supérieure aux moyens d'exister, une population excédente \ Par conséquent , elle est celle où la population doit sentir If plus souvent le besoin de sortir du pays ,

(i) Ce sont deux choses fort différentes, comme le fait très bien voir Maltluis. Il peut y avoir excès de population dans les pays les moins peuplés; il suffit pour cela qu'il y ait plus d'hommes que de vivres.

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de former des entreprises guerrières. D^autres causes encore fomentent en elle cet esprit de conquête et d'émigration : elle est toujours réunie , elle est armée, elle est désœuvrée , son désœuvrement l'ennuie , la famine l'aiguillonne , la vue de ses forces réunies et l'habitude qu'elle a de se mouvoir en massé excitent sa confiance et son audace. Elle est donc irrésistiblement poussée au brigandage, à la guerre , aux invasions. De là ces irruptions formidables des peuples pasteurs du nord vers le midi, à une époque où le midi n'était encore que très faiblement peuplé , et l'excessive facilité avec laquelle ces peuples réparaient leurs pertes et recommençaient leurs attaques *. On ne vit la fin de leurs invasions que lorsqu'ils eurent successivement oc-

(i) C'est là ce qui a fait si long- temps supposer que le Nord était autrefois {>lus peuplé qu'au] ouVdliui. La coniiaissaxice des vrais principes de la population a permis à Malthus de réfuter ^ victorieusement cette erreur. Il prouve sans peine que le Nord , à une époque où il él,ait encore couvert de boi^ et de marais, ne pouvait pas renfermer une population bien nombreuse; mais en même temps il montre que la population devait s'y élever rapidement au niveau des moyens de subsistance, et fournir bientôt à l'esprit entreprenant des barbares le moyen de tenter de nouvelles expéditions, qui, à leur tour, laissaient la place libre pour des générations nouvelles , et préparaient de loin de nouvelles invasions^ (f'^ojr., son oui>.^ t. I, ch. 6.)

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cupé les plus beaux pays de la terre, qu'ils s'y furent établis/ qu'un certain degré de civilisation y eut développé leurs forces , et que les derniers venus de ces peuples trouvèrent enfin devant eux des populations trop nombreuses et trop puissantes pour pouvoir essayer de les détruire ou de les déloger '. Maintenant , et depuis plusieurs siècles, toute nouvelle entreprise de ce genre leur est devenue décidément impossir ble ; et le reste de ces hordes barl^ares se trouve à jamais confiné dans les déserts brûlans de l'Asie et de l'Afrique, ou dans^ les régions glacées de la Sibérie. Mais les mêmes causes continuent à produire parmi ellefe des effets semblables; et désormais trop faibles pour pouvoir attaquer les

(i) Pendant le cours des huitième , neuvième et dixième siècles , les nations de l'Europe réputées aujourdhui les plus puissantes par les armes et par Tinduslrle avaient été livrées comme sans défense aux constantes déprédations des Normands. <t A. la fin, dit Malthus, elles ciwent en force, et parvinrent à ôteraux peuples du Nord toute espérance de succès dans leurs futures invasions. Ceux-ci cédèrent lentement et avec répugnance k la nécessité, et apprirent à se renfermer dans leurs ^propres limites. Ils échangèrent peu à peu leur vie pastorale ainsi que le goût du pillage et l'habitude des migratioi^s, pour les travaux palièns du commerce et de l'agriculture, qui, en les accoutumant H des profits moins rapides, changèrent imperceptiblement leurs mœurs et leur caractère. » (Essai sur le princ. de la pop. ^ p, i55 et suiv. de la trad.)

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nations civilûiées , elles consument l'excédant de leur population dans leurs querelles mutuelles et sans cesse renaissantes.

La guerre est donc la suite inévitable du mode imparfait de subsistance adopté par les peuples pasteurs. Pour achever de faire sentir combien cette remarqiie est fondée , il suflit de dire que chez les Arabes la tradition a conservé , seulement pour les temps antérieurs' à Mahomet ^ le souvenir de dix-sept cents batailles^ et de rappeler cette trêve annuelle de deux mois qu'ils observaient avec une fidélité religieuse , et qui caractérisait avec encore plus de force , coriame l'observe Gibbon , leurs constantes habitudes d'anarchie et d'hostilité \ '

Si la guerre es^ une chose forcée dans la vie pastorale , l'ignorance et les excès de tout genre qui s'opposent au développement dé la liberté y sont, à leur tour, A^s suites inévitables de la guerre, te barbare , qui croit améliorer son sort par le pillage , ne i^it qu'arrêter toute production et se rendre de plus en plus misérable. La misère croissant fortifie son penchant à la rapine

(i) Hist. de la déc. de Temp. rôm., t. !i.

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et le reod toujours plus incapable de faire de ses forces un utile emploi. Son incurable paresse naît, comme son ignorance, de ses exercices violens ; son intempérance et ses débauches naissent, à leur tour, de sa paresse. Tous ses vices sont ainsi la conséquence de son état social. L'eselavage de ces serviteurs , celui de sa femme ; ses disputes , ses rixes sanglantes , sa dépendance politique et religieuse découlent de la même source. C'est parce qu'il fait la guerre qu'il a besoin de se soumettre à la volonté arbitraire d'autrui. C'est parce qu'il fait la guerre qu'il est ignorant, par conséquent superstitieux , par conséquent sbus le joug de ses prêtres. C'est parce qu'il fait la guerre qu'il veut vider toutes ses querelles comme on les vide à la guerre, c'està-dire, à main armée. C'est parce qu'il fait la guerre , et que la guerre le rend fainéant et brutal , qu'il néglige tous les travaux utiles , et en rejette le fardeau sur les êtres les moins capables de le supporter. Finalement, tout ce qu'il y a de grossier dans son esprit et dans ses mœurs, naît de son état habituel de guerre , qui , de son côté, est l'accompagnement obligé de l'état pastoral.

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9. Toutefois^ oa retrouve dans cet état les germes de liberté que j'ai fait apercevoir dans celui qui précède , et comme je F^ dit d'abord, on les y retrouve plus développés. Il y a un peu plus d'industrie, un peu plus d'instri|ction , un peu moins de férocité ; on entre en composition pour les injures et pour le meurtre ; on maltraite moins les femmes ; on n'extermine pas toujours les prisonniers , et il n'arrive jamais qu'on les dévore, comme cela se pratique quelquefois dans l'âge précédent.

Seulement comme les périls et les maux sont moins grands , les mœurs ne sont plus tout-à-fait aussi farouches, et il semble que le sentiment de l'indépendance individuelle ait déjà perdu quelque chose de spn âpre énergie. Quelque sauvage que fût la vertu de ces femmes cimbres , qui , au moment d'une déroule , s'efforçaient de soustraire par la mort leurs parens à la servitude, étouffaient leurs enfans de leurs propres mains , les foulaient aux pieds des chevaux, et finissaient par se tuer elles-mêmes ', il j a loin pourtant de cette frénésie à la fanatique obstination

(i) Plutarque , Vie de Marius ; et Tacite , Mœurs des G erm . ch. 7 et 8.

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