‹ L'industrie et la morale considérées dans leurs rapports avec la libertéChapitre 15 sur 20 · RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

beaucoup plus considérable de Taincus^ qui sont employés à la culture du sol et à l^exercice des divers métiers. Dans cet état ^ elle ne tarde pas à ftre*aussi nombreuse que celle des dominateurs; bientôt elle l'est davantage ; elle le devient avec le temps incomparablement plus : elle finit par former la population presque entière. Qu^est- ce que le tiers F demandait parmi nous , il y a trente-sept ans /un homme fort connu : Le tiers est tout ^ répondait-il; et, en effet, dès fcelte époque, il formait déjà les Sg/^o** de la population, et la classe privilégiée, importante encore comme propriétaire, avait presque entièrement cessé de l'être comme corps de dominateurs.

Ajoutez que , dans-ce mouvement de progression , les classes laborieuses ne croissent pas seulement en nombre, en richesse, en lumières; mais aussi en dignité et en élévation. D'abord esclaves, elles deviennent ensuite tributaires; puis elles sont affranchies ; puis elles -ont leurs privilèges; puis elles effacent les privilèges et peuvent parvenir à tout; puis elles se mettent au-dessus des places et finissent par subordonner le gouvernement à l'industrie : ceci a déjà eu

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lieu dans les Etats-Unis d'Amérique. En Amérique, ce qui prédomine c'est le travail, c'est la masse des hommes travaillant, c'est la société industrielle. Le gouvernement remplit danstîet immense atelier la fonction particulière que la société^lui assigne , mais il ne domine pas la société. Bien loin de là , il est; son serviteur, et il s'en fait gloire; c'est elle qui lui communique tout ce qu'il a de pouvoir, de dignité , de lustre* Il s'en faut sans doute que la société industrielle soit parvenue en Europe à ce degré d'élévation ; mais elle y aspire avec force; c'est là que sa na* ture la pousse, et disons-le hardiment, c'est là qu'elle 1^ conduira.

Voilà ce qui résulte , relativemeht à la mar* che delà civilisation, des laits généraux que j'ai exposés. Ces faits montrent clairement* que , malgré l'aversion naturelle de l'homme pour le travail, et malgré son amour naturel pour la domination , l'esprit de domination a toujours tendu à s'affaiblir, et l'esprit d'industrie à se fortifier. Ils montrent que ce double effet est tout naturelleïaent résulté du besoin que les classes oisives avaient de richesse , et les classes laborieuses de justice; de l'effort qu'ont fait les do-

RÉSUMÉ ET COWCLUStONS. ^l5

' minateurs pour fomenter l'esprit d'industrie et les hommes industrieux pour réprimer l'esprit de domination. Us montrent, en un mot, qu'il est dans la destinée des ôlasses dominatrices de s'affaiblir, de s'effacer, de se fondre dans les classes laborieuses, et que le mouvement de la cjvilisatiqn consiste précisément à nous conduire à la vie que j'ai appelée industrielle.

6. Mais ce que ces faits montrent surtout avec évidence c'est que les hommes^ disposent d'autant plus librement de leurs facultés qu'ils approchent davantage de cette manière de vivre. On a vu , en effet, que chaque pas vers cet état était marqué par des progrès dans les sdences, les arts, la richesse, la morale privée, la juslice sociale. On a vu qu^il y a très peu de tout' cela dans les premiers âges de la civilisation , où l'on n'aperçoit encore que des barbares occupés à s'entre-exterminer ; qu'il en existe un peu plus à l'époque où l'on voit déjà un corps d'esclaves qui travaillent; plus, à l'époque où ces esclaves sont parvenus à la condition de tributaires ; plus à celle où ils sont affranchis et jouissent de certains privilèges ; plus à celle où il n'y a plus de

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privilèges et où ils peuvent parvenir à tout ; plus enfin à celle où ils sont corrig^és de la manie de parvenir aux places 7 où l'esprit d'industrie remporte sur celui d'ambition, et où la vie sociale est essentiellement industrielle. On s'est donc progressivement assuré que ce dernier genre de vie est celui où se développent et se perfectionnent au plus haut degré l'instruction , les arts , les mœurs , la justice; et comment nier que l'état où ces choses sont le plus répandues et Je plus parfaites ne soit aussi celui où les hommes disposent de leurs forces avec le plus de liberté? ^ .

7. Ainsi il y a à tirer des recherches qu'on vient de lire ces deijx conclusions générales : quele progrès naturel des choses nous conduit à la vie industrielle, et que ce mode d'existence est celui' où nous devenons le plus libres.

8. On a contesté tout à la fois la vérité de ces résultats et celle des moyens par lesquels j^ai dit que nous pouvons les obtenir. Voici les objections qu'on m'a faites.

Première OBJECTION. — D'une part, en couve-

BÉSUMÉ JBT CONCLUSIONS. ^1$

liant de nos progrès vers le régimeindustriel , on a nié encore que ce régime fut aussi favorable àla vie morale àe l'homnle qu'à son existence.intelleo tuelle et physique. On a reproduit contre Tindiisr trie une partie des accusations banales que j'avais déjà réfutées. : » Arts et mœurs sont des choses qui impliquent contradiction et dont le mouvement est inverse. Plus les. arts s'élèvent et plus les mœurs déclinent. L'industrie ne nous enrichit qu'en nous énervant ; et elle ne nous tire de la dépendance des choses que pour nous mettre toujours davantage à la merci des hommes^ etc. » Je néglige deux lettres où ces objections m'avaient été adressées, durant mon cours, pour m'occuper d'un écrit imprimé où je retroilve le» mêmes idées exprimées avec plus de talent et de force. ' ^ '

Tel est, suivant l'auteur de cet écrit, l'état de faiblesse et de dégradation morale où les arts nous ont fait tomber que noA?e sûreté en est compromise > et que le dernier résultat de la civilisation est de faire de l'Europe une proie facile pour la première peuplade d'Asie que viendra airmer et rendre invinciblç quelque fanatisme inattendu. « Amollis, incrédules^ abâtardis par les

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«jouissances , désarmés par Findustrie même^ ia- ' capables de conviction et de sacrifice , no.us sommes bons encore pour Fattaque y nous ne le sommes plus pour la défense. Ce qui jusqu'ici nous préservait du danger c'est que les Musulmans repoussaient tout perfectionnement dans Fart de la guerre et dans la discipline ; mais l'instruction y la tactique et les connaissances iniiitaires de l'Europe pénètrent dans l'empire turc par la route de FEgjpte, et ainsi disparaît ou s'affaiblit la garantie véritable de l'Occident contre l'Orient. Que l'Europe ne s'exagère donc pas ses moyens de résistance; qu'elle ne se croie pas défendue par ses découvertes accumulées et ses lumières toujours croissantes. L'empire grec aussi, orgueilleux héritier de la civilisation romaine , était riche des trésors de huit siècles de science ; et qu'est-il arrivé néanmoins? L'enthousiasme de la religion s'est emparé d'une peupladçobscure, et cette peuplade a vaincu l'univers savant et la civilisation amollie. Disons-le franchement : si une horde de barbares 9 grossie par la victoire, ardente d'enthousiasme et commandée par quelque Omar fanatique, cernait une capitale quelconque de Ja vieille Europe.... on capitulerait avec elle. "

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